Une startup lève 24 millions de dollars pour aider les entreprises à donner un cerveau à leurs agents d’IA. Mais comment fonctionne cette technologie qui promet de révolutionner l’autonomie des machines ?

Les vendeurs de solutions d’IA pour les entreprises vendent leurs produits comme des solutions clés en main. Pourtant, sans un travail d’intégration poussé, les agents d’IA risquent de ne pas comprendre grand-chose à l’organisation qui les emploie. Par exemple, ils ne savent pas comment l’entreprise définit son chiffre d’affaires ou qui a le Droit d’accéder à quels fichiers. C’est pour résoudre ce problème que des entreprises déploient des ingénieurs chez leurs clients pour adapter leurs outils d’IA à leurs systèmes internes.

UNE LEVÉE DE FONDS DE 24 MILLIONS POUR DONNER DU CONTEXTE

C’est dans ce contexte que Jedify, une startup spécialisée dans l’ajout de contexte pour les agents d’IA, annonce avoir levé 24 millions de dollars lors d’un tour de table de série A. Ce financement est mené par Norwest, un fonds d’investissement, comme l’a révélé TechCrunch. D’autres investisseurs historiques comme S Capital VC et Cerca Partners ont également participé, rejoints par un nouvel acteur, Oceans Ventures. Le géant des données Snowflake a également investi en tant qu’investisseur stratégique et intègre la technologie de Jedify à ses propres produits d’IA, notamment son service Cortex AI, Semantic Views et CoWork.

LE CONTEXTE : LE CERVEAU QUI MANQUE AUX AGENTS D’IA

Pour être vraiment utiles dans une entreprise, les agents d’IA ont besoin d’accéder à un ensemble complexe d’informations. Jedify explique que ces machines ont besoin de comprendre les relations entre les entités, les données, les permissions, les connaissances spécifiques au domaine, les workflows, les hypothèses opérationnelles et même la terminologie propre à l’entreprise. Ce contexte permet à un agent d’IA de se concentrer uniquement sur les informations pertinentes pour une tâche donnée, plutôt que de fouiller dans l’ensemble des données de l’entreprise.

UN EXEMPLE CONCRET : KITEWORKS ET SES OUTILS POUR SES ÉQUIPES

Assaf Henkin, cofondateur et PDG de Jedify, prend l’exemple de Kiteworks, une entreprise spécialisée dans la conformité. Kiteworks a connecté plusieurs outils à Jedify : Snowflake, Tableau, Notion, ainsi que des playbooks internes, incluant des documents et des captures d’écran. Grâce à cette intégration, Kiteworks a pu créer des outils basés sur des agents pour différents workflows clients.

« Ils voulaient armer leurs commerciaux et leurs équipes comptes avec une application sophistiquée. On peut imaginer à la fois un tableau de bord et une application conversationnelle en temps réel. Quand ils entrent dans une conversation client, Jedify leur construit, à la volée, tout ce qu’ils ont besoin de savoir. Et pendant la conversation, ils peuvent obtenir en temps réel des détails très spécifiques qui leur sont présentés de manière proactive. »

UNE TECHNOLOGIE MULTIDIMENSIONNELLE ET EN TEMPS RÉEL

Henkin souligne que la solution de Jedify se distingue des couches sémantiques, des catalogues de métadonnées et des graphes de connaissances déjà utilisés par les entreprises. Selon lui, la technologie de Jedify est multidimensionnelle : elle capture les relations entre les entités, les données, les personnes, les permissions et les clients. De plus, elle est agnostique par rapport aux modèles d’IA et se met à jour en temps réel au fur et à mesure que les informations circulent dans les systèmes auxquels elle est connectée.

« Quand vous voulez permettre à une solution basée sur des agents d’être vraiment autonome, de prendre des décisions à partir de données CRM, de tickets Zendesk, ou même de données de télémétrie en temps réel, c’est là qu’un graphe de contexte est bien plus performant qu’une couche sémantique. »

LA GESTION DES PERMISSIONS : UN DÉFI CRUCIAL

Un problème majeur se pose : un agent d’IA ne doit pas donner accès à un stagiaire aux projections financières du directeur financier. Henkin explique que sa plateforme gère ce défi en héritant des permissions des systèmes d’identité, des systèmes de fichiers, des outils SaaS et des bases de données. Cela inclut les règles d’accès au niveau des lignes, des colonnes et des tables. Jedify permet également à ses clients de créer des groupes supplémentaires pour définir qui et quoi les agents ou les workflows sont autorisés à consulter. La plateforme propose aussi des outils d’observabilité et de gouvernance pour aider les entreprises à s’assurer que leurs agents d’IA se comportent comme prévu.

CIBLER LES GRANDES ENTREPRISES AVEC DES STACKS DE DONNÉES MATURES

Jedify se concentre actuellement sur les clients des marchés intermédiaires et des grandes entreprises qui disposent de stacks de données matures et de multiples bases de données ou entrepôts de données. Henkin indique que la startup compte entre 10 et 20 clients précoces, dont The Weather Company. Elle observe un intérêt marqué dans des secteurs gourmands en données comme le gaming, l’industrie et les biens de consommation.

SNOWFLAKE : UN PARTENAIRE STRATÉGIQUE QUI A SES LIMITES

L’investissement et le partenariat avec Snowflake sont notables, car les grandes plateformes de données tentent également de développer des capacités similaires. Cependant, Henkin affirme que Jedify est complémentaire à ces efforts. En effet, une grande partie des données d’une entreprise, et surtout la majorité de ses connaissances institutionnelles, ne sont généralement pas stockées chez un seul fournisseur cloud.

« [Les grandes entreprises de données] vous diront : ‘Oh oui, ramenez tout.’ Mais en réalité, les entreprises ont plusieurs bases de données, entrepôts et solutions de données. Le gros problème, c’est que toutes vos données ne sont pas dans ces environnements, et la plupart de vos connaissances n’y sont pas non plus. C’est donc un désavantage pour elles. »

UN COÛT PROHIBITIF POUR LES ENTREPRISES QUI VEULENT FAIRE CAULEURS

Henkin ajoute que pour les entreprises qui souhaitent développer elles-mêmes une couche de contexte similaire, le coût peut être prohibitif. Cela est d’autant plus vrai que les entreprises surveillent de près leur utilisation de tokens pour l’IA, un élément qui peut rapidement devenir coûteux.

UN AVANTAGE CONCURRENTIEL DURABLE

Les avancées rapides dans le développement des modèles d’IA jouent en faveur de Jedify. À mesure que ces modèles deviennent plus capables et interchangeables, le contexte propriétaire qui aide ces modèles à mieux fonctionner au sein des entreprises pourrait représenter un avantage concurrentiel précieux et durable.

LES PROCHAINES ÉTAPES : DÉVELOPPEMENT ET EXPANSION

Avec cette levée de fonds, Jedify prévoit d’investir dans le développement de ses produits, le recrutement et la mise en place de sa stratégie commerciale. Cette opération porte le financement total de la startup à environ 33 millions de dollars.

Sources :
  • TechCrunch AI

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