SpaceX entre en Bourse avec une valorisation folle. Mais les investisseurs veulent des résultats rapides. Et si l'avenir de l'entreprise ne se jouait plus dans les étoiles, mais dans l'intelligence artificielle ?

SPACEX DEVIENT COTEE EN BOURSE : UNE VALORISATION RECORD

La société SpaceX, fondée il y a près de 25 ans, est devenue une entreprise cotée en Bourse ce vendredi. Elle s’échange désormais sur le marché NASDAQ à New York, avec une première cotation à 135 dollars par action. Cette valorisation place SpaceX à près de 1 800 milliards de dollars, un chiffre astronomique qui en fait l’une des entreprises les plus chères au monde.

À la clôture de la journée, le cours avait grimpé à 160,95 dollars, soit une hausse de plus de 19 %. Une performance qui a récompensé des années d’efforts acharnés de la part des employés. Grâce aux stock-options, des milliers de salariés actuels et anciens sont devenus millionnaires du jour au lendemain. Une belle revanche pour ceux qui ont construit l’entreprise depuis ses débuts.

Sur le papier, le fondateur Elon Musk devient le premier milliardaire de l’histoire avec une fortune estimée à plus de 700 milliards de dollars.

UNE VALORISATION QUI DIVISE : FOIRE AUX VANITÉS OU OPPORTUNITÉ EN OR ?

Mais cette valorisation record ne fait pas l’unanimité. Certains y voient une bulle spéculative, un simple mirage où l’entreprise serait surévaluée sans réelle substance. D’autres, en revanche, estiment que SpaceX représente une chance unique de posséder une part d’une entreprise spatiale dominante, susceptible de dominer demain le marché des centres de données en orbite.

Une chose est sûre : SpaceX n’est plus une entreprise privée. Elle doit désormais rendre des comptes au public et publier des informations financières régulières. Même si Elon Musk conserve un contrôle total sur la société, il devra désormais répondre aux attentes des actionnaires, dont les décisions dépendront désormais du cours de l’action.

LES INVESTISSEURS VEULENT DES PROFITS, PAS DES RÊVES SPATIAUX

La majorité des investisseurs n’ont pas acheté des actions SpaceX pour soutenir ses projets à long terme, comme la colonisation de Mars ou les missions lunaires de la NASA. Certains passionnés de l’espace, oui. Mais la plupart des gens investissent dans des actions pour gagner de l’argent.

Dans son document S-1, déposé en mai, SpaceX a clairement indiqué que sa valeur ne repose pas sur ses solutions spatiales ou sa constellation Starlink. Selon ses propres estimations, ces activités ne représentent même pas 7 % de sa valorisation totale.

L’essentiel de la valeur de SpaceX, selon Elon Musk, réside dans la fourniture de services d’intelligence artificielle, principalement depuis l’espace, et surtout pour des applications professionnelles. Si les investisseurs partagent cette vision, ils exigeront que SpaceX concentre ses efforts et ses ressources là où se trouvent les profits.

L’IA SPATIALE, NOUVEAU MOTEUR DE CROISSANCE ?

Pour atteindre une valorisation aussi élevée, SpaceX devra donc générer des revenus massifs. Et ces revenus viendront, selon ses dirigeants, des centres de données en orbite. Une perspective qui inquiète la NASA, qui a pourtant été le premier soutien financier de SpaceX à ses débuts, lorsque l’entreprise frôlait la faillite.

Il y a dix ans, la majorité des revenus de SpaceX provenaient des contrats avec la NASA et d’autres agences gouvernementales américaines. Mais depuis, les recettes de Starlink ont pris le dessus. Et cette tendance devrait s’accentuer dans les années à venir.

LA NASA, DÉPENDANTE DE SPACEX, MAIS DE PLUS EN PLUS MARGINALISÉE

La NASA compte énormément sur SpaceX aujourd’hui : transport des astronautes, envoi de charges scientifiques dans l’espace, participation au programme Artemis. Pourtant, le contrat de 2,9 milliards de dollars signé en 2021 pour construire un système d’atterrissage lunaire est aujourd’hui éclipsé par les contrats de calcul d’IA que SpaceX signe avec des entreprises comme Anthropic et Google, d’une valeur de plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Pour SpaceX, l’argent est désormais dans l’IA, pas dans les contrats gouvernementaux. Pourtant, la NASA a désespérément besoin que SpaceX respecte les étapes clés du programme Artemis dans les mois à venir, et développe la capacité d’atterrir des humains sur la Lune.

STARSHIP, CLÉ DE TOUT : QUELLE STRATÉGIE POUR L’AVENIR ?

Le succès de SpaceX repose en grande partie sur sa fusée Starship, un monstre capable de placer environ 100 tonnes en orbite basse. Si ce lanceur atteint son statut opérationnel dans les prochains mois, une question cruciale se pose : comment SpaceX l’utilisera-t-il ?

L’entreprise devra faire des choix stratégiques. Va-t-elle se concentrer sur une démonstration de ravitaillement en orbite, qui nécessitera des lancements consécutifs de Starship ? Ou va-t-elle préparer un prototype d’atterrisseur lunaire, ce qui impliquera une douzaine de vols de ravitaillement rien que pour un test d’atterrissage non habité pour la NASA ?

Autre option : prioriser le déploiement de satellites Starlink rentables, suivis des tests de satellites pour centres de données. En résumé, SpaceX suivra-t-il l’argent ?

LES ACTIONNAIRES OBSERVERONT DE PRÈS

C’est une question légitime, car les investisseurs surveilleront chaque décision. SpaceX doit maintenant prouver qu’elle peut générer des profits à la hauteur de sa valorisation. Et si l’IA spatiale devient son nouveau moteur, les missions lunaires et martiennes pourraient bien passer au second plan.

Une chose est sûre : l’entrée en Bourse de SpaceX marque un tournant. L’entreprise n’est plus seulement une aventure technologique, mais aussi une machine financière. Et son avenir dépendra désormais de sa capacité à concilier rêves spatiaux et exigences économiques.

Sources :
  • Ars Technica

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