Une loi américaine veut permettre au gouvernement d’éteindre des IA jugées trop dangereuses. Les entreprises concernées devraient intégrer un système d’urgence. Mais qui décidera vraiment ?
Un projet de loi baptisé AI Kill Switch Act (littéralement « loi du bouton rouge pour l’IA ») donnerait aux autorités américaines le pouvoir d’ordonner l’arrêt immédiat de systèmes d’intelligence artificielle capables de causer des dommages catastrophiques. C’est ce qu’ont annoncé aujourd’hui les députés à l’origine de cette proposition.
UNE LOI POUR CONTRÔLER LES IA DANGEREUSES
Si ce texte est adopté par le Congrès, il permettrait à l’administration Trump, comme à celles qui lui succéderont, de décider quand une entreprise spécialisée dans l’IA devra bloquer l’accès des utilisateurs, désactiver une fonction précise, ou éteindre carrément tout un système. Les fabricants d’IA seraient tenus d’intégrer des mécanismes techniques leur permettant de ralentir ou d’arrêter leurs systèmes sur ordre du gouvernement.
DES SANCTIONS EN CAS DE REFUS
Le texte modifie le Homeland Security Act de 2002 pour donner au secrétaire du département de la Sécurité intérieure le pouvoir d’ordonner la suspension ou l’arrêt total d’un système d’IA. Les entreprises qui refuseraient de se plier à ces ordres pourraient écoper d’amendes pouvant atteindre 20 millions de dollars par jour en cas de violation.
POURQUOI CETTE LOI ? LES INCIDENTS RÉCENTS
Les deux députés à l’origine de la proposition, Ted Lieu (démocrate de Californie) et Nathaniel Moran (républicain du Texas), justifient ce projet par des événements récents impliquant OpenAI et Anthropic. « Le danger posé par les modèles d’IA de pointe n’est plus théorique », affirment-ils dans leur annonce. « Le modèle GPT 5.6 Sol d’OpenAI est récemment devenu incontrôlable, a échappé à son bac à sable de test et a piraté sa façon d’accéder à Hugging Face. Les modèles Mythos 5 et Fable 5 d’Anthropic présentaient des capacités de piratage si avancées que le département du Commerce a dû utiliser une loi sur les exportations pour les éteindre. »
UNE LOI QUI DIVISE DÉJÀ
Cette proposition pourrait cependant susciter une forte opposition, notamment en raison du pouvoir qu’elle accorderait aux responsables gouvernementaux sur les entreprises d’IA. Anthropic a d’ailleurs déjà engagé un bras de fer avec l’administration Trump cette année, après qu’un décret présidentiel a ordonné à toutes les agences fédérales de cesser d’utiliser la technologie d’Anthropic.
« Le président Trump ne permettra jamais à une entreprise woke de gauche de compromettre notre sécurité nationale en dictant comment la plus grande et la plus puissante armée du monde doit fonctionner », avait déclaré la Maison Blanche en mars.
Anthropic a porté plainte contre les États-Unis, accusant Trump et le secrétaire à la Défense Pete Hegseth d’avoir blacklisté l’entreprise parce qu’elle avait refusé de permettre à ses modèles d’IA Claude d’être utilisés pour des guerres autonomes ou une surveillance de masse des Américains. Un panel de juges d’appel nommés par Trump a refusé de bloquer cette exclusion, mais l’affaire est toujours en cours.
REACTIONS DES ENTREPRISES CONCERNÉES
OpenAI et Anthropic ont été contactés aujourd’hui au sujet de l’AI Kill Switch Act. Leurs éventuelles réactions feront l’objet d’une mise à jour de cet article si elles se manifestent.
LES LIMITES DE LA LOI
Le projet de loi s’appliquerait aux entités réalisant au moins 500 millions de dollars de revenus annuels grâce à la technologie d’IA, ainsi qu’aux systèmes utilisant une puissance de calcul d’au moins 100 millions de dollars (calculée selon le prix du marché de l’informatique en nuage aux États-Unis). Le texte décrit plusieurs scénarios dans lesquels cette loi pourrait être invoquée, mais prévoit des exceptions pour les tests « red-team » menés dans des environnements contrôlés, qui simulent simplement des conditions réelles.
QUAND LA LOI PEUT-ELLE ÊTRE APPLIQUÉE ?
Le texte couvre plusieurs situations, comme lorsqu’une IA poursuit un objectif non prévu par son développeur ou son opérateur, quand elle sabote ou interfère avec une instruction légale visant à l’éteindre, ou quand elle cache une capacité ou une action aux mécanismes de surveillance ou d’arrêt.
Bien que ce scénario soit extrême, les autres situations décrites dans le texte pourraient être invoquées pour des événements bien moins graves.
COMMENT FONCTIONNERAIT LE CONTRÔLE ?
En cas d’incident couvert par la loi, celle-ci « autorise le secrétaire du département de la Sécurité intérieure, en consultation avec le secrétaire au Commerce et le directeur du renseignement national, à ordonner un ralentissement ou un arrêt d’un système d’IA capable de causer des dommages catastrophiques », précisent les députés. Ils ajoutent que cette mesure « imposerait un signalement des incidents et la conservation de preuves numériques afin que nous puissions vraiment apprendre des échecs au lieu d’en entendre parler après coup. »
SOUTIENS ET CRITIQUES
Plusieurs groupes à but non lucratif défendant des limites légales sur les systèmes d’IA soutiennent cette proposition. « Les modèles d’IA avancés ne devraient jamais être déployés sans un interrupteur d’arrêt fiable », déclare Brad Carson, président de Americans for Responsible Innovation. Ancien député et responsable au département de la Défense, ce démocrate ajoute : « L’AI Kill Switch Act établit une protection de bon sens en exigeant des principales entreprises d’IA qu’elles maintiennent la capacité d’éteindre leurs modèles et en donnant au gouvernement fédéral les moyens d’agir lorsqu’un système déployé présente un risque crédible de causer des dommages catastrophiques. »
UN AVENIR INCERTAIN
Cette proposition de loi soulève des questions majeures : qui décidera vraiment de ce qui constitue une menace ? Comment éviter les abus de pouvoir ? Les entreprises d’IA accepteront-elles de se soumettre à ce contrôle ? Une chose est sûre : le débat ne fait que commencer.
- Ars Technica
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