Avec 120 000 caméras aux États-Unis, Flock vend de la sécurité. Mais derrière les promesses se cachent des dérives et un modèle qui menace les libertés.

FLOCK, LE GÉANT QUI FILME 120 000 VOITURES PAR JOUR

Imaginez un réseau de caméras automatiques qui scanne toutes les plaques d’immatriculation des voitures croisant leur chemin. C’est exactement ce que fait Flock, une entreprise américaine spécialisée dans la technologie policière. Avec plus de 120 000 de ces dispositifs déployés à travers les États-Unis, Flock s’est imposée comme un acteur incontournable des forces de l’ordre. Son argument ? Aider à résoudre des crimes en fournissant des données en temps réel.

LES ABUS QUI ONT FAIT SCANNER 50 CAS DE HARCÈLEMENT

Mais cette technologie a un côté obscur. Récemment, le Washington Post a révélé 50 cas où des policiers ont détourné le système de Flock pour harceler des femmes. L’un de ces exemples est particulièrement glaçant : une femme du Wisconsin a découvert que son ex-policier de petit ami avait recherché sa plaque d’immatriculation 179 fois. Dans un autre cas, une femme était traquée par le chef de la police… sans que personne ne puisse porter plainte contre lui.

Une femme a été traquée 179 fois par son ex-policier de petit ami via Flock. Personne n’a pu l’arrêter.

FLOCK RÉPOND… MAIS LES FAILLES RESTENT

Face à ces révélations, Flock a annoncé des mises à jour pour limiter les abus. Désormais, les policiers doivent justifier chaque Recherche en entrant un numéro de dossier criminel. Le système est aussi censé repérer les recherches anormales. Pourtant, ces mesures comportent de grosses failles : un policier peut facilement entrer un faux numéro de dossier. Pire encore, ces règles ne répondent pas aux craintes des associations de défense des libertés, qui accusent Flock de transformer un outil de lutte contre le crime en un réseau de surveillance de masse.

LA GRANDE QUESTION : EST-CE QU’ON VEUT VRAIMENT CE SYSTÈME ?

Certains défendent Flock en disant : « Si ça aide à attraper un kidnappeur, quel est le problème ? » Pourtant, la vraie question n’est pas de savoir si Flock résout des crimes, mais comment elle les résout. Tout dépend des choix de conception : quelles données sont collectées ? Qui peut y accéder ? Combien de temps elles sont conservées ? Ces décisions définissent l’équilibre entre sécurité et libertés individuelles. Accepter cette technologie ne devrait pas signifier accepter ses dérives par défaut.

UNE RÈGLE SIMPLE QUI DEVIENT UN PIÈGE

Prenez l’obligation d’entrer un numéro de dossier avant une recherche. L’idée est bonne : vérifier que la demande est légitime. Mais Flock a confirmé au MIT Technology Review qu’elle ne vérifie pas ces numéros. Un policier peut donc entrer n’importe quoi. Une solution plus robuste existerait : exiger que le numéro corresponde à un dossier réel dans les archives de la police. Cela rendrait le système plus intrusif pour les policiers… mais bien plus sûr pour les citoyens.

LA TRAQUE DES PERSONNES DISPARUES : UN ARGUMENT MAJEUR… MAIS INCOMPLET

Flock met en avant son utilité pour retrouver des personnes disparues ou kidnappées. Son réseau national de caméras pourrait effectivement sauver des vies. Mais si l’objectif est uniquement cette mission, pourquoi ne pas le concevoir ainsi ? Par exemple, limiter les recherches aux alertes Amber (alertes enlèvement) ou aux situations d’urgence. Les données pourraient alors être accessibles dans un rayon élargi autour des villes, sans imposer une surveillance de masse à tous les citoyens.

DONNÉES : COMBIEN DE TEMPS FLOCK LES GARDE-T-ELLE ?

Flock fonctionne comme un réseau national : une ville peut accéder aux données d’une autre, et les agences conservent ces informations pendant des mois, voire des années. Pourtant, Flock elle-même reconnaît que 90 % des recherches ont lieu dans la semaine suivant un incident. Cela pose une question évidente : pourquoi garder des données aussi longtemps si elles ne servent presque jamais ? Une solution serait de limiter la conservation et le partage des données à la durée strictement nécessaire pour résoudre des crimes. Récemment, Flock a réduit son temps de conservation recommandé à sept jours… mais les agences peuvent garder les données aussi longtemps qu’elles le souhaitent.

UNE SURVEILLANCE PLUS ÉTROITE ? FLOCK POURRAIT LE FAIRE… MAIS NE LE VEUT PAS

Techniquement, Flock pourrait concevoir un système bien plus restrictif. Pourtant, cela menacerait son modèle économique. Depuis les années 1990, les caméras de plaques d’immatriculation servaient surtout à la gestion des péages et des amendes. Flock, elle, a transformé ces outils en un réseau massif de collecte de données, offrant aux services de police une vision nationale des déplacements. Son évaluation récente atteint même 8 milliards de dollars, un chiffre qui repose sur cette logique de surveillance élargie.

LES VILLES DISENT STOP : LE BOOMERANG COMMENCE À TOURNER

Le vent tourne pour Flock. Plusieurs villes ont déjà résilié leurs contrats, tandis que d’autres hésitent à renouveler. Certains se tournent vers des concurrents, d’autres préfèrent attendre que les citoyens définissent eux-mêmes les règles d’utilisation de cette technologie. Le résultat ? Les communautés pourraient bientôt imposer leurs propres conditions : comment utiliser la technologie pour résoudre des crimes… et à quel prix pour les libertés individuelles.

CE QUE LES DÉFENSEURS DE FLOCK OUBLIENT DE DIRE

Ceux qui défendent Flock avancent que ses caméras sont utiles pour attraper des criminels. Mais ils oublient de mentionner que le système est conçu pour toujours plus de surveillance. Par exemple, la nouvelle règle des numéros de dossier peut sembler rassurante… mais elle est facilement contournable. Et si Flock voulait vraiment protéger les citoyens, elle vérifierait ces numéros au lieu de faire confiance aux policiers. De même, limiter la conservation des données à une semaine serait un pas en avant… mais seulement si les agences acceptent de s’y plier.

LE VERDICT : UN SYSTÈME QUI FAVORISE LES DÉRIVES

Flock a le pouvoir de rendre le pays plus sûr… mais à quel prix ? Ses choix de conception favorisent les abus et la surveillance de masse. Les associations comme l’ACLU (Union américaine pour les libertés civiles) sont claires : le meilleur contrat avec Flock serait celui qu’on ne signe jamais. Car les limites ne viendront pas de l’entreprise, mais des lois que les citoyens imposeront à leurs gouvernements. En attendant, chaque plaque d’immatriculation scannée reste un point de plus sur la carte de la surveillance.

Le meilleur contrat avec Flock ? Celui qu’on ne signe jamais, selon l’ACLU.

L’AVENIR : DES LOIS POUR REPRENDRE LE CONTRÔLE

Flock pourrait encore changer. Mais sans une régulation forte, ses caméras continueront de collecter des données sans limite. Les villes et les États ont désormais le choix : soit ils acceptent un système qui menace les libertés, soit ils écrivent des règles strictes pour encadrer son utilisation. L’enjeu ? Trouver l’équilibre entre sécurité et respect de la vie privée… avant que la surveillance ne devienne la norme.

Sources :
  • MIT Tech Review AI

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