SAP prend le contrôle des données structurées avec Prior Labs et verrouille l’accès de ses API aux seuls agents autorisés, dont NemoClaw de Nvidia.

UN GÉANT SOUS PRESSION

Le directeur opérationnel d’OpenAI l’admettait en février dernier : « nous n’avons pas encore vraiment vu l’IA pénétrer les processus métier des entreprises. » Mais pour SAP, dont l’action a chuté de manière significative en 2026, en partie à cause de la SaaSpocalypse, le sujet reste brûlant.

UNE ACQUISITION À UN MILLIARD D’EUROS

Ce lundi, le géant européen a annoncé son intention d’acquérir la startup allemande Prior Labs pour un montant non divulgué. Sous réserve d’approbation réglementaire, SAP prévoit d’investir 1 milliard d’euros (environ 1,16 milliard de dollars) dans l’entreprise au cours des quatre prochaines années pour la transformer en un laboratoire d’IA dédié aux données structurées – les tableaux et bases de données où résident habituellement les informations d’entreprise.

Un investissement massif pour muscler un atout stratégique dans la course à l’IA.

UNE SORTIE EN CASH POUR LES FONDATEURS

SAP n’a pas souhaité dévoiler le montant exact de l’acquisition, mais des sources proches du dossier indiquent une opération en « presque intégralité cash », avec plus d’un demi-milliard de dollars versé comptant aux trois fondateurs – Frank Hutter, Noah Hollmann et Sauraj Gambhir. Le trio a créé Prior Labs il y a tout juste 18 mois avec pour mission de développer des modèles de fondation tabulaires (TFM), capables de réaliser des prédictions à partir des données stockées dans des tableaux et des bases.

UNE IA SUR MESURE POUR LES LOGICIELS MÉTIER

Cette approche pourrait mieux convenir aux entreprises que les modèles de langage. Elle tombe surtout à pic pour SAP, dont les logiciels de comptabilité, RH, achats ou gestion des notes de frais reposent sur sa base de données propriétaire. Le directeur technique de SAP, Philipp Herzig, souligne que la plus grande opportunité inexploitée de l’IA d’entreprise n’était pas les grands modèles de langage, mais une IA conçue pour les données structurées qui font tourner les entreprises du monde entier.

STRATÉGIE DÉFENSIVE FACE À L’IA AGENTIQUE

Cependant, la firme allemande semble aussi jouer la défense à mesure que l’industrie s’oriente vers l’IA agentique. En parallèle de la création de son propre laboratoire, SAP a bloqué OpenClaw et toute autre technologie d’agent non explicitement autorisée. Une enquête récente a révélé cette pratique, confirmée par le service de presse de SAP qui renvoie à sa dernière politique d’API : les agents d’IA n’ont pas le Droit d’accéder à ses produits via l’API, sauf s’ils utilisent des « architectures approuvées par SAP ».

Seuls Joule Agents et NemoClaw ont les clés pour dialoguer avec les API SAP.

JOULE ET NEMOCLAW, LES SEULS AGENTS AUTORISÉS

Parmi ces architectures figure bien sûr Joule Agents, l’offre maison encore en bêta, qui permet aux clients de créer leurs propres agents. Nvidia a également annoncé en mars que Joule supporte le Agent Toolkit de Nvidia, un logiciel de gestion d’agents. Cette boîte à outils sert de socle à NemoClaw, le concurrent d’OpenClaw développé par Nvidia, pensé pour l’entreprise et la sécurité. Conséquence : les clients de SAP pourront utiliser les agents NemoClaw.

UNE COURSE CONTRE LA MONTRE

Pour un acteur établi comme SAP, l’IA est à la fois une menace et une opportunité. « Il s’agit de savoir à quelle vitesse nous pouvons intégrer ces technologies dans notre portefeuille R&D pour conserver notre avantage d’économies d’échelle relatives », expliquait le directeur financier de SAP en janvier. L’allemand n’est pas resté inactif : en 2023, il a investi dans Anthropic (concurrent d’OpenAI), ainsi que dans Aleph Alpha et Cohere, qui envisagent désormais de fusionner pour créer un « champion mondial de l’IA ».

SAP a aussi développé son propre modèle, SAP-RPT-1, un transformateur pré-entraîné relationnel. Mais l’acquisition de Prior Labs constitue un raccourci décisif. Sa série de modèles TabPFN a suscité un fort engouement chez les développeurs : les versions open source ont été téléchargées plus de trois millions de fois.

Plus de trois millions de téléchargements pour les modèles TabPFN, fer de lance de Prior Labs.

L’INDÉPENDANCE POUR LA RECHERCHE, LA FORCE DE FRAPPE POUR LE DÉPLOIEMENT

SAP promet que Prior Labs maintiendra ses versions open source. Le laboratoire fonctionnera comme une entité indépendante afin de préserver la vitesse de la recherche, tandis que SAP apportera un investissement à long terme et une voie directe vers la mise sur le marché via SAP AI Core, SAP Business Data Cloud et la couche agentique Joule. L’ambition est de créer des TFM capables de puiser les données là où elles résident, dans les tables, et de les combiner avec le langage, le raisonnement et la connaissance métier.

UN « COUP DE POUCE MASSIF » POUR DEVENIR UN LABORATOIRE DE POINTE

Plus encore, les deux partenaires espèrent que Prior Labs, grâce à ce « coup de pouce massif » de SAP, pourra devenir un « laboratoire d’IA de pointe mondial pour les données structurées – en Europe, en open source », s’est enthousiasmé le fondateur et PDG Frank Hutter. La startup avait levé en février 2025 environ 9,3 millions de dollars lors d’un tour de pré-amorçage mené par Balderton Capital – moins que son concurrent Neuralk-AI, mais bien moins que Fundamental, sorti de l’ombre avec une Série A de 255 millions de dollars en février dernier.

UNE SORTIE HISTORIQUE POUR L’ÉCOSYSTÈME ALLEMAND

Un associé de Balderton a qualifié l’acquisition de Prior Labs comme « l’une des plus grosses réussites ever pour le capital-risque allemand ». De son côté, l’action SAP évolue en légère hausse. Enfin, l’attitude de SAP contraste radicalement avec celle d’un autre poids lourd bousculé par la SaaSpocalypse : Salesforce. Ce dernier permet aux entreprises de choisir leurs propres agents, y compris OpenClaw si elles le souhaitent, grâce à sa nouvelle architecture Headless 360.

Sources :
  • TechCrunch AI

L'indépendance de CLODCO est votre garantie.

Pour que l'actualité de l'IA reste sans filtre et sans concession, votre soutien est indispensable. Votre contribution est le seul moteur de notre liberté éditoriale.

Soutenir CLODCO