L'Europe spatiale trébuche sur ses lanceurs tandis que Blue Origin reconstruit son pas de tir en flammes. Relativity Space, lui, rêve déjà de Mars avec une mission privée en 2028.

LE RETOUR DE STARSHIP : UNE NOUVELLE TENTATIVE EN JUILLET ?

Le prochain vol d’essai de Starship, la méga-fusée de SpaceX, pourrait avoir lieu dès le mois prochain. Gwynne Shotwell, présidente et directrice des opérations de SpaceX, l’a annoncé dans une interview à CNBC. Mais attention, il reste encore beaucoup de travail avant ce Flight 13. Le décollage prévu ne ressemblera pas à un vol orbital classique : la fusée effectuera un vol suborbital avec un amerrissage dans l’océan Indien. SpaceX attendra au moins le Flight 14 pour tenter un vol orbital, après l’échec du redémarrage des moteurs en orbite lors du dernier essai.

ISAR AEROSPACE : UNE FUSÉE QUI NE DÉCOLLE PAS

Isar Aerospace reste le leader des startups européennes de lanceurs spatiaux, mais ses tentatives de lancement de sa fusée Spectrum s’enchaînent les échecs. Le dernier en date ? Un report de tir lundi après la détection d’un comportement anormal dans les systèmes fluides du lanceur. « Les équipes analysent les nouvelles données pour identifier la cause racine », explique l’entreprise sur les réseaux sociaux. Pourtant, Isar a levé près d’un milliard de dollars, mais manque cruellement d’expérience en vol. La fusée Spectrum n’a volé qu’une seule fois, lors d’un échec l’an dernier qui a duré moins de 30 secondes.

La fusée Spectrum de 28 mètres de haut attend son décollage depuis le pas de tir d’Andøya, en Norvège du Nord. C’est la quatrième fois en cinq mois qu’Isar Aerospace atteint une date de lancement pour le second vol d’essai de son lanceur.

LA MISSION DE SAUVETAGE DE SWIFT : UNE AVANCÉE INESPÉRÉE

La mission robotique de sauvetage de l’observatoire spatial Swift de la NASA a connu une progression remarquable. Shawn Domagal-Goldman, directeur du programme d’astrophysique de la NASA, avoue : « Personne ne pensait que c’était possible. Personne ne pensait que nous irions aussi loin aujourd’hui. » Mais des risques persistent. « Je suis profondément reconnaissant et aussi optimiste que possible, grâce aux équipes qui ont travaillé dessus. »

CAPE CANAVERAL : UN NOUVEAU PAS DE TIR POUR LES MISSIONS MILITAIRES

La Space Launch Delta 45, l’unité militaire gérant la base de Cape Canaveral, envisage la construction d’un nouveau complexe de lancement pour les missions de la Naval Ordnance Test Unit et de l’armée américaine. Ce Launch Complex 51 serait situé à seulement 3 kilomètres au nord de Port Canaveral, ce qui en ferait le pas de tir le plus proche des zones publiques. Le site couvrirait environ 20 hectares.

Le nouveau pas de tir remplacerait le Launch Complex 46, situé dans la zone de sécurité explosive du Launch Complex 36 de Blue Origin. Ce dernier a été endommagé lors de l’explosion de la fusée New Glenn le mois dernier.

LATITUDE : UNE STARTUP FRANÇAISE QUI CHANGE DE NOM

La startup française de lancement Latitude a retiré toute mention du nom Zephyr de son site web. Son lanceur est désormais simplement appelé « Notre Lanceur ». Ce lanceur à deux étages, haut de 19 mètres, doit envoyer jusqu’à 200 kg en orbite basse d’ici la seconde moitié de 2027. Le changement de nom pourrait être lié à un problème de marque déposée : le nom Zephyr est déjà déposé par Airbus pour ses avions solaires haute altitude. Le dépôt de marque, accordé en 2005, couvre les drones, satellites et appareils de lancement.

ZHUQUE-2E : UNE FUSÉE CHINOISE QUI SE DÉSINTÈGRE EN ORBITE

L’étage supérieur d’une fusée chinoise commerciale, lancée la semaine dernière, s’est désintégré en orbite. Cette fragmentation a dispersé des débris dans une zone très fréquentée de l’orbite basse, où se trouve la Station Spatiale Internationale et une grande partie du réseau Starlink de SpaceX. L’étage supérieur du lanceur Zhuque-2E, qui avait placé deux satellites en orbite le 9 juin, s’est brisé peu après avoir atteint l’orbite. L’US Space Force confirme l’événement et suit au moins 51 objets issus de cette fragmentation. Ce nombre pourrait augmenter à mesure que les radars militaires affinent leur détection.

Darren McKnight, expert en intelligence orbitale chez LeoLabs, estime que l’événement a généré entre 100 et 150 débris. L’étage supérieur mesurait entre 8 et 9 mètres de long pour 3,35 mètres de diamètre.

Le corps principal de l’étage supérieur orbite désormais entre 335 et 424 km d’altitude, à une inclinaison de 54,5 degrés par rapport à l’équateur. Bonne nouvelle : la traînée atmosphérique devrait faire retomber la plupart des débris en quelques mois à un an.

RELATIVITY SPACE : UNE MISSION PRIVÉE VERS MARS EN 2028

Relativity Space a annoncé son intention de lancer un orbiteur vers Mars en 2028 dans le cadre d’un nouveau programme scientifique interplanétaire. Ce projet, baptisé Interplanetary Sciences Program, vise à soutenir des missions scientifiques en partenariat avec la NASA, l’industrie, le monde académique et des organisations philanthropiques. La première mission sera un orbiteur scientifique et de télécommunications martien prévu pour fin 2028. La charge utile inclura un instrument de profilage atmosphérique fourni par le centre de Recherche Ames de la NASA, un radar pour cartographier la glace souterraine et la géologie, ainsi qu’un relais de communications.

La mission martienne décollera à bord de la fusée réutilisable Terran R de Relativity, actuellement en développement. Peu de détails sont encore disponibles sur la taille, la masse, la puissance ou le coût de cette mission.

Relativity, fondée en 2015, s’est jusqu’ici concentrée sur le lancement spatial. Eric Schmidt, ancien PDG de Google, a pris la tête de l’entreprise il y a plus d’un an et évoque de nouveaux axes comme les centres de données orbitaux, les projets scientifiques spatiaux philanthropiques et les missions de sécurité nationale. Ce n’est pas la première fois que Relativity évoque une mission vers Mars : en 2022, l’entreprise et Impulse Space avaient annoncé un atterrisseur martien devant décoller sur Terran R, avec un atterrisseur construit par Impulse. En 2023, elles prévoyaient un lancement dès 2026, mais aucune mise à jour récente n’a été publiée.

LE JAPON REPREND LES VOLS AVEC SA FUSÉE H3

Le Japon a réussi le retour en vol de sa fusée H3 le 12 juin, après un échec en décembre 2023. Le lanceur H3-30S, propulsé uniquement par des moteurs à carburant liquide, a décollé du centre spatial de Tanegashima avec une charge utile factice et de petits satellites. Le décollage a été retardé de deux jours en raison de conditions météo défavorables. La JAXA, l’agence spatiale japonaise, confirme que la fusée a été placée sur l’orbite prévue.

Cette nouvelle configuration de la H3, sans propulseurs d’appoint solides, est conçue pour lancer des satellites de taille moyenne à moindre coût que la version lourde avec deux ou quatre propulseurs. L’échec de décembre était dû à l’effondrement de la structure de support de la charge utile, endommageant le deuxième étage et provoquant la séparation non planifiée du satellite.

AST SPACE MOBILE : UN CONCURRENT DE STARLINK QUI DÉCOLLE GRÂCE À SPACEX

AST SpaceMobile, qui vise à concurrencer le service Starlink de SpaceX pour les communications directes vers les téléphones, a lancé trois satellites « BlueBird » mercredi à bord d’une fusée Falcon 9 de SpaceX. Ce lancement intervient après la perte de son précédent satellite BlueBird lors de l’échec du vol inaugural de la fusée New Glenn de Blue Origin en avril. Les satellites BlueBird sont parmi les plus grands jamais envoyés dans l’espace, avec des antennes déployables couvrant environ 223 m² en orbite. Cela permet à AST SpaceMobile de se connecter directement à des téléphones non modifiés sur Terre.

AST SpaceMobile espérait lancer 45 satellites cette année, mais ce plan a été perturbé par la mise à terre de la New Glenn après son explosion sur son pas de tir le mois dernier. Avec ce lancement réussi, l’entreprise n’a placé que trois nouveaux satellites en orbite en 2024, alors qu’elle visait la moitié de sa constellation de 2026.

AMAZON : ARIANE 6, LE SEUL LANCEUR EUROPÉEN QUI FONCTIONNE POUR SES SATELLITES

Amazon possède des centaines de satellites prêts au décollage en Floride, mais ils restent cloués au sol faute de lanceurs disponibles. Steve Metayer, vice-président des opérations de production Leo d’Amazon, explique : « Ils sont construits et stockés dans un centre de traitement de charge utile, en attendant leur envoi en orbite. Nous fabriquons plusieurs satellites par jour. » Amazon avait confié le lancement de la majorité de ses 3 200 satellites à trois lanceurs non éprouvés : Vulcan d’ULA, New Glenn de Blue Origin et Ariane 6 d’Europe. Seul Ariane 6 a tenu ses promesses.

Le 11 juin, Arianespace a lancé avec succès sa troisième mission pour Amazon à bord d’une Ariane 64, depuis la Guyane française. Ce vol a marqué le record de charge utile la plus lourde jamais lancée par une fusée européenne. La fusée a utilisé de nouveaux propulseurs d’appoint solides plus grands, augmentant sa capacité d’emport de 32 à 36 satellites Amazon Leo. Amazon n’a plus qu’une seule mission réservée sur la fusée Atlas V, qui doit être retirée du service.

BLUE ORIGIN : LA RECONSTRUCTION DU PAS DE TIR DÉMARRE

Blue Origin a commencé à reconstruire son pas de tir Launch Complex 36 à Cap Canaveral, sévèrement endommagé lors de l’explosion de la fusée New Glenn il y a moins de trois semaines. Jeff Bezos et Dave Limp, PDG de l’entreprise, ont évoqué cette reconstruction lors du salon VivaTech à Paris. Limp précise que le site a été nettoyé de tous les débris et que les travaux de reconstruction ont débuté cette semaine. Les deux dirigeants réitèrent leur objectif : faire revoler la New Glenn d’ici la fin de l’année, un défi que beaucoup d’observateurs de la NASA jugent ambitieux.

La fusée New Glenn est un élément clé du programme Artemis de la NASA pour le retour des astronautes américains sur la Lune. Le premier prototype d’atterrisseur lunaire, Blue Moon Mark 1, devait décoller dans les prochains mois sur une New Glenn pour tester des technologies essentielles. Après l’explosion du pas de tir, l’administrateur de la NASA, Jared Isaacman, avait suggéré à Blue Origin de trouver un autre lanceur pour Mark 1. Mais Limp assure que ce ne sera pas nécessaire : Mark 1 est désormais prévu pour un lancement début 2025, une fois la New Glenn de retour en service.
Sources :
  • Ars Technica

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