Plus de 15 candidats aux élections américaines s'engagent à réguler les data centers et l'intelligence artificielle. Un pacte qui pourrait tout changer.
Un homme en tenue MAGA s’approche de Dan Osborn après son quatrième meeting de campagne. Ce dernier, candidat indépendant au Sénat du Nebraska face au républicain Pete Ricketts, ne partage pas les mêmes idées que lui. du moins au début. Mais quand Osborn évoque l’intelligence artificielle et les data centers, leur conversation bascule instantanément. « Tout de suite, on était sur la même longueur d’onde, à 100 %. »
Osborn fait partie des plus de 15 candidats aux élections américaines qui ont signé le AI Pact, un pacte en cinq points pour encadrer à la fois les data centers et l’IA. Depuis quelques mois, les inquiétudes des électeurs concernant l’impact écologique de ces infrastructures, leur manque de transparence et le pouvoir des géants du numérique ont explosé. Le site du pacte promet de fournir « une base nécessaire pour garantir un avenir centré sur l’humanité ».
UN PACTE NÉ D'UNE INQUIÉTUDE CROISSANTE
Le AI Pact est un projet issu du Political Integrity Project, un groupe anti-corruption qui propose déjà un engagement similaire aux candidats. Daniel Lobo-Lewis, l’un de ses fondateurs, explique que les cinq promesses du pacte ont été élaborées en collaboration avec des groupes spécialisés dans la sécurité de l’IA et d’autres organisations politiques travaillant sur des lois liées à l’IA. Parmi ces promesses : exiger des revues de sécurité obligatoires pour les modèles d’IA, soutenir des politiques créant un dividende pour les travailleurs grâce aux profits de l’IA, et permettre aux consommateurs et entreprises de poursuivre en justice les dommages causés par ces modèles.
À ce jour, tous les signataires du pacte sont des démocrates, sauf Osborn. Mais Lobo-Lewis insiste : « Nous accueillerions volontiers des républicains. » Certains candidats ont même bâti leur campagne sur l’opposition aux data centers et aux géants de la tech. C’est le cas de Justin Pearson, représentant démocrate du Tennessee, connu pour avoir lutté contre la pollution générée par les data centers de SpaceX. Ou encore de Will Lawrence, candidat de gauche qui a remporté une primaire serrée dans le Michigan, dans une circonscription où l’opposition aux data centers est forte.
PAS D'INTERDICTION TOTALE, MAIS UN CADRE STRICT
Le pacte ne demande pas une moratoire explicite sur les data centers. Il encourage plutôt à « soutenir des politiques qui interdiraient les subventions, les accords secrets et la consommation excessive d’énergie pour ces infrastructures ». Cette formulation mesurée est volontaire, précise Lobo-Lewis. Elle vise à servir de plancher pour les candidats, notamment ceux liés aux syndicats. Plusieurs syndicats ont d’ailleurs récemment réaffirmé leur soutien à la construction de data centers.
Alexander McCoy, stratège progressiste spécialisé dans l’IA, explique : « Les candidats dans les circonscriptions indécises se concentrent sur l’abordabilité, la création d’emplois et la baisse des coûts. Certains ne veulent pas dire non à la possibilité qu’un projet de data center puisse aider à atteindre ces objectifs. En même temps, l’IA risque de tout bouleverser si des garde-fous ne sont pas mis en place. Est-ce que cela vaut le coup de créer des emplois de construction maintenant, au risque de détruire les opportunités pour d’autres travailleurs dans la région ? »
Osborn, vétéran de la Navy et leader syndical, reconnaît que les data centers « peuvent apporter beaucoup d’infrastructures et d’emplois ». Mais il ajoute que le Congrès doit intervenir pour les réguler, surtout dans les zones rurales où les agriculteurs craignent de perdre leurs terres au profit de ces projets. « On doit réussir. Faire une pause ne semble pas une mauvaise idée », déclare-t-il.
UNE TENDANCE QUI S'ÉTEND AU-DELÀ DES PARTIS
La position d’Osborn reflète une tendance croissante à travers tout le spectre politique. Ces dernières semaines, des gouverneurs autrefois favorables au Développement des data centers, comme le démocrate Josh Shapiro de Pennsylvanie ou le républicain Greg Abbott du Texas, ont pris des mesures pour rassurer les électeurs sur leur volonté de réguler ces infrastructures. Abbott, qui a récemment déclaré que les data centers « avaient creusé leur propre tombe » dans son État, a même instauré un moratoire temporaire sur leur construction ce mois-ci.
D’autres promesses du AI Pact correspondent à des positions politiques récemment adoptées par des leaders des deux bords. Comme l’a rapporté WIRED, la Maison Blanche développe actuellement une revue de sécurité volontaire pour les modèles d’IA. Donald Trump, quant à lui, a rencontré des dirigeants de l’IA pour discuter de l’idée d’un dividende pour les travailleurs grâce aux profits de l’IA — une idée qui lui aurait été proposée par Sam Altman, PDG d’OpenAI. L’administration Trump a également encouragé les entreprises d’IA, les gouverneurs et les fournisseurs d’électricité à signer un engagement volontaire pour protéger les consommateurs contre les hausses de prix de l’électricité liées aux data centers.
Lobo-Lewis estime que le pacte offre des protections bien plus fortes. Il minimise les actions de la Maison Blanche sur l’IA, les qualifiant de simples « paroles en l’air ». « Je n’imagine pas que l’administration Trump veuille vraiment mettre en place des revues de sécurité obligatoires pour les modèles, ou des subventions nationales pour la construction de data centers », déclare-t-il. Gina Hinojosa, candidate démocrate face à Abbott au poste de gouverneur du Texas et signataire du pacte, a critiqué son moratoire. Selon elle, il ne fait pas assez pour « protéger les Texans ».
Hinojosa dénonce aussi l’utilisation de l’IA pour remplacer des métiers essentiels comme enseignants ou infirmières. « L’IA peut être un outil utile, mais elle doit être utilisée de manière responsable. Pour l’instant, il n’y a pas de garde-fous pour s’en assurer. »
L'IA ET LES DATA CENTERS : DEUX PROBLÈMES LIÉS ?
Le pacte intervient alors que le monde politique débat pour savoir si les inquiétudes des électeurs concernant les data centers sont liées à leurs craintes face à l’IA — et même s’ils devraient s’en soucier. Donald Trump, par exemple, a maintes fois exprimé son soutien à la construction de data centers, déclarant récemment : « Si j’étais maire d’une ville ou gouverneur d’un État, et que j’avais la possibilité d’accueillir une grande usine, une usine d’IA ou un data center, je le ferais sans hésiter. »
En mars, le sénateur Bernie Sanders, indépendant du Vermont, est devenu l’un des premiers politiques à lier les mesures de sécurité de l’IA aux data centers. Il a proposé un moratoire national sur leur construction jusqu’à ce que le Congrès adopte une loi « protégeant le public des dangers de l’intelligence artificielle ». Depuis, un nombre croissant de politiques ont suivi son exemple, reliant de plus en plus le développement des data centers aux préoccupations liées à l’IA. Cette semaine, Ken Paxton, procureur général du Texas et candidat républicain au Sénat, a dévoilé un plan pour les data centers incluant une mesure rendant ces infrastructures légalement responsables des chatbots qui « mettent en danger la sécurité des enfants ».
Pourtant, certains sondages suggèrent que les inquiétudes environnementales concernant les data centers dépassent largement celles liées à l’IA. Cette divergence interroge : dans quelle mesure l’opposition aux data centers est-elle liée aux craintes face à l’IA ?
Osborn, lui, est convaincu que les électeurs font le lien entre les deux problèmes. « Ils aiment faire semblant qu’on est tous stupides », lance-t-il avec un sourire malicieux.
LE PACTE, UNE RÉPONSE À L'URGENCE POLITIQUE
Le AI Pact intervient dans un contexte où les data centers sont au cœur de débats houleux. Ces infrastructures, essentielles au fonctionnement des modèles d’IA, consomment des quantités colossales d’énergie et d’eau. Leur construction soulève aussi des questions sur la confidentialité des données et l’impact environnemental. Face à ces enjeux, les candidats cherchent à se positionner pour rassurer leurs électeurs.
Les cinq promesses du pacte reflètent des préoccupations partagées par une partie de la population : la transparence des algorithmes, la protection des travailleurs, la responsabilité des entreprises et la préservation de l’environnement. Mais certains observateurs s’interrogent sur la portée réelle de ces engagements. Les mesures proposées sont-elles suffisamment contraignantes pour changer la donne ?
UNE INITIATIVE QUI DIVISE
Si le pacte est salué par certains, il est aussi critiqué par ceux qui estiment qu’il ne va pas assez loin. Les défenseurs de l’IA, comme les entreprises du secteur, pourraient voir ces engagements comme une menace pour leur développement. À l’inverse, les écologistes et les syndicats pourraient les juger insuffisants face à l’urgence climatique et sociale.
Lobo-Lewis reconnaît que le pacte n’est qu’une première étape. « Nous voulons créer un standard minimum pour les candidats. Mais il faudra aller plus loin pour garantir une IA sûre et équitable », explique-t-il. Le défi sera de convaincre un maximum de politiques de signer ces promesses, puis de les traduire en lois concrètes une fois élus.
L'OMBRE DES GÉANTS DE LA TECH
Derrière les data centers se cachent des entreprises comme SpaceX, OpenAI ou Google, dont le pouvoir et l’influence ne cessent de croître. Ces géants investissent massivement dans ces infrastructures, souvent sans transparence sur leurs activités ou leurs impacts. Le pacte vise aussi à limiter leur emprise en imposant des règles strictes.
Osborn, qui connaît bien le monde du travail pour avoir été leader syndical, souligne l’importance de protéger les emplois locaux. « Les data centers peuvent créer des emplois, mais ils menacent aussi des secteurs entiers. Il faut trouver un équilibre », explique-t-il. Son engagement en faveur du pacte montre qu’il est prêt à bousculer les habitudes politiques pour défendre les intérêts des citoyens.
LES SYNDICATS, ACTEURS CLÉS DU DÉBAT
Plusieurs syndicats ont récemment réaffirmé leur soutien à la construction de data centers, voyant dans ces projets une source d’emplois. Pourtant, le pacte cherche à concilier ces intérêts avec ceux des travailleurs menacés par l’automatisation. « Les candidats doivent comprendre que l’arrivée d’un data center ne doit pas se faire au détriment des autres secteurs économiques », explique McCoy.
Le pacte propose notamment un dividende pour les travailleurs, une mesure qui permettrait de redistribuer une partie des profits générés par l’IA aux employés. Une idée qui séduit certains candidats, mais qui reste controversée dans un secteur en pleine expansion.
UNE COURSE CONTRE LA MONTRE
Avec l’essor fulgurant de l’IA, les data centers deviennent des infrastructures stratégiques. Leur régulation est devenue un enjeu majeur pour les candidats, qui doivent répondre aux attentes des électeurs tout en évitant de freiner l’innovation. Le pacte offre une réponse à ce dilemme, mais son efficacité dépendra de sa mise en œuvre.
Osborn résume bien l’état d’esprit actuel : « On doit réussir. On ne peut pas se permettre de se tromper. » Les prochains mois seront décisifs pour savoir si ce pacte marquera un tournant dans la régulation de l’IA et des data centers aux États-Unis.
QUEL AVENIR POUR LES DATA CENTERS ?
Si le pacte est signé par un nombre croissant de candidats, son impact réel dépendra de leur élection et de leur capacité à faire adopter des lois. Certains États, comme le Texas, ont déjà pris des mesures pour réguler ces infrastructures. D’autres pourraient suivre, sous la pression des électeurs et des syndicats.
Pourtant, le débat reste ouvert : faut-il interdire les data centers, les encadrer strictement, ou les laisser se développer sans contraintes ? Le pacte propose une troisième voie, mais son succès dépendra de la volonté politique et de l’engagement des citoyens.
CONCLUSION : UN PREMIER PAS VERS PLUS DE RÉGULATION
Le AI Pact représente une avancée majeure dans la régulation de l’IA et des data centers. En s’engageant à respecter ces cinq promesses, les candidats montrent qu’ils prennent au sérieux les inquiétudes des électeurs. Mais le vrai test viendra une fois qu’ils seront élus : parviendront-ils à transformer ces promesses en lois concrètes ?
Une chose est sûre : le débat est lancé. Et il ne fait que commencer.
POUR ALLER PLUS LOIN
Si vous souhaitez en savoir plus sur les enjeux des data centers et de l’IA, voici quelques pistes :
• Consultez le site du AI Pact pour découvrir les cinq promesses en détail.
• Suivez l’actualité des candidats signataires pour voir comment ils appliquent leurs engagements.
• Renseignez-vous sur les alternatives aux data centers traditionnels, comme les infrastructures vertes ou décentralisées.
Le futur de l’IA et des data centers se joue aujourd’hui. À nous de décider dans quel monde nous voulons vivre demain.
- Wired AI
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