Le président américain injecte 700 millions de dollars pour relancer les centrales à charbon. Pourtant, cette énergie est la plus polluante et la plus chère du pays. Analyse d'un pari risqué.
UNE ANNONCE SURPRENANTE, MAIS DÉCONNECTÉE DE LA RÉALITÉ
Lors d’un point presse confus, où le président a alterné entre l’énergie et ses projets de monuments à Washington, Donald Trump a présenté son dernier plan pour sauver l’industrie du charbon aux États-Unis. « Aujourd’hui, nous agissons de manière historique pour faire baisser le prix de l’énergie et le coût de la vie grâce au charbon, propre et magnifique », a-t-il déclaré. Pourtant, le charbon est l’une des énergies les plus chères pour produire de l’électricité dans le pays. Wind (éolien) et solaire coûtent désormais moins cher que le charbon, qui n’a plus représenté que 15 % de l’électricité américaine en 2023.
LE CHARBON, UNE ÉNERGIE EN DÉCLIN IRRÉVERSIBLE
Depuis dix ans, plus aucune nouvelle centrale à charbon n’a été construite aux États-Unis. Le charbon, autrefois roi de l’électricité, a vu sa part dans le réseau énergétique chuter de plus de 50 % à seulement 15 %. Pourtant, cette énergie reste la plus polluante : elle émet le plus de gaz à effet de serre par unité d’énergie produite. Elle rejette aussi des particules dangereuses dans l’air et laisse des déchets toxiques, comme des cendres riches en métaux lourds. Malgré ces faits, l’administration Trump semble ignorer cette réalité.
TRUMP CONTRE LES ÉVIDENCES : LE CHARBON, « LE PLUS CHER » SELON LUI
Le président a multiplié les déclarations en contradiction avec les faits. « Regardez les grands échecs, comme l’éolien, a-t-il affirmé. Le vent souffle tout le temps, ça vous met hors service. C’est l’énergie la plus chère qui existe. » Pourtant, la Chine, qui produit la moitié de l’éolien mondial, utilise bien cette énergie. Trump a aussi affirmé que la Chine ne construisait des éoliennes que pour les vendre à des « gens stupides » aux États-Unis. Une déclaration qui ignore que l’éolien est désormais la source d’énergie la moins chère dans de nombreux pays.
UN PLAN À 700 MILLIONS DE DOLLARS POUR SAUVER 14 CENTRALES
Malgré ces incohérences, l’administration Trump a annoncé un investissement de 700 millions de dollars pour relancer l’industrie du charbon. Cet argent provient du Defense Production Act, une loi qui permet au président d’intervenir pour protéger des industries jugées critiques pour la défense nationale. Une modification de cette loi, adoptée en 1980, inclut désormais l’énergie dans les secteurs d’intervention. Une grande partie de ces fonds servira à moderniser 14 centrales à charbon qui auraient pu fermer. En parallèle, des fonds seront alloués à la construction de deux nouvelles centrales, une en Alaska et une en Virginie-Occidentale. Ces deux projets marqueraient les premiers nouveaux réacteurs à charbon construits aux États-Unis depuis 2013.
UNE STRATÉGIE RISQUÉE : DES ACTIFS STRANDÉS EN PERSPECTIVE
Ce plan ne fait pas l’unanimité. Une partie des fonds proviendrait d’un fonds créé par le Congrès pour développer la capture du carbone, une technologie coûteuse et encore peu mature. Les investissements privés seront aussi sollicités, mais ils représentent un risque majeur. En effet, la croissance des énergies renouvelables devrait se poursuivre à un rythme soutenu. De plus, le prix de l’électricité issue du charbon pourrait augmenter dès que l’EPA (l’agence américaine de protection de l’environnement) renforcera ses régulations, ce qui pourrait arriver avant même l’achèvement des nouvelles centrales. Si ce plan réussit, il y a un risque élevé de créer des actifs strandés : des infrastructures inutiles, abandonnées avant même d’être rentables.
UNE ÉCONOMIE MYTHIQUE : 50 MILLIARDS DE DOLLARS « ÉCONOMISÉS »
Donald Trump a affirmé que son plan permettrait d’économiser 50 milliards de dollars sur les coûts de l’électricité. Pourtant, aucune source n’a été citée pour justifier ce chiffre. Les experts soulignent que cette estimation est probablement exagérée, voire totalement infondée. Le charbon reste une énergie coûteuse, polluante et en déclin. Les économies promises semblent donc très incertaines.
LE CHARBON, UNE INDUSTRIE EN QUÊTE DE SAUVETAGE
Ce n’est pas la première fois que l’administration Trump tente de relancer le charbon. Depuis des années, des efforts ont été faits pour soutenir cette industrie, mais sans succès. Les centrales à charbon ferment les unes après les autres, remplacées par des énergies moins chères et plus propres. Pourtant, le gouvernement persiste à vouloir maintenir cette industrie à flot, malgré les preuves de son déclin. Les 700 millions de dollars annoncés pourraient bien être un dernier sursaut, condamné à l’échec.
QUEL AVENIR POUR LES ÉNERGIES FOSSILES AUX ÉTATS-UNIS ?
Ce plan de relance du charbon soulève une question plus large : faut-il continuer à soutenir des industries en déclin au risque de créer des actifs inutiles ? Les énergies renouvelables, l’éolien et le solaire, sont désormais moins chères et plus propres. Pourtant, l’administration Trump semble déterminée à maintenir le charbon en vie, malgré les preuves de son inefficacité. L’avenir dira si ce pari risqué portera ses fruits ou s’il ne fera que creuser le déficit public sans réel bénéfice pour les Américains.
- Ars Technica
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