Kimi, une intelligence artificielle chinoise gratuite et performante, divise les conseillers de Trump. Entre protectionnisme et innovation, la guerre est déclarée.
UNE IA GRATUITE QUI FAIT LES GROS TITRES
Le week-end dernier, plusieurs conseillers actuels et passés de Donald Trump sur les questions d’intelligence artificielle se sont lancés dans une série d’insultes publiques envers les principales entreprises américaines du secteur. David Sacks, ancien « tsar » de l’IA et des cryptomonnaies pour le président jusqu’en mars, a qualifié les modèles d’Anthropic de « lobotomisés » et de « woke ». Emil Michael, haut responsable du Pentagone, a traité le nouveau responsable des stratégies futures d’OpenAI de « parfait imbécile de village ».
Cette guerre de mots a commencé parce que personne ne parvient à se mettre d’accord sur la meilleure façon de réagir face à Kimi, une intelligence artificielle gratuite et open source lancée la semaine dernière par l’entreprise chinoise Moonshot. Ce modèle semble rivaliser en intelligence avec ceux d’OpenAI et d’Anthropic, qui, eux, ne sont pas gratuits.
POURQUOI KIMI EST-ELLE UNE MENACE POUR TRUMP ?
Chaque fois qu’un nouveau modèle chinois gratuit et intelligent comme Kimi est lancé, les entreprises américaines voient moins de raisons de payer pour accéder aux modèles d’Anthropic ou d’OpenAI. Or, l’enthousiasme pour ces entreprises et pour d’autres acteurs de l’IA alimente une part disproportionnée de la croissance économique américaine. Les modèles chinois créent donc à la fois des problèmes économiques et politiques pour le président. Anton Leicht, chercheur à la Carnegie Endowment, a écrit sur X que ces modèles représentaient « une menace pour une administration qui ne veut surtout pas de mauvaises nouvelles économiques ». Ils ont déjà fait trembler les actions américaines.
Que peut faire Trump ? D’abord, il faut savoir que cette crise survient une semaine après que l’État de New York a interdit la construction de nouveaux centres de données, premier État américain à prendre une telle mesure. La méfiance envers les entreprises d’IA grandit, et une partie non négligeable des Américains n’auraient que peu de sympathie pour OpenAI ou Anthropic, alors qu’ils doivent faire face à des concurrents moins chers. Beaucoup diraient même que ce n’est pas le rôle du gouvernement de protéger leurs intérêts.
Sur ce point, ils trouveraient un accord partiel avec David Sacks, qui a critiqué le 19 juillet les principales entreprises d’IA pour leur volonté « de faire éliminer par le gouvernement leur concurrence open source ». Il a aussi affirmé que les modèles chinois étaient devenus populaires parce qu’ils offraient moins de restrictions sur leur utilisation, en mettant de côté la censure d’État intégrée.
TRUMP CHANGE DE STRATÉGIE : VERS PLUS DE CONTRÔLE GOUVERNEMENTAL
Sacks n’est plus en poste. Il n’a plus de rôle officiel dans l’administration Trump, et sa position en faveur d’une IA plus ouverte a été largement remplacée par une vision qui prône un rôle accru de l’État. Selon cette nouvelle approche, les modèles d’IA sont devenus si puissants qu’ils menacent la sécurité nationale. Le gouvernement doit donc contrôler leur utilisation.
Cette position a donné naissance à un nouveau processus de revue à la Maison Blanche. Son objectif ? Vérifier la sécurité des modèles d’IA avant leur mise sur le marché. Dean Ball, ancien conseiller en IA pour Trump et désormais employé chez OpenAI, a critiqué ce processus ce week-end, le qualifiant de « régime de licence de fait pour l’IA de pointe ». Ball a prédit que Trump pourrait résoudre son problème de modèles chinois open source en utilisant un peu de soft power, peut-être en faisant peur aux entreprises américaines pour qu’elles n’utilisent pas de modèles comme Kimi.
Cette déclaration a provoqué une réponse cinglante d’Emil Michael, qui, avec le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, sert de principal intermédiaire entre l’administration et les entreprises d’IA. Michael a traité Ball de « parfait imbécile de village » de l’industrie de l’IA, rejetant l’idée que le gouvernement utiliserait des pressions discrètes sur les entreprises. Selon lui, il faudrait passer par « le processus démocratique, pas par un complot d’État profond ».
LE MYSTÈRE DE LA PERFORMANCE DE KIMI
Personne n’a encore expliqué comment un modèle comme Kimi a pu devenir aussi performant. Pendant la majeure partie de l’administration Biden et même au début du second mandat de Trump, une priorité absolue était d’empêcher la Chine d’accéder aux puces les plus avancées. Ces contrôles à l’exportation se sont assouplis : Trump a pris la décision controversée d’autoriser Nvidia à vendre davantage de puces à la Chine, en échange d’une part des revenus pour le gouvernement américain. Les autorités américaines ont aussi signalé des cas de contrebande de puces, mais la Chine reste limitée en puissance de calcul.
Il est possible que Kimi ait été entraîné en utilisant une technique appelée distillation, un procédé où les modèles d’IA sont formés à partir des résultats d’autres modèles d’IA existants. OpenAI et Anthropic dénoncent depuis longtemps cette pratique chez les entreprises chinoises et ont demandé l’aide du gouvernement pour y mettre fin. En avril, ils ont obtenu gain de cause : l’administration Trump a annoncé une série de mesures pour limiter cette pratique.
Pourtant, Kimi est là, gratuit et presque aussi performant que le modèle d’Anthropic que le gouvernement américain a jugé si puissant qu’il a été temporairement bloqué parce qu’il menaçait la sécurité nationale. Les échanges de ce week-end montrent que beaucoup dans l’entourage de Trump y voient un signal d’alarme. Mais personne ne s’accorde sur la nature de cette alerte.
LES CHIFFRES QUI FONT PARLER
L’impact des modèles d’IA sur le marché du travail reste un sujet de débat. Les chiffres récents pourraient surprendre. Par exemple, des Outils comme Claude Code s’améliorent rapidement, et de plus en plus de développeurs sont prêts à confier des tâches de programmation à ces assistants. La façon dont les logiciels sont conçus a changé pour de bon.
Une nouvelle technique permet désormais à une entreprise d’explorer plus en profondeur que jamais le fonctionnement étrange des grands modèles de langage. Ces avancées techniques montrent que le domaine de l’IA évolue à un rythme effréné, laissant les gouvernements et les entreprises en constante adaptation.
- MIT Tech Review AI
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