La FDA valide une deuxième espèce de larves de mouches pour nettoyer les plaies. Une méthode ancienne, mais qui pourrait enfin percer grâce à des preuves scientifiques plus solides.

LA FDA DONNE SON FEU VERT À UNE DEUXIÈME ESPÈCE DE LARVES DE MOUCHES POUR SOIGNER LES PLAIES

L’agence américaine de régulation des médicaments et des aliments (FDA) vient d’autoriser l’utilisation d’une deuxième espèce de larves de mouches pour nettoyer les plaies. Cette technique, appelée thérapie par les asticots ou biosurgery, consiste à placer des larves stérilisées dans une plaie pour éliminer les tissus morts. L’entreprise singapourienne Cuprina Holdings a annoncé que sa nouvelle espèce, Lucilia cuprina (ou mouche bleue australienne), avait reçu l’approbation de la FDA. Cette autorisation fait d’elle la seule entreprise au monde à détenir l’autorisation de vendre deux espèces de larves de mouches pour cette thérapie.

DEUX ESPÈCES DE LARVES AUTORISÉES : UNE PREMIÈRE MONDIALE

Jusqu’à présent, seule une autre espèce, Lucilia sericata (ou mouche verte commune), était autorisée par la FDA depuis 2004. Cette dernière reste la plus utilisée dans les pays occidentaux pour la thérapie par débridement par les asticots (MDT). La nouvelle espèce, Lucilia cuprina, pourrait quant à elle être plus connue en Australie, en Afrique, en Asie et dans certaines régions des Amériques. Cuprina Holdings précise que les deux espèces ne présentent pas de différence thérapeutique majeure, mais qu’elles s’adressent à des marchés différents.

UNE TECHNIQUE ANCIENNE QUI REVIENT EN FORCE

L’idée d’utiliser des larves de mouches pour nettoyer les plaies n’est pas nouvelle : elle remonte à plusieurs siècles. Pourtant, cette méthode reste encore marginale dans la médecine moderne. Le principal obstacle ? Le dégoût qu’elle inspire aux patients et aux professionnels de santé. Certains partisans de cette thérapie tentent de la relooker en présentant les larves comme des « nouveau-nés mignons » ou des « petits phoques ». Mais le défi est de taille, d’autant plus que les États-Unis font face à une invasion de vermine du Nouveau Monde, une mouche parasite dont les larves dévorent la chair vivante et menacent l’élevage.

« La thérapie par les asticots a sa place dans les soins modernes des plaies, et l’ajout d’une deuxième espèce autorisée par la FDA renforce tout le domaine. »

COMMENT FONCTIONNE LA THÉRAPIE PAR LES ASTICOTS ?

Pour traiter des plaies chroniques non cicatrisantes, comme les ulcères diabétiques, des larves stérilisées sont placées dans la plaie. Elles sécrètent des enzymes qui liquéfient les tissus nécrosés (morts). En se déplaçant, elles consomment ce mélange de tissus morts et de liquides, un processus moins douloureux et plus efficace que les méthodes chirurgicales traditionnelles. Les larves sécrètent également des composés antibactériens qui empêchent les infections secondaires et bloquent la formation de biofilms (couches de bactéries protectrices). Enfin, leur activité stimule la repousse des tissus.

Cependant, les preuves scientifiques de l’efficacité de cette méthode restent limitées. Les études disponibles sont petites et de faible qualité. Malgré cela, certains chercheurs ont observé des bénéfices inattendus. En 2018, des médecins de Chicago ont rapporté deux cas où des larves non intentionnelles dans des plaies avaient aidé à éliminer les tissus nécrosés. Ils ont noté que ces larves pouvaient aussi signaler un cancer non diagnostiqué, car les plaies malignes attirent les mouches en émettant des odeurs de tissus en décomposition et de sang.

LE FACTEUR « BACON » : UNE SOLUTION INESPÉRÉE POUR EXTRAIRE LES LARVES

Dans certains cas, les larves peuvent devenir difficiles à extraire si elles se multiplient trop. Une solution originale a été trouvée par des médecins en Californie : utiliser des bandes de lard cru pour attirer les larves. Cette méthode a fonctionné pour une patiente souffrant d’une plaie mal soignée autour de l’oreille. Après avoir enveloppé la zone avec des bandes de bacon pendant 5 à 10 minutes, les larves se sont accrochées au lard et ont pu être retirées facilement. Les médecins ignorent pourquoi cela marche : le bacon pourrait bloquer l’air, forçant les larves à remonter à la surface, ou les graisses pourraient augmenter leur mobilité. Une chose est sûre : « Le lard offre une méthode sûre, peu coûteuse et non invasive pour extraire les larves sans complications. »

UN MARCHÉ EN PLEINE EXPANSION POUR CUPRINA HOLDINGS

Avec cette autorisation, Cuprina Holdings se positionne comme le leader mondial de la thérapie par les asticots. L’entreprise détient désormais l’exclusivité de la vente de deux espèces de larves autorisées par la FDA, ce qui lui donne un avantage concurrentiel majeur. « Nous détenons désormais l’autorisation de la FDA pour les deux espèces utilisées en MDT, une position que aucune autre entreprise ne possède », a déclaré David Quek, PDG de Cuprina. « Cela renforce notre plateforme de soins des plaies dans l’un des marchés réglementaires les plus exigeants au monde. »

Ronald Sherman, ancien responsable de l’autorisation initiale de Lucilia sericata en 2004 et désormais directeur médical et scientifique de Cuprina, se réjouit de cette avancée. « La thérapie par débridement par les asticots a prouvé sa place dans les soins modernes des plaies, et l’ajout d’une deuxième espèce autorisée par la FDA renforce tout le domaine. Lucilia cuprina a un historique international significatif, et son inclusion sous l’autorisation de la FDA donne aux cliniciens et aux patients plus de flexibilité dans la façon dont cette thérapie est administrée. »

POURQUOI CETTE MÉTHODE RESTE-T-ELLE SI PEU CONNUE ?

Malgré son potentiel, la thérapie par les asticots reste un traitement de dernier recours, réservé aux patients qui refusent ou ne peuvent pas subir de débridement chirurgical classique. Le principal frein ? Le manque de preuves scientifiques solides. Les études disponibles sont trop petites et de qualité insuffisante pour convaincre la majorité des médecins. Pourtant, les mécanismes derrière cette méthode sont séduisants : les larves agissent comme des « chirurgiens naturels », éliminant les tissus morts sans douleur, tout en stimulant la cicatrisation et en combattant les infections.

Les chercheurs soulignent aussi que les cas de myiase accidentelle (infestation de larves dans une plaie) ont parfois révélé des bénéfices inattendus. Dans ces situations, les larves ont consommé la majorité des tissus nécrosés, facilitant le diagnostic de cancers non détectés auparavant. Cependant, ces cas restent rares et non contrôlés, ce qui limite leur valeur scientifique.

LES LARVES DE MOUCHES : DES « CHIRURGIENS » EFFICACES OU UNE SIMPLE CURIOSITÉ ?

Les défenseurs de cette méthode insistent sur ses avantages : moins douloureuse que le scalpel, moins coûteuse que certaines interventions, et potentiellement plus efficace pour nettoyer les plaies profondes et irrégulières. Les larves de Lucilia cuprina et Lucilia sericata sont spécialisées dans la consommation de tissus morts, sans toucher aux tissus sains. Leur activité stimule aussi la production de nouveaux tissus, accélérant la cicatrisation.

Pourtant, leur image reste un obstacle majeur. Entre le dégoût et les craintes liées aux mouches parasites, cette thérapie peine à s’imposer. Les entreprises comme Cuprina Holdings tentent de changer cette perception en mettant en avant des études et des témoignages, mais le chemin est encore long. La FDA, en autorisant une deuxième espèce, pourrait bien donner un coup de pouce décisif à cette méthode ancienne mais prometteuse.

ET DEMAIN ? VERS UNE RECONNAISSANCE PLUS LARGE DE LA THÉRAPIE PAR LES ASTICOTS ?

Avec l’autorisation de Lucilia cuprina, la thérapie par les asticots pourrait enfin gagner en crédibilité. Les chercheurs appellent à des études plus robustes pour confirmer son efficacité et ses limites. En attendant, les médecins disposent d’une nouvelle option pour traiter les plaies difficiles, même si cette méthode reste marginale. Une chose est sûre : entre le lard et les larves, la médecine continue d’explorer des solutions insolites pour soigner les patients.

« Les preuves suggèrent que la thérapie par les asticots prévient les infections par des voies bactéricides et favorise la cicatrisation en stimulant la croissance des tissus. »
Sources :
  • Ars Technica

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