Tim O'Reilly, figure majeure de la tech, défend une IA 100% ouverte face aux géants qui veulent tout contrôler. Son argument : sans liberté, plus d'innovation.
Tim O'Reilly a toujours mesuré la valeur d'une entreprise, d'une personne ou d'une société à une seule règle : créer plus de valeur que l'on n'en capte. Rien d'étonnant donc à ce que cet éditeur, pionnier d'Internet, investisseur et organisateur de conférences, applique ce même critère aux systèmes d'intelligence artificielle. Sa position est claire : l'avenir de l'IA doit passer par l'open source, cette philosophie qui donne accès à tous aux rouages des technologies. Il craint que les géants de la tech, à l'image de Microsoft dans les années 1990, ne cherchent à enfermer les utilisateurs dans leurs produits. Pour contrer cette tendance, il milite pour une IA entièrement ouverte, où non seulement les poids des réseaux de neurones seraient accessibles, mais aussi toute la chaîne technique, permettant aux concepteurs et aux utilisateurs de reprendre le contrôle.
L'IA OUVERTE : UNE QUESTION D'ARCHITECTURE, PAS DE LICENCE
Pour O'Reilly, la plupart des gens confondent open source et modèles à poids ouverts. Selon lui, la vraie question n'est pas celle des licences, mais celle de l'architecture des systèmes. Dans les années 1990, alors que tout le monde se battait pour des licences open source, lui voyait déjà plus loin : il fallait une architecture qui favorise la participation. Les grands laboratoires se trompent en croyant que le futur appartient aux plus gros modèles. Des Outils comme Claude sont optimisés pour des cas d'usage précis, mais pas forcément ceux dont les gens ont besoin. O'Reilly veut pouvoir intégrer sa propre "sauce secrète". Pour lui, l'essentiel est d'avoir une séparation nette entre le modèle, l'interface de contrôle et l'application. Or, aujourd'hui, les architectures conçues par les géants privilégient le contrôle plutôt que la liberté. Résultat : ils peuvent suivre vos moindres faits et gestes.
LES GÉANTS DE LA TECH ONT-ILS TOUT FAUX ?
La réponse est oui, selon O'Reilly. Donner le contrôle aux utilisateurs va à l'encontre des intérêts des grandes entreprises. Pourtant, cela ne signifie pas qu'elles prennent les bonnes décisions stratégiques. Pendant longtemps, les modèles les plus avancés étaient meilleurs dans tous les domaines. Aujourd'hui, ils excellent dans certains cas mais échouent dans d'autres. Les utilisateurs remarquent par exemple que des outils comme Fable ou Sol écrivent moins bien que des modèles moins sophistiqués. Les percées en IA de pointe nous éloignent des besoins réels des gens. Même si les États-Unis dominaient cette course, la Chine pourrait nous dépasser grâce à des modèles moins avancés mais largement diffusés dans la société. L'objectif ? Permettre aux utilisateurs d'innover librement, sans être bridés par des architectures fermées.
L'OPEN SOURCE EST-IL DANGEREUX POUR LA SÉCURITÉ ?
Certains craignent que l'open source ne représente un risque pour la cybersécurité, car des acteurs malveillants pourraient exploiter des modèles moins protégés. Pourtant, O'Reilly rappelle que la majorité des incidents de cybersécurité impliquent des modèles de pointe. Les risques comme le développement de pathogènes ou les cyberattaques sont bien plus liés aux modèles fermés qu'aux modèles ouverts. Pour lui, ralentir les modèles de pointe serait plus efficace que de restreindre l'accès aux modèles à poids ouverts.
L'IA OUVERTE PEUT-ELLE RENVERSER LES GÉANTS ?
O'Reilly ne prédit pas l'avenir, mais il observe que le monde évolue dans le sens qu'il espérait. Et si les modèles de pointe finissaient comme les mainframes ou les supercalculateurs ? Ces machines, réservées à des problèmes complexes, ne se diffusent pas dans la société. Aujourd'hui, des projets comme Pi, une interface ouverte pour agents, montrent la voie. Son association, le AI Disclosures Project, travaille sur un consortium de mémoire ouverte. La thèse de Mark Zuckerberg ? Verrouiller les utilisateurs en leur proposant l'IA qui les connaît le mieux. L'open source doit dire non à cette logique. Il offre la possibilité de changer de modèle, de prestataire, tout en conservant le contexte nécessaire.
SILICON VALLEY EST-ELLE DEVENUE ANTI-CAPITALISTE ?
Selon O'Reilly, la Silicon Valley est devenue anti-capitaliste. Les dirigeants de la tech utilisent le langage des marchés, mais depuis 2010, le modèle a changé. Des entreprises comme Uber et Lyft, financées par des fonds de capital-risque, ont dépensé des milliards pour subventionner leurs services. Ce sont les investisseurs, et non le marché, qui ont choisi les vainqueurs. Ce modèle s'est généralisé : tout l'argent se concentre sur quelques chemins, étouffant les autres possibilités.
L'ARGENT DES INVESTISSEURS NE FAIT PAS LA LOI EN IA
Dans le domaine de l'IA, tout l'argent se dirige vers quelques entreprises, mais aucune ne semble avoir le monopole. Pour O'Reilly, c'est la preuve que le modèle actuel est un échec. La vraie révolution viendra de l'open source. Comme dans les années 1990, lorsque tout le monde pensait que la bataille se jouerait autour du contrôle des PC, le web a émergé sans que personne ne s'y attende. O'Reilly estime que l'avenir de l'IA sera marqué par une effervescence d'innovations non financées par le capital-risque, à l'image du web.
L'ÉDITION EN CRISE : L'IA PEUT-ELLE SAUVER O'REILLY MEDIA ?
O'Reilly Media, son empire éditorial, est en déclin depuis 25 ans. À son apogée, son activité livres représentait 70 millions de dollars. Aujourd'hui, elle ne dépasse pas 30 millions. Alors que les revenus des livres diminuent, l'entreprise a dû trouver un moyen de rémunérer ceux qui partagent leur savoir, car c'est son cœur de métier. L'arrivée de l'IA a tout bouleversé en aspirant tout sur son passage. Peut-on construire des outils pour aider les gens à s'adapter ? Pouvoir invoquer la connaissance d'experts est un superpouvoir, et il faut maintenant en définir les contours.
L'IA PEUT-ELLE DEVENIR UN PARTENAIRE CRÉATIF ?
O'Reilly utilise l'IA comme un médium créatif. Il a même un blog où il partage ses conversations avec elle. Pourtant, lors de son entretien avec Steven Levy, ils ont découvert qu'ils n'étaient pas d'accord sur le rôle de l'IA dans la création de contenu original. Qui a pris quelle position ? La réponse reste un mystère. Pour O'Reilly, l'IA est un outil puissant, mais il ne l'utilise pas pour rédiger ses articles. Il s'en sert pour le brainstorming et des tâches fonctionnelles. Par exemple, après une interview d'une heure, il demande à l'IA de transformer ses notes en un texte utilisable. Une méthode qui lui fait gagner un temps précieux.
L'IA VA-T-ELLE TUER L'ÉCRITURE HUMAINE ?
Pour O'Reilly, l'IA est un médium, au même titre que l'écriture, la peinture ou la musique. Quand il discute avec une IA ou conçoit de l'art avec elle, il en retire quelque chose de différent de ce que vous en tireriez. C'est comme Michel-Ange et Van Gogh qui obtenaient des résultats radicalement différents avec les mêmes pinceaux. Affirmer qu'on ne peut pas écrire avec l'IA reviendra à dire, dans quelques années, qu'on ne peut pas faire de bons portraits ou de beaux paysages avec un appareil photo. Il y aura des maîtres capables d'exprimer leurs idées en invoquant les mots des grands modèles de langage. Autrefois, les gens montaient à cheval. Aujourd'hui, presque plus personne ne le fait. Nous sommes encore aux premiers jours de cette révolution.
L'IA OUVERTE : UNE RÉVOLUTION EN MARCHE
O'Reilly voit dans l'open source une solution pour éviter que l'IA ne devienne un outil de domination entre les mains de quelques-uns. Il compare cette situation à celle des PC dans les années 1990 : tout le monde pensait que Microsoft allait gagner, mais l'innovation est venue de partout, y compris des petits acteurs. Aujourd'hui, l'IA ouverte pourrait bien être le prochain grand bouleversement, à condition que les utilisateurs et les développeurs s'en emparent.
LES MODÈLES DE POINTE SONT-ILS VRAIMENT UTILES ?
Selon O'Reilly, les modèles les plus avancés ne sont pas toujours les plus adaptés aux besoins du grand public. Par exemple, des outils comme Fable ou Sol sont critiqués pour leur qualité d'écriture inférieure à celle de modèles moins sophistiqués. Les avancées en IA de pointe poussent les développeurs vers des solutions de plus en plus complexes, alors que les utilisateurs ont besoin de simplicité et d'accessibilité. L'open source permet de revenir à des modèles plus adaptés, plus légers, et surtout, plus contrôlables par les utilisateurs.
L'ARCHITECTURE OUVERTE : UNE QUESTION DE LIBERTÉ
Pour O'Reilly, la véritable innovation en IA ne viendra pas des modèles les plus puissants, mais des architectures qui permettent aux utilisateurs de personnaliser leurs outils. Une séparation claire entre le modèle, l'interface et l'application est essentielle. Aujourd'hui, les géants de la tech construisent des architectures de contrôle, où tout est verrouillé. L'open source propose une alternative : des systèmes où l'utilisateur reste maître de son expérience, peut changer de modèle ou de prestataire sans perdre son contexte. C'est cette liberté qui permettra une diffusion large et équitable de l'IA dans la société.
L'IA ET L'ÉDITION : UN NOUVEAU MODÈLE ÉCONOMIQUE ?
Face à la baisse des revenus de l'édition, O'Reilly Media cherche à se réinventer. L'IA offre une opportunité : transformer la connaissance en outils accessibles. Plutôt que de vendre des livres, l'entreprise pourrait proposer des interfaces permettant d'invoquer l'expertise de spécialistes. Un modèle où la valeur ne vient plus de la vente de contenu, mais de la capacité à le rendre utilisable et personnalisable grâce à l'IA. Une révolution qui pourrait redéfinir l'industrie de l'édition.
L'IA COMME MÉDIUM : LE FUTUR DE LA CRÉATION
Pour O'Reilly, l'IA n'est pas une menace pour la créativité humaine, mais un nouveau médium. Comme la peinture ou la musique, elle offre des possibilités infinies. Les artistes et les écrivains qui sauront l'utiliser pour exprimer leurs idées seront les nouveaux maîtres de leur domaine. L'IA ne remplacera pas l'humain, mais elle changera la façon dont nous créons. Comme le dit O'Reilly : "Les gens montaient à cheval. Aujourd'hui, presque plus personne ne le fait. Nous sommes encore aux premiers jours."
CONCLUSION : L'IA OUVERTE, SEULE VOIE VERS L'INNOVATION
Tim O'Reilly défend une vision où l'IA reste un outil au service des utilisateurs, et non l'inverse. Pour lui, l'open source est la seule voie pour éviter que quelques géants ne contrôlent l'innovation. Les modèles de pointe, aussi impressionnants soient-ils, ne doivent pas devenir des outils réservés à une élite. L'avenir appartient à ceux qui sauront utiliser l'IA pour créer, innover et partager librement. Comme le web dans les années 1990, l'IA ouverte pourrait bien être la prochaine grande révolution technologique.
- Wired AI
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