Avec une hausse record des cas de rougeole, les États-Unis manquent cruellement de solutions médicales. Des biotechs et laboratoires se lancent dans la course aux traitements pour sauver les plus fragiles.

LA ROUGEOLE FAIT SON RETOUR : UNE CATASTROPHE SANITAIRE EN MARCHE

Pendant des décennies, le vaccin contre la rougeole a été si efficace que personne ne s’est vraiment soucié de créer des traitements pour ceux qui contractent le virus. Mais aujourd’hui, la situation a radicalement changé. Aux États-Unis, les cas de rougeole ont atteint un niveau record en 35 ans, et les taux de vaccination continuent de chuter. Résultat : des équipes de biotechnologie et des chercheurs universitaires se mobilisent pour développer des solutions, malgré les obstacles.

En juillet 2025, les États-Unis avaient déjà dépassé les 2 289 cas de rougeole enregistrés sur toute l’année 2024. Pour comparaison, il n’y avait eu que 285 cas en 2024.

POURQUOI LA ROUGEOLE EST-ELLE SI DANGEREUSE ?

La rougeole est l’un des virus les plus contagieux au monde. Pour protéger les personnes immunodéprimées et les bébés de moins d’un an (trop jeunes pour être vaccinés), il faut que 95 % de la population ait reçu les deux doses du vaccin. Pourtant, dans de nombreuses régions des États-Unis, ce taux est bien en dessous de ce seuil.

Les jeunes enfants sont les plus vulnérables face aux complications graves de la rougeole. Le virus attaque directement la muqueuse des voies respiratoires, provoquant des pneumonies. Il affaiblit aussi le système immunitaire, laissant les enfants exposés à des infections bactériennes. Sans traitement spécifique, les médecins ne peuvent que soigner les symptômes : prévenir la déshydratation, gérer les difficultés respiratoires ou administrer des stéroïdes pour réduire l’inflammation. Parfois, de la vitamine A est donnée aux patients, car le virus épuise les réserves de cette vitamine dans le corps. Mais elle n’a aucun effet direct sur le virus.

LES ANTICORPS MONOCLONAUX : UNE LUEUR D’ESPOIR POUR LES PLUS FRAGILES

Face à cette situation, des entreprises comme Invivyd, une biotech basée dans le Connecticut, se lancent dans la course. Invivyd a déjà développé un anticorps monoclonal contre le COVID-19 et reçoit désormais des demandes de professionnels de santé sur la disponibilité d’un traitement similaire contre la rougeole. En cas d’épidémie locale, un anticorps monoclonal pourrait offrir une protection à court terme aux personnes les plus à risque.

Invivyd n’a pas encore testé son anticorps contre la rougeole sur des humains, mais Michael Mina, épidémiologiste et directeur médical de l’entreprise, explique que la société compile les données nécessaires pour obtenir l’autorisation de la Food and Drug Administration (FDA) afin de lancer des essais cliniques.

UNE DÉCOUVERTE PROMETTEUSE À L’INSTITUT DE LA JOLLA

À l’Institut de l’immunologie de La Jolla, Erica Ollmann Saphire, présidente-directrice générale, et son équipe ont publié en mai une étude révélant des anticorps humains capables de bloquer l’infection en se fixant sur des zones clés du virus de la rougeole. Une perfusion de ces anticorps a réduit de 500 fois la charge virale chez des rongeurs.

Avant de pouvoir tester ces traitements sur des humains, il faudra relever un défi majeur : produire des anticorps monoclonaux à grande échelle. Ce processus est coûteux et complexe. Les essais cliniques coûtent des millions de dollars, et des partenaires pharmaceutiques sont généralement nécessaires pour les financer. Pourtant, les traitements contre la rougeole pourraient ne pas intéresser les grands laboratoires, car les maladies infectieuses ne rapportent pas beaucoup d’argent. Les épidémies sont sporadiques, et les traitements sont souvent de courte durée.

« Un outil capable de prévenir ou de traiter la maladie reste moins cher que de gérer une épidémie ou un cas d’encéphalite mortelle chez un enfant. » — Erica Ollmann Saphire

UNE MENACE QUI PERSISTE : LA ROUGEOLE POURRAIT DEVENIR ENDÉMIQUE

Certains modèles prédisent que la rougeole pourrait devenir endémique aux États-Unis d’ici 25 ans, même avec les taux de vaccination actuels. Les anticorps monoclonaux pourraient aussi représenter un coût élevé pour les patients et les assureurs. En 2022, le gouvernement américain avait dépensé 855 millions de dollars pour 1,7 million de doses d’Evusheld, un traitement par anticorps monoclonal autorisé contre le COVID-19. Le médicament lui-même était gratuit pour les patients, mais certains ont dû payer des centaines de dollars de frais annexes liés à son administration.

La combinaison d’anticorps qui a donné naissance à Evusheld avait été créée en seulement 25 jours par des scientifiques de l’université Vanderbilt. Ces chercheurs ont également découvert des anticorps puissants contre la rougeole et se sont associés à la petite biotech Saravir Biopharma pour poursuivre le Développement.

DES ANTICORPS SI PUISSANTS QU’UN SEUL INJECTION POURRAIT SUFFIRE

James Crowe, immunologiste et directeur du Centre de thérapie par anticorps de Vanderbilt, explique que la stratégie consiste à utiliser une combinaison de deux anticorps monoclonaux pour réduire drastiquement les chances que le virus mute et leur échappe. Son équipe travaille depuis des années à isoler des anticorps humains contre des virus susceptibles de provoquer de futures pandémies. Ils étaient déjà en pleine recherche sur la rougeole l’année dernière, lorsque les cas ont commencé à exploser aux États-Unis.

« Les anticorps que nous avons isolés sont si puissants qu’ils inhibent fortement le virus. Nous sommes convaincus qu’ils pourraient être formulés en une seule injection à action prolongée », déclare James Crowe.

LES ESSAIS CLINIQUES : UN CASSE-TÊTE POUR LES RÉGULATEURS

Une fois ces anticorps monoclonaux prêts pour les tests humains, les régulateurs devront trouver comment les évaluer dans le cadre d’essais cliniques. En général, les nouveaux médicaments sont d’abord testés sur des adultes pour s’assurer qu’ils sont sûrs pour les enfants. Pourtant, les complications de la rougeole touchent surtout les enfants, en particulier ceux qui ne sont pas vaccinés et qui risquent d’être hospitalisés.

LES ANTIVIRAUX : UNE AUTRE PISTE, MAIS DES LIMITES MAJEURES

Les antiviraux pourraient aussi représenter une stratégie pour traiter la rougeole, mais ils ont des limites importantes. Ils sont souvent efficaces seulement s’ils sont administrés très peu de temps après l’infection ou l’apparition des premiers symptômes. Des chercheurs de l’université d’État de Géorgie ont identifié un antiviral oral et l’ont testé sur des rats, des furets et des chiens infectés par des virus apparentés (car ces animaux ne contractent pas la rougeole humaine). Le traitement a réduit la charge virale et tous les animaux traités ont survécu. Il n’a pas encore été testé sur des humains.

Un autre défi majeur dans le développement d’antiviraux est que les médicaments suffisamment puissants pour tuer les virus ont souvent des effets secondaires désagréables pour les patients.

LE GRAND DÉFI : L’ACCEPTATION PAR LE PUBLIC

La question la plus épineuse reste : est-ce que les gens utiliseront ces traitements ou accepteront qu’ils soient administrés à leurs enfants ? Si l’anti-vaccination alimente les épidémies actuelles, Michael Mina d’Invivyd espère que ceux qui n’ont pas vacciné leurs enfants ou qui n’ont pas reçu le vaccin eux-mêmes pourraient être ouverts à l’idée d’un traitement par anticorps monoclonal. « C’est une molécule que notre corps produit naturellement », souligne-t-il.

Pourtant, lors de l’épidémie de rougeole en Utah, certains parents ont refusé que les médecins administrent à leurs enfants de l’immunoglobuline, un mélange d’anticorps dérivé de plasma donateur. Le mouvement anti-science s’est également renforcé, avec des figures comme Robert F. Kennedy Jr., qui remet en cause les vaccins et les traitements établis.

Malgré ces résistances, les chercheurs insistent : travailler sur des traitements contre la rougeole reste essentiel, surtout pour aider les populations qui ne peuvent pas être vaccinées.

UNE COURSE CONTRE LA MONTRE POUR ÉVITER LA CATASTROPHE

James Crowe rappelle qu’il est crucial que les travaux sur les traitements contre la rougeole soient financés, alors que les taux de vaccination continuent de baisser. Sans solution, le virus pourrait continuer à se propager, mettant en danger les vies des plus fragiles. Les biotechs et les laboratoires ont un rôle clé à jouer pour éviter une crise sanitaire majeure.

CE QUE TU DOIS RETENIR

Les cas de rougeole explosent aux États-Unis, et les traitements actuels sont quasi inexistants. Des anticorps monoclonaux et des antiviraux pourraient offrir une protection ou un soulagement, mais leur développement prendra des années. Le plus grand obstacle ? Convaincre le public d’accepter ces solutions, alors que la méfiance envers la science grandit. En attendant, la meilleure protection reste la vaccination, mais pour ceux qui ne peuvent pas se faire vacciner, l’espoir vient de la recherche.

Sources :
  • Ars Technica

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