L’IA de Google séduit 1 milliard d’utilisateurs par mois. Mais derrière cette révolution se cache une menace pour les créateurs et le web ouvert.
LE RETOUR DU PASSÉ QUI DÉCHIRE
En 2009, dans une salle de conférence de Google à Mountain View, une réunion hebdomadaire rassemblait une trentaine d’ingénieurs et de managers. Leur mission ? Trouver pourquoi certaines recherches ne donnaient pas de résultats parfaits et corriger le tir. Cette année-là, Google a modifié 550 fois son algorithme de Recherche. À l’époque, ce chiffre semblait impressionnant. Aujourd’hui, il semble dérisoire.
DE LA BOÎTE DE RECHERCHE À LA MACHINE À RÉPONSES
Le champ de recherche de Google n’était qu’un simple portail vers le web. Désormais, il se transforme en une boîte à réponses IA, capable de générer des réponses personnalisées et parfois même des mini-sites sur mesure. Ces réponses, propulsées par Gemini, intègrent des graphiques, des listes à puces et même des animations. Plus besoin de cliquer sur les liens bleus : l’IA fait tout le travail. Google ne se contente plus d’interpréter les requêtes obscures. Il pousse les utilisateurs à dialoguer avec son IA dans une session de questions-réponses sans fin.
UNE TRANSITION QUI DÉCHIRE LES FONDATIONS DU WEB
Notre vie numérique vit un moment charnière. L’IA s’infiltre partout, transformant les modèles économiques des géants comme Google. Pourtant, une résistance grandissante se fait sentir. Les discours de remise de diplômes sont parfois accueillis par des huées quand l’IA est mentionnée. Mais selon Google, l’IA Search est une fatalité. Même ceux qui détestent l’IA finiront par l’adopter.
L’auteur de cet article avoue avoir d’abord rejeté l’arrivée des AI Overviews en 2024. Aujourd’hui, il reconnaît que cette fonctionnalité, et le mode « AI Mode » qui l’accompagne, simplifie de nombreuses recherches. Que ce soit pour vérifier si Saturday Night Live a sorti un nouvel épisode, comprendre un concept technique comme un harness agentique, ou même trouver un article, l’IA se révèle souvent plus efficace que les liens bleus.
Quand il a cherché son propre article publié dans WIRED, décrivant la réunion de 2009, les liens bleus étaient inutiles. En reformulant sa requête en langage naturel, l’IA lui a fourni la réponse immédiatement.
1 MILLIARD D’UTILISATEURS PAR MOIS : LE SUCCÈS QUI FAIT PEUR
Google affirme que plus d’un milliard de personnes utilisent chaque mois le mode « AI Mode », une section distincte de son site où les liens sont relégués au second plan. Les requêtes en mode IA doublent chaque trimestre. Le géant du web a visiblement trouvé la recette magique.
Lors d’une conférence, Liz Reid, responsable de la recherche chez Google, a été interrogée sur la définition même de la recherche. Après un temps d’hésitation, elle a invoqué la mission historique de Google : « Peut-on vraiment rendre l’information non seulement organisée, mais aussi utile et accessible à tous ? »
DE LA BOÎTE DE RECHERCHE À LA FABRIQUE DE CONTENU
À l’origine, Google croyait que la clé de sa mission reposait sur un web ouvert et florissant. Aujourd’hui, selon le discours de Reid, Google aspire à rassembler des faits et des analyses pour ses réponses personnalisées. La recherche ne se limite plus à interpréter des requêtes obscures. Elle devient une plateforme capable de générer des réponses dynamiques, des widgets interactifs, voire des expériences sur mesure.
Prenons l’exemple d’une requête sur les trous noirs. Des agents IA pourraient instantanément créer une infographie interactive expliquant leur fonctionnement. Mais d’où vient cette information ? De cosmologues, de rédacteurs scientifiques et d’artistes visuels. Aucun d’eux n’est crédité ni même mentionné. Ces créateurs, et les sites qui abritent leurs travaux, semblent être les grands perdants de cette transition.
LE WEB VA-T-IL DISPARAÎTRE ?
Face aux critiques, Liz Reid rejette l’idée que l’IA Search soit un coup de massue porté au web traditionnel. « Certains utilisateurs ignoreront la réponse IA et cliqueront directement sur les liens », assure-t-elle. Elle ajoute que les internautes utilisent souvent l’affichage IA, puis cliquent sur les liens intégrés. Pourtant, quand l’auteur a demandé des chiffres précis sur ce comportement, Google a refusé de partager ces données.
Selon Reid, seuls les sites proposant du contenu générique et facilement duplicable par l’IA seront pénalisés. Les voix originales et les contenus de qualité, issus de recherches ou de reportages uniques, devraient encore trouver leur public. Pourtant, de nombreux sites d’actualités ont déjà été dévastés par les AI Overviews.
« Nous apprenons de nouvelles façons de déterminer ce qui est pertinent sur le web », déclare Reid. Google travaille à rediriger les utilisateurs vers des contenus offrant des perspectives de première main. L’auteur, lui, attend de voir cette promesse se concrétiser.
L’IA PEUT-ELLE SE TROMPER ? OUI, MAIS ON S’EN FICHE
Autre problème majeur : comme tous les modèles d’IA, Gemini peut se tromper. Il peut même inventer des informations. Liz Reid reconnaît que la technologie n’est pas parfaite : « Les erreurs et les fabrications existent, mais elles sont moins fréquentes qu’avant. »
LES RÉUNIONS DE QUALITÉ DE RECHERCHE EXISTENT ENCORE
Pour finir, l’auteur a demandé à Liz Reid si Google organisait toujours des réunions de qualité de recherche comme celle de 2009. Après plus de vingt ans chez Google, Reid a confirmé que ces réunions existent toujours, mais sont désormais réparties sur plusieurs sessions. Leur objectif reste identique : « À la fin de la journée, il y a toujours un jugement humain. »
LE WEB VA-T-IL MOURIR ?
Google a transformé la recherche en une expérience personnalisée et instantanée. L’IA Search séduit des millions d’utilisateurs chaque mois, mais elle menace les créateurs et les sites qui ont bâti le web tel qu’on le connaît. Les liens bleus, autrefois rois, deviennent des invités de second plan. Les artistes, les journalistes et les chercheurs voient leur travail utilisé sans être crédité. Pourtant, Google persiste : l’IA est l’avenir, même pour ceux qui la détestent.
Le web ouvert survivra-t-il à cette révolution ? La réponse dépendra de ceux qui continuent à croire en son importance.
- Wired AI
L'indépendance de CLODCO est votre garantie.
Pour que l'actualité de l'IA reste sans filtre et sans concession, votre soutien est indispensable. Votre contribution est le seul moteur de notre liberté éditoriale.
Soutenir CLODCO


