Une startup israélienne lève 50 millions de dollars pour traquer les failles des agents IA dans les entreprises. Son arme ? Une plateforme qui découvre, analyse et bloque les modules dangereux avant qu’ils ne fassent des dégâts.

UNE NOUVELLE MENACE SE CACHE DANS LES AGENTS IA

Quand une entreprise donne accès à ses bases de données à un agent IA, elle lui ouvre aussi la porte à des centaines de petits programmes invisibles : des compétences, des modules complémentaires, des serveurs MCP ou des plugins qui lui permettent de naviguer sur internet ou d’interagir avec d’autres logiciels. Ces Outils, souvent téléchargés depuis des plateformes publiques, forment une sorte de chaîne d’approvisionnement logicielle autour des agents IA. Et personne ne les surveille vraiment.

AIR : LA POLICE DES AGENTS IA

C’est là qu’intervient AIR, une startup israélienne spécialisée dans la sécurité des agents IA. Fondée par Yair Saban (PDG) et Niv Hoffman (CTO), d’anciens membres de l’unité 8200 des services de renseignement israéliens, AIR propose une plateforme capable de découvrir tous les agents IA actifs dans une entreprise, de vérifier en continu les compétences et modules qu’ils utilisent, et de bloquer ceux qui ne respectent pas les critères de sécurité. La startup va même plus loin en proposant un marché de modules validés pour les agents IA, comme un App Store mais pour l’intelligence artificielle.

« Les entreprises donnent accès à leurs systèmes les plus sensibles à des agents IA qui utilisent des modules non contrôlés. C’est comme installer un pilote automatique dans une voiture sans vérifier si les pneus sont gonflés. »

50 MILLIONS DE DOLLARS POUR UNE NOUVELLE GÉNÉRATION D’OUTILS

AIR sort de l’ombre après avoir levé 50 millions de dollars en deux levées de fonds rapprochées. La première, en août 2026, a rapporté 10 millions de dollars, suivie d’une seconde de 40 millions quelques semaines plus tard. La première levée a été menée par Sequoia, tandis que la seconde a été pilotée par Greenoaks. Parmi les investisseurs figurent également des figures comme Swish, Netz, Zach Frankel (président de Cognition), Yinon Costica (cofondateur de Wiz), Ofir Ehrlich (cofondateur d’Eon), Anne Neuberger, Omer Adam, Varun Anand (cofondateur de Clay) et d’autres investisseurs providentiels.

POURQUOI LES MODULES DES AGENTS IA SONT-ILS DANGEREUX ?

Yair Saban explique que l’utilisation massive des agents IA dans les entreprises ressemble de plus en plus à l’utilisation d’un système d’exploitation. Pourtant, contrairement aux pilotes ou aux applications classiques, les compétences et modules utilisés par les agents IA ne sont pas soumis aux mêmes contrôles. « Dans les années 2000, quand on installait un pilote, il n’avait pas besoin d’être signé. Aujourd’hui, chaque pilote est signé par son éditeur avant installation, car il accède directement au cœur du système », précise-t-il. « Avec les compétences et modules des agents IA, ce n’est pas le cas. Pourtant, le mécanisme est le même : un module malveillant peut s’infiltrer et causer des dégâts. »

Le risque principal ? Des pirates pourraient empoisonner les données qu’un agent IA consomme, plutôt que d’attaquer directement l’agent. Par exemple, un module corrompu pourrait faire croire à l’agent qu’il doit envoyer des fichiers sensibles vers un serveur malveillant, sans que personne ne s’en aperçoive.

COMMENT AIR PROTÈGE LES ENTREPRISES

AIR combine trois couches de protection pour ses clients. D’abord, une couche de visibilité qui identifie tous les agents IA actifs dans une entreprise, ainsi que les employés qui utilisent des outils IA non approuvés par les services informatiques ou via des comptes personnels. Ensuite, une couche d’application qui s’intercale entre les agents et leurs modules pour analyser en temps réel chaque action, comme le chargement d’une compétence ou la récupération de données sur internet. Enfin, une liste blanche des modules et compétences autorisés, que la startup met à jour en permanence.

Saban explique que cette liste blanche est maintenue en évaluant en continu les compétences et modules disponibles en ligne, car un module autrefois sûr peut devenir dangereux si son code est modifié ou si le compte de son développeur est piraté. « Aujourd’hui, notre plateforme bloque environ 27 % des modules et compétences qu’elle découvre en ligne », révèle-t-il.

LES ENTREPRISES QUI ONT ADOPTÉ AIR

AIR revendique plus de 20 clients, dont un quart sont de grandes entreprises. La demande est particulièrement forte dans les secteurs fortement réglementés, comme les services financiers et les laboratoires pharmaceutiques. Ces industries, où la moindre faille peut coûter des millions, sont prêtes à payer pour une sécurité supplémentaire.

LA CONCURRENCE SE DÉCHAÎNE DANS CE NOUVEAU MARCHÉ

AIR n’est pas la seule à vouloir sécuriser les agents IA. Noma Security propose des outils de découverte, de contrôle d’accès et de surveillance en temps réel des agents, des serveurs MCP et des compétences. Zenity vend des solutions de sécurité et de gouvernance similaires, tandis qu’Astrix Security permet aux entreprises de découvrir et contrôler les agents et serveurs MCP via sa plateforme d’identité. Enfin, Operant AI offre des protections pour les agents ainsi qu’une passerelle MCP.

Le marché attire aussi beaucoup d’investisseurs. Zenity a levé 125 millions de dollars en août 2026, tandis que Noma a obtenu 100 millions de dollars en 2025.

LE VRAI AVANTAGE D’AIR : LA VÉRIFICATION EN CONTINU

Pour Yair Saban, l’avantage concurrentiel d’AIR réside dans sa capacité à vérifier en continu l’écosystème des compétences et modules autour des agents IA. « Vérifier en continu les sites de compétences et de modules, c’est un défi de taille. Obtenir une visibilité sur les terminaux, c’est facile. Tout le monde va le faire. Créer un avantage concurrentiel là-dessus, c’est impossible », explique-t-il. « La vraie difficulté, c’est de construire une infrastructure capable de réévaluer chaque module, chaque compétence, chaque serveur MCP à chaque changement, en temps réel et pour toute une flotte d’agents dans une entreprise. »

« Ce n’est pas un problème de scan, c’est un problème de réévaluation permanente. Inspecter chaque compétence, chaque module, chaque serveur MCP et chaque sous-agent qu’un agent d’entreprise touche, et le réinspecter à chaque changement, en temps réel et pour toute l’entreprise, relève de l’infrastructure avant même d’être un problème de sécurité. »

UNE INFRASTRUCTURE DIFFICILE À COPIER

Bogomil Balkansky, associé chez Sequoia, confirme cette analyse : « AIR a passé l’année dernière à construire ce pipeline. On ne rattrape pas ça en écrivant un meilleur scanner. » La startup, qui compte une quarantaine d’employés, prévoit d’utiliser les nouveaux fonds principalement pour recruter des chercheurs et étendre ses activités commerciales aux États-Unis et en Europe.

L’AVENIR DE LA SÉCURITÉ DES AGENTS IA

Saban est convaincu que les laboratoires d’IA et les fournisseurs de solutions intégreront un jour des contrôles de sécurité dans leurs outils. Pourtant, il estime que les entreprises continueront à vouloir acheter des solutions indépendantes, capables de fonctionner avec plusieurs fournisseurs. « Ce n’est pas un problème de détection ponctuelle, c’est un problème de surveillance permanente », résume-t-il. « Les entreprises veulent une solution qui couvre tous leurs agents, où qu’ils viennent. »

UNE COURSE AUX ARMES DANS LA SÉCURITÉ DES AGENTS IA

Avec des levées de fonds records et une concurrence féroce, le marché de la sécurité des agents IA est en pleine ébullition. Les entreprises n’ont plus le choix : elles doivent protéger leurs systèmes contre les failles cachées dans les modules utilisés par leurs agents. AIR mise sur son infrastructure unique pour se démarquer, mais la bataille ne fait que commencer.

Sources :
  • TechCrunch AI

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