Le ministère de l'efficacité de Trump, DOGE, a gonflé ses économies de 215 milliards de dollars. La GAO révèle que 96% des économies sur les subventions sont invérifiables et que les méthodes de calcul restent mystérieuses.

UN MINISTÈRE SOUS LE FEU DES PROJECTEURS

LE « MUR DES JUSTIFICATIFS » : UNE FARCE CHIFFRÉE

Parmi les 215 milliards de dollars revendiqués, 49,2 milliards provenaient de l'annulation de subventions. Problème : la GAO (Government Accountability Office), l'organisme de contrôle du Congrès américain, a examiné 15 887 subventions annulées. Résultat ? 13 553 d'entre elles, soit 96%, ne présentaient pas assez d'informations pour vérifier les économies revendiquées. La GAO résume : « Le Mur des Justificatifs ne fournit pas suffisamment d'éléments pour confirmer la méthode utilisée par DOGE pour calculer ces économies, ni même leur composition. »

« Le Mur des Justificatifs ne fournit pas suffisamment d'informations pour vérifier la méthode DOGE. » — Rapport de la GAO

DES MÉTHODES DE CALCUL MYSTÉRIEUSES

DOGE affirmait avoir économisé 61 milliards de dollars en annulant des contrats et 113 millions en résiliant des baux. Pourtant, la GAO a découvert que DOGE n'avait pas utilisé sa propre méthode de calcul pour 60,7% des économies revendiquées sur les contrats. Pire : pour 11,8% des cas, les identifiants manquaient, rendant toute vérification impossible. La GAO précise : « Même lorsque DOGE suivait sa méthode, elle ne tenait pas compte des complexités des marchés publics fédéraux. »

Un exemple ? Les économies revendiquées pour les contrats résiliés ne tenaient pas compte des obligations ultérieures ou des coûts de clôture. Autrement dit, les chiffres avancés étaient probablement faux. La GAO conclut : « Le montant des économies revendiquées est probablement surévalué. »

LES BAUX : DES ÉCONOMIES QUI DISPARAISSENT

DOGE revendiquait 113 millions de dollars d'économies en résiliant des baux. Pourtant, la GAO a constaté que seulement 53,5 millions figuraient réellement sur le Mur des Justificatifs. Pourquoi ? DOGE n'a jamais expliqué l'erreur. Pire : parmi les 264 baux annoncés, 108 étaient déjà en cours de résiliation avant la création de DOGE. Autrement dit, DOGE s'est attribué des économies déjà réalisées par d'autres.

En mars 2025, DOGE affichait 400 millions de dollars d'économies en résiliant 679 baux. Mais en réalité, 145 de ces baux, représentant 346 millions de dollars, ont été retirés du Mur des Justificatifs car ils n'étaient plus considérés comme résiliables. Les économies revendiquées fondaient comme neige au soleil.

« Les économies revendiquées pour les baux étaient déjà en cours avant la création de DOGE. » — Rapport de la GAO

UNE APPROCHE QUI COUPE DANS LE MUSCLE

DOGE promettait de supprimer le gaspillage, mais son action a surtout touché les services publics essentiels. Un chercheur de Brookings a relevé 25 747 cas où des employés fédéraux ont été licenciés, puis réembauchés immédiatement. Résultat : DOGE n'a pas réduit la graisse, mais coupé dans les muscles.

L'administration Trump a aussi tenté de mener ses activités dans le plus grand secret. En 2024, des enquêteurs démocrates du Sénat ont découvert des gardes armés, des portes verrouillées et des fenêtres obstruées par des sacs poubelles dans trois agences fédérales. Une opacité qui a aussi mis en danger les données sensibles des Américains.

LES RÉACTIONS POLITIQUES

Les sénateurs Gary Peters (D-Mich.) et Richard Blumenthal (D-Conn.) avaient demandé ce rapport à la GAO en juin 2025. Peters a réagi en ces termes : « Elon Musk et l'administration Trump ont revendiqué des milliards de dollars d'économies qu'ils ne pouvaient pas prouver. Ils se sont attribués le mérite de travaux déjà en cours et ont refusé de montrer leurs calculs. Pendant ce temps, ils mettaient en danger les données sensibles des Américains et affaiblissaient des agences cruciales. »

UNE ÉTHIQUE QUESTIONNABLE

La GAO a aussi examiné les pratiques éthiques de DOGE. L'organisme a identifié 206 employés de DOGE au sein de l'Exécutif, certains détachés dans d'autres agences fédérales. Pourtant, l'administration n'a jamais fourni les registres de formation ou les déclarations financières de ces employés. Résultat : la GAO n'a pas pu vérifier qui avait suivi les formations obligatoires en éthique.

La Maison Blanche a simplement affirmé que « tous les employés, y compris ceux de DOGE, devaient suivre une formation en éthique et respecter les obligations de déclaration financière. » Aucune réponse n'a été apportée aux conclusions de la GAO sur les économies revendiquées.

DOGE : UNE FIN DE MANDAT FLUIDE

L'ordre exécutif de Trump en janvier 2025 avait créé DOGE comme une entité temporaire, avec un mandat expirant le 4 juillet 2026. Pourtant, la GAO souligne que cette date ne concernait que l'organisation temporaire, pas le US Digital Service (USDS), renommé en US DOGE Service. Autrement dit, l'entité principale continue d'exister, sans date de fin prévue.

La GAO recommande donc que l'Exécutif affiche clairement les limites des données du Mur des Justificatifs. Une transparence qui semble plus que nécessaire.

LE BILAN : DES ÉCONOMIES QUI FONDENT

DOGE a commencé avec un objectif de 1 000 milliards de dollars d'économies. Pourtant, même ses chiffres gonflés (215 milliards) se sont révélés largement invérifiables. La GAO a démonté 96% des économies sur les subventions et révélé des méthodes de calcul opaques. Les baux et les contrats ont aussi été la proie de chiffres fantaisistes.

L'administration Trump a tenté de vendre DOGE comme une révolution contre le gaspillage. La réalité ? Un ministère qui a surtout semé le chaos dans les services publics, avec des méthodes opaques et des économies bidon. La GAO a sonné l'alarme : il est temps de mettre fin à cette mascarade.

« DOGE n'a pas réduit la graisse, mais coupé dans les muscles. » — Chercheur de Brookings

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Sources :
  • Ars Technica

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