Un père a alerté sur les dangers des caméras de surveillance routière. Aujourd'hui, il arrête ses vidéos après leur destruction par des inconnus.
Avec des centaines de milliers d'abonnés sur YouTube, TikTok et X, Steve Eimers est devenu une figure connue sous le pseudonyme « The Guardrail Guy ». Il publie des vidéos sur les problèmes d'installation des glissières de sécurité sur les routes américaines. Son combat a commencé en 2022, trois ans après la mort de sa fille Hannah, 17 ans, tuée dans un accident où une glissière a transpercé sa voiture au lieu de la guider hors de la route.
LES CAMÉRAS DE LECTURE DE PLAQUES : COMMENT ÇA MARCHE ?
En avril dernier, Steve Eimers a commencé à parler d’un autre équipement des routes américaines : les caméras automatiques de lecture de plaques d’immatriculation (ALPR). Ces appareils, vendus par des entreprises comme Flock ou Axon, utilisent des caméras installées sur des poteaux pour capturer des données sur les véhicules. Ces informations peuvent servir à traquer des personnes suspectées de crimes. Mais pour Eimers, ces caméras posent un problème de sécurité majeur en cas d’accident.
Son argument ? Beaucoup de ces caméras sont installées trop près des glissières de sécurité, ce qui réduit leur efficacité. D’autres sont fixées sur des panneaux de signalisation existants, ce qui peut empêcher les poteaux « brisables » de fonctionner correctement en cas de choc. Pour lui, ces installations mal pensées transforment ces caméras en dangers potentiels.
POURQUOI CES CAMÉRAS FONT-ELLES DÉBAT ?
Les vidéos d’Eimers sur les ALPR ont touché une corde sensible. Ces appareils sont de plus en plus contestés dans le pays. Des villes doivent désormais peser le pour et le contre : ces caméras sont-elles vraiment utiles, ou représentent-elles une menace pour la vie privée ?
Si les vidéos d’Eimers parlaient surtout de la sécurité des caméras en cas d’accident, beaucoup de commentateurs y ont vu une intrusion dans leur vie privée. Pour eux, ces caméras symbolisent une surveillance de masse discrète, installée dans leurs propres quartiers sans leur consentement.
LES APPELS AU VANDALISME SE MULTIPLIENT
Eimers a remarqué, avec inquiétude, que de plus en plus de personnes lui demandaient de détruire ces caméras. Certains étaient même en colère contre lui parce qu’il ne l’avait pas encore fait. D’autres voulaient connaître l’emplacement exact des caméras dans ses vidéos. Certains suggéraient même que ces appareils contenaient des métaux précieux comme l’or, l’argent ou le cuivre. Plusieurs internautes ont même proposé des méthodes précises pour les vandaliser.
Un commentaire sur une vidéo publiée par Eimers le 24 juillet résumait bien l’ambiance : « Coupe-tube de grand diamètre, a écrit un utilisateur, accompagné d’une photo de l’outil. « Silencieux et efficace, ça coupe comme du beurre . » »
LA RÉPONSE DE FLOCK : UNE AUDIT NATIONALE
Le 22 juillet, Eimers a annoncé que Flock, l’une des marques les plus connues de caméras ALPR aux États-Unis, avait décidé de lancer une audit national de toutes ses installations. Dans sa publication, il partageait une vidéo d’une caméra Flock qu’il avait déjà mentionnée la veille. Le PDG de l’entreprise, Garrett Langley, a partagé cette vidéo en citant Eimers comme un « vrai héros américain ».
LA RÉALITÉ FRAPPANTE : LES CAMÉRAS DÉTRUITES
Trois jours plus tard, le 25 juillet, Eimers rentrait chez lui avec l’une de ses filles quand il est tombé sur la caméra qu’il avait filmée. Le spectacle l’a choqué : la caméra était gravement endommagée. « On aurait dit qu’elle avait été tirée dessus », a-t-il expliqué à WIRED. Quelques kilomètres plus loin, il a croisé une autre caméra Flock qu’il avait documentée dans une vidéo TikTok en mai. Elle aussi était abîmée.
Face à cette situation, Eimers a pris une décision radicale : il arrêtait définitivement ses vidéos sur les ALPR.
LE CHOC ET LA DÉCISION D’ARRÊTER
Voir ces caméras détruites a laissé Eimers « un peu sonné ». Pour lui, cela montre une montée inquiétante de l’hostilité envers Flock et les autres entreprises d’ALPR. « Je n’ai jamais vu, dans mes années de combat pour les glissières de sécurité, une escalade aussi forte que ces derniers mois », a-t-il déclaré. Il ajoute qu’il ne veut pas « nourrir les trolls » en continuant à parler de ces caméras.
Eimers a signalé les dégradations à la police locale. Le 31 juillet, le département de police de Maryville et le bureau du shérif du comté de Blount ont annoncé l’arrestation d’Adam Heimerman, un candidat aux élections législatives du Tennessee. Il est accusé de vandalisme avec circonstances aggravantes pour avoir tiré sur quatre caméras ALPR entre le 14 et le 22 juillet dans la région.
Le chef adjoint principal Ryan Rogers, de la police de Maryville, a confirmé à WIRED que Heimerman était bien arrêté pour les mêmes caméras signalées par Eimers. Heimerman n’a pas répondu à une demande de commentaire, et son avocat n’a pas pu être identifié immédiatement.
LA POSITION DE FLOCK : CONDAMNATION ET AUDIT
Paris Lewbel, porte-parole de Flock, n’a pas précisé combien de caméras de l’entreprise avaient été endommagées ces derniers mois. Il a cependant indiqué à WIRED que l’entreprise avait reçu relativement peu de signalements à ce sujet.
« Détruire du Matériel de sécurité public est illégal et met les communautés en danger, c’est pourquoi nous condamnons fermement ce genre de comportement », a déclaré Lewbel. Il a confirmé que l’entreprise menait bien une audit nationale, mais n’a pas répondu aux questions précises sur la méthodologie, le calendrier ou la portée de cette vérification. Flock possède plus de 120 000 caméras ALPR réparties dans 49 États.
LA GRANDE PEUR D’EIMERS : UNE VIOLENCE INCONTRÔLÉE
Sa plus grande inquiétude, explique-t-il à WIRED, c’est que quelqu’un se blesse. Il imagine un scénario où une personne tire sur une caméra ALPR, se fait poursuivre par la police, et finit par être victime d’une arme à feu.
Eimers affirme vouloir recentrer son combat sur la sécurité routière et la résistance des glissières en cas de choc. Pour lui, les groupes de défense des droits civiques doivent prendre le relais sur les questions de vie privée liées aux ALPR. Il estime qu’il y a un vrai bénéfice à « rester dans son domaine », comme le montre l’audit lancé par Flock. Même s’il ne publiera plus rien de nouveau sur les ALPR, il compte laisser toutes ses vidéos existantes en ligne.
« Si ces caméras restent sur le bord des routes, l’Amérique sera plus sûre grâce à ce que j’ai publié », déclare-t-il. « J’ai trop souvent provoqué le débat. Cette fois, le débat m’a provoqué en retour. »
- Wired AI
L'indépendance de CLODCO est votre garantie.
Pour que l'actualité de l'IA reste sans filtre et sans concession, votre soutien est indispensable. Votre contribution est le seul moteur de notre liberté éditoriale.
Soutenir CLODCO

