Une chaîne de sandwichs, connue pour ses pubs avec Danny DeVito, a mentionné 22 fois le mot IA dans son dossier d'introduction en Bourse. Pourquoi une entreprise qui vend des sandwichs parle-t-elle d'intelligence artificielle ?

UNE CHAÎNE DE SANDWICHS DÉVOILE SON SECRET : L'IA

Difficile de savoir quand l’excitation pour une nouvelle technologie bascule dans l’excès, puis dans le ridicule. Mais quand une chaîne de sandwichs, dont le visage public est incarné par Danny DeVito, se met à parler d’intelligence artificielle dans ses documents d’introduction en Bourse, on peut se demander : sommes-nous en train de perdre la tête ?

Face à la folie des investisseurs pour tout ce qui touche à l’IA en ce moment, il est compréhensible que les entreprises, même celles qui n’ont rien à voir avec la technologie, aient envie de saupoudrer un peu de poudre d’IA dans leurs présentations. Cela vaut aussi bien pour les startups qui lèvent des fonds sans avoir de projet concret en IA que pour des groupes comme Bending Spoons, spécialisé dans le rachat de vieilles entreprises technologiques « non-IA » pour les relancer.

Une entreprise qui vend des sandwichs ne peut pas prétendre vendre des logiciels d’IA. Pourtant, elle a trouvé le moyen d’en parler 22 fois dans son dossier.

LE MOT « IA » APPARAÎT 22 FOIS DANS UN DOSSIER DE SANDWICHS

Par curiosité, j’ai donc parcouru les documents d’introduction en Bourse de Jersey Mike’s pour voir jusqu’où cette obsession pouvait aller. Une chaîne de sandwichs n’a aucune raison de mentionner l’IA dans son formulaire S-1. Pourtant, c’est bien le cas : le terme « intelligence artificielle » et son acronyme « IA » apparaissent 22 fois. L’entreprise ne peut pas prétendre vendre des produits d’IA. Elle vend des sandwichs sous-marins. Pourtant, ce sont les produits d’IA que les investisseurs recherchent désespérément.

L'ENTREPRISE MENTIONNE L'IA DANS SES RISQUES POUR LES INVESTISSEURS

Le plus drôle ? Elle évoque même l’IA dans ses avertissements aux investisseurs. Cela pourrait être encore plus absurde. L’entreprise n’explique pas ce qu’elle compte faire avec l’IA qui pourrait représenter un danger pour les investisseurs. Elle se contente d’une phrase vague : « Nous commençons à utiliser des technologies d’IA dans notre activité. »

Pour être juste, en tant qu’entreprise qui gère un réseau de franchises, Jersey Mike’s s’appuie effectivement sur des logiciels (mentionnés 52 fois) et des données (112 mentions), comme toutes les entreprises. Son avertissement sur les risques liés à l’IA ressemble à du texte standard, peut-être même nécessaire. Des catastrophes liées à l’IA ont déjà frappé d’autres entreprises alimentaires, comme l’outil d’inventaire IA mal conçu de Starbucks, incapable de compter correctement et récemment abandonné.

Prédire qu’une entreprise qui produit des sandwichs réels plutôt que de la bouillie d’IA court un risque de désastre lié à l’IA revient à dire qu’un magasin franchisé a autant de chances d’être frappé par la foudre. Et ça arrive vraiment.

LA FOUDRE EST PLUS MENTIONNÉE QUE L'IA DANS LES DOCUMENTS

Je vais même aller plus loin : le risque qu’une entreprise qui fabrique des sandwichs, et non de la « bouillie d’IA », subisse un désastre lié à l’IA est aussi élevé que celui d’un magasin franchisé frappé par la foudre. Cela s’est d’ailleurs produit en 2021 dans un magasin du Texas. Pourtant, dans le dossier d’introduction en Bourse, le mot « météo » n’apparaît que cinq fois. Et « foudre » ? Pas une seule fois.

LE DÉLIRE DES INVESTISSEURS POUR L'IA

Pourquoi une entreprise qui vend des sandwichs se sent-elle obligée de parler d’IA ? La réponse est simple : les investisseurs sont prêts à tout pour mettre la main sur des produits liés à l’IA. Même si l’entreprise n’a aucun lien avec cette technologie, elle peut attirer leur attention en utilisant ce mot magique. C’est une stratégie risquée, mais qui semble fonctionner pour l’instant.

LES LOGICIELS ET LES DONNÉES, INDISPENSABLES MAIS PAS DE L'IA

Jersey Mike’s, comme toutes les entreprises modernes, utilise des logiciels et des données pour gérer ses franchises. Ces Outils sont essentiels pour suivre les ventes, gérer les stocks ou former les employés. Pourtant, malgré 52 mentions de « logiciels » et 112 mentions de « données », l’entreprise n’explique pas clairement comment l’IA intervient dans ces processus. Elle se contente de vagues promesses sans preuve concrète.

UN AVERTISSEMENT STANDARD POUR LES RISQUES LIÉS À L'IA

Dans son dossier, Jersey Mike’s inclut un avertissement standard sur les risques liés à l’IA. Ce texte ressemble à celui que l’on trouve dans les documents de nombreuses entreprises, même celles qui n’utilisent pas l’IA. Il s’agit probablement d’une mesure de précaution, inspirée par des échecs passés, comme l’outil d’inventaire IA de Starbucks qui a dû être abandonné après avoir échoué à compter correctement.

UNE TENDANCE DANGEREUSE POUR LES ENTREPRISES

Cette tendance à mentionner l’IA à tout-va, même dans des secteurs totalement étrangers à cette technologie, est dangereuse. Elle donne une fausse impression de modernité et d’innovation, alors que l’entreprise n’a pas les compétences ou les ressources pour intégrer réellement l’IA. Les investisseurs, aveuglés par la hype, peuvent se retrouver avec des entreprises qui promettent monts et merveilles, mais qui ne livrent rien de concret.

Sources :
  • TechCrunch AI

L'indépendance de CLODCO est votre garantie.

Pour que l'actualité de l'IA reste sans filtre et sans concession, votre soutien est indispensable. Votre contribution est le seul moteur de notre liberté éditoriale.

Soutenir CLODCO