En juin 2026, l'armée américaine découvre que ses jetons d'IA sont épuisés. Moins de deux mois après avoir promis un accès illimité, elle doit réimposer des limites strictes.

UNE PROMESSE QUI S'EFFONDRE EN DEUX MOIS

En mai 2026, le département de la Défense américain (DOD) se félicitait : près de la moitié de ses 3,5 millions d'employés utilisaient déjà l'intelligence artificielle au travail. Pourtant, dès juin, une alerte est tombée dans les boîtes mail des soldats du Commandement du Développement des capacités de combat de l'armée (DEVCOM). Le message était clair : les jetons d'IA s'épuisaient à une vitesse folle. L'armée devait immédiatement réduire son utilisation.

« Bien que le directeur des systèmes d'information de l'armée (Army CIO) ait annoncé en mai 2026 que les jetons étaient illimités, dès la mi-juin, le pool de jetons de l'Army CIO était épuisé et de nouvelles limites devaient être rétablies », peut-on lire dans le courriel. Le message précise que l'armée a choisi de maintenir les niveaux actuels d'utilisation, mais que personne ne sait si le pool de jetons sera renouvelé après le 1er octobre 2026.

L'armée a brûlé en quelques semaines l'équivalent d'une année entière de jetons pour un seul service.

ASK SAGE : L'OUTIL D'IA MULTIMODAL QUI DÉRÈGLE TOUT

L'armée utilise Ask Sage, une plateforme d'IA générative multimodale. Avec cet outil, les soldats peuvent faire tourner différents modèles de langage (LLM), dont Gemini (Alphabet), Llama (Meta) et ChatGPT (OpenAI). « Apparemment, toute l'armée a brûlé en quelques semaines l'équivalent d'une année entière de jetons pour un seul service », confie un employé de l'armée à WIRED, sous couvert d'anonymat car il n'était pas autorisé à parler à la presse.

Ask Sage sert à « alimenter l'espace de travail des modèles de langage de l'entreprise » et est « accrédité pour les informations non classifiées contrôlées ». Il est aussi utilisé par le Bureau du numérique et de l'IA du DOD (CDAO) pour les acquisitions. Selon le site de l'armée, Ask Sage permet d'accomplir des tâches comme « la reclassification des descriptions de personnel », c'est-à-dire définir et aligner les missions, l'expérience et les profils des soldats.

200 000 JETONS PAR MOIS, POUR QUOI FAIRE ?

L'armée poussait ses employés à utiliser massivement l'IA générative. Les soldats recevaient un minimum de 200 000 jetons par mois, selon les courriels consultés par WIRED. Si un employé épuisait son quota, le système lui en attribuait automatiquement d'autres. Ceux qui s'étaient inscrits à Ask Sage mais ne l'utilisaient pas recevaient des mails pour les encourager à consommer leurs jetons.

Pour accéder à Ask Sage, l'armée disposait d'un abonnement annuel à un pack entreprise de 100 millions de jetons. Un jeton représente une unité de sortie, qu'il s'agisse de texte ou d'image, produite par un modèle de langage. Pour Ask Sage, un seul jeton équivaut à environ 3,7 caractères, d'après des documents consultés par WIRED. Pendant l'opération Epic Fury en Iran, qui a duré 38 jours, le département de la Défense a brûlé environ 20 milliards de jetons par jour, révèle Breaking Defense.

Un seul jeton = 3,7 caractères. 20 milliards de jetons par jour pendant 38 jours : l'échelle de consommation est astronomique.

L'ARMÉE ADMET L'INUTILITÉ DE CES OUTILS

L'employé de l'armée interrogé par WIRED avoue ne pas avoir trouvé les outils d'IA générative particulièrement utiles dans son travail. Pire, il affirme que ces outils sont souvent peu fiables. Un modèle aurait même prétendu avoir accompli une tâche qu'il n'avait pas faite. « Je pense que ces outils pourraient aider sur certains aspects de la bureaucratie du gouvernement fédéral américain. Mais une utilisation aveugle et automatique ne mènera pas à un déploiement efficace, efficient et fiable », déclare-t-il.

L'ARMÉE CONTINUE D'INVESTIR DANS L'IA, MALGRÉ TOUT

Il reste flou de savoir si les jetons utilisés par les employés réguliers du DOD proviennent du même pool que ceux employés sur des informations classifiées ou secrètes. Pourtant, le département de la Défense ne compte pas abandonner l'IA. Le Pentagone a même réduit les effectifs du Centre d'excellence pour la protection des civils, dont la mission était d'empêcher les victimes civiles dans les zones de conflit. À la place, le DOD développe un outil d'IA pour accélérer les évaluations normalement réalisées par ce centre.

Aucun des acteurs interrogés – ni l'armée, ni le DOD, ni Ask Sage – n'a répondu aux demandes de commentaires.

LE DÉBAT SUR L'UTILITÉ DE L'IA DANS L'ARMÉE

Cette pénurie de jetons révèle un problème plus large : l'armée mise énormément sur l'IA, mais ses outils ne semblent pas toujours à la hauteur. Entre promesses non tenues, outils peu fiables et coûts exorbitants, la question se pose : l'intelligence artificielle est-elle vraiment adaptée aux besoins militaires ? Pour l'instant, la réponse reste floue, mais une chose est sûre : l'armée va devoir repenser sa stratégie avant d'épuiser ses derniers jetons.

Sources :
  • Wired AI

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