Dans cette université d'élite, près d'un étudiant sur trois avoue avoir triché grâce à l'intelligence artificielle. Pourtant, la tradition de l'honneur, vieille de 130 ans, est en train de s'effondrer. La faute à des Outils trop faciles à utiliser… et à une culture du silence.

PRINCETON, UNE UNIVERSITÉ D'EXCEPTION… ET DE PRESSION

Princeton, c'est l'une des universités les plus prestigieuses au monde. Avec un fonds de dotation de 38 milliards de dollars, elle attire les meilleurs élèves. Pourtant, derrière ses murs de pierre et ses pelouses impeccables se cache une réalité moins reluisante : la pression académique y est monstrueuse. Dans un environnement où tous les étudiants sont des génies, la tentation de tricher devient presque irrésistible, surtout dans les filières scientifiques où la compétition est féroce.

30% DES ÉTUDIANTS AVOUENT AVOIR TRICHÉ… GRÂCE À L'IA

Une enquête menée en 2025 auprès des étudiants de dernière année révèle un chiffre alarmant : 29,9% des étudiants ont admis avoir triché au moins une fois dans un devoir ou un examen. Et ce chiffre varie énormément selon la filière. Les étudiants en bachelor of science en ingénierie sont les plus touchés : 40,8% avouent avoir triché, contre seulement 26,4% pour ceux en bachelor of arts. Et selon les données, la plupart de ces tricheries passent par l'utilisation de l'intelligence artificielle générative.

Dans certaines classes d'ingénierie et d'économie, tricher lors d'un examen en présentiel n'étonne même plus les étudiants.

UNE TRADITION DE L'HONNEUR QUI SE DÉGRADÉ

À Princeton, la tradition de l'honor code (code d'honneur) existe depuis 1893. Selon cette règle, les professeurs ne surveillent pas les examens en classe. À la place, les étudiants doivent signer une déclaration solennelle au début de chaque épreuve : « Je certifie sur l'honneur que je n'ai pas violé le code d'honneur pendant cet examen ». Le système repose sur la confiance et sur l'obligation pour chaque étudiant de dénoncer un camarade pris en flagrant délit de tricherie.

Mais aujourd'hui, cette tradition est mise à rude épreuve. Grâce aux smartphones, à l'IA et à une culture du silence, tricher est devenu plus facile que jamais. Et surtout, presque personne ne dénonce. Un article d'opinion publié en janvier dernier sur le code d'honneur de l'université le confirme : dans certaines salles de classe, il n'est pas rare de voir une file d'attente devant les toilettes masculines pendant un examen d'économie, signe que la tricherie est généralisée.

44,6% des étudiants de dernière année ont été témoins de tricherie… et ont choisi de ne rien dire.

POURQUOI PERSONNE NE DÉNONCE-T-IL ?

Le problème, c'est que les étudiants ne veulent pas jouer les balances. Beaucoup ferment les yeux ou évitent délibérément de s'asseoir au dernier rang des amphithéâtres pour ne pas surprendre leurs camarades en train de tricher. Plusieurs raisons expliquent ce silence :

  • L'accès facile à l'IA générative : ces outils sont disponibles sur des appareils personnels de petite taille, ce qui rend la tricherie difficile à repérer pour les autres étudiants.
  • La peur des représailles : grâce aux réseaux sociaux, dénoncer un camarade peut entraîner du doxxing (la diffusion publique de ses données personnelles) ou une humiliation en ligne.
  • Les signalements anonymes : la plupart des plaintes reçues par le Comité d'honneur sont désormais anonymes, ce qui complique le travail des autorités pour enquêter et sanctionner.

Résultat : même quand des cas graves de tricherie sont signalés, il est presque impossible d'agir. Le Comité d'honneur et le bureau du Doyen des étudiants de premier cycle peinent à suivre, malgré les rumeurs et les indignations.

PRINCETON RÉAGIT : LES PROFESSEURS DEVIENDRONT DES SURVEILLANTS

Face à cette crise, les professeurs de Princeton ont voté cette semaine une mesure radicale : à partir du 1er juillet 2025, tous les examens en présentiel devront être surveillés par un enseignant. Seuls un professeur a voté contre cette décision. Mais attention, les professeurs ne pourront pas intervenir directement contre les tricheurs. Leur rôle sera simplement d'observer et de prendre des notes, agissant comme un témoin supplémentaire qui pourra témoigner devant le tribunal d'honneur en cas de litige.

L'IA A BOULEVERSÉ L'ÉDUCATION… MAIS PAS COMME ON LE CROYAIT

L'intelligence artificielle a rapidement transformé l'éducation. Beaucoup d'enseignants ont abandonné les devoirs écrits et les examens à la maison au profit des examens en classe, voire des épreuves orales. Pourtant, même cette solution ne suffit pas. Comme le montre l'exemple de Princeton, certains étudiants n'hésitent pas à utiliser l'IA pour tricher en plein cours, sous le nez de leurs camarades, s'ils pensent pouvoir s'en tirer.

Pour beaucoup d'enseignants, voir des copies générées par des machines plutôt que par des humains est profondément déprimant.

Cette dépendance à l'IA pour contourner le travail est une tendance inquiétante. Les étudiants de Princeton, malgré leur intelligence, savent pertinemment qu'ils n'apprennent rien en laissant une machine faire le travail à leur place. Pourtant, la pression pour réussir reste forte, et le coût des outils d'IA reste faible. Beaucoup cèdent à la tentation, même si cela finit par leur nuire à long terme.

CE QUE PENSENT VRAIMENT LES ÉTUDIANTS

Scott Johnson, un enseignant qui a récemment écrit sur son expérience de correction de copies générées par des intelligences artificielles, résume bien la situation : « Je n'ai rencontré aucun étudiant qui pense apprendre en laissant un grand modèle de langage faire son travail, malgré ce que les administrateurs et les publicités pour l'IA essaient de faire croire. Pour eux, c'est juste une question de gestion de charge de travail. »

Personne ne sait ce qui se passera si l'engouement pour l'IA retombe et que l'accès à ces outils devient plus restreint. Mais tant que l'IA est là, elle ne révolutionne pas l'éducation et n'améliore pas l'apprentissage. Elle rend simplement les méthodes traditionnelles d'enseignement, qui fonctionnent depuis des décennies, extrêmement difficiles à appliquer.

L'IA ne rend pas les étudiants plus intelligents. Elle les rend juste meilleurs pour contourner le travail.

GOOGLE GEMINI, PARTENAIRE INOPPORTUN

Quand j'ai lu l'article du Daily Princetonian sur le changement de surveillance des examens, une chose m'a frappé : en haut de la page, une énorme bannière publicitaire affichait le slogan « PRATIQUÉ POUR ÊTRE PRÊT ». Derrière ce message se cachait une publicité pour Google Gemini.

Ironique, non ? Alors que l'IA est au cœur du problème de tricherie à Princeton, l'un de ses plus grands promoteurs profite de l'actualité pour faire sa publicité.

Sources :
  • Ars Technica

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