Un foyer de hantavirus à bord d’un navire de croisière sème l’émoi. Mais les experts sont formels : la propagation reste très improbable en dehors du bateau.
UNE ÉPIDÉMIE INATTENDUE EN PLEINE MER
Une épidémie sans précédent de hantavirus a secoué un navire de croisière de luxe au large des côtes de l’Afrique de l’Ouest, déclenchant un tsunami d’articles de presse et une vague d’anxiété post‑pandémique. Jusqu’à présent, huit cas ont été signalés, dont trois personnes décédées. Le navire battant pavillon néerlandais, le MV Hondius, qui a commencé son voyage depuis Ushuaia, en Argentine, le 1er avril, transporte encore 147 passagers et membres d’équipage. À ce jour, les personnes restant à bord ne présentent aucun symptôme et ont été invitées à se confiner dans leurs cabines. Au moment de la publication, le navire navigue sur un trajet de trois à quatre jours qui a commencé le soir du 6 mai du Cap‑Vert aux îles Canaries, où les autorités espagnoles ont accepté de porter assistance au vaisseau en détresse.
COURSE CONTRE LA MONTRE POUR ÉVITER LA PROPAGATION
Alors que le navire est en route, des experts réunis par l’Organisation mondiale de la santé s’efforcent maintenant de créer une nouvelle procédure étape par étape pour permettre aux passagers et à l’équipage restants de débarquer en toute sécurité. Pendant ce temps, les autorités recherchent et surveillent 30 anciens passagers qui ont débarqué du navire sur l’île isolée de Sainte‑Hélène le 24 avril, avant que l’épidémie ne soit identifiée mais près de deux semaines après le premier décès à bord, le 11 avril. Ces 30 passagers viennent d’au moins 12 pays différents, dont six des États‑Unis.
DES SOUVENIRS PANDÉMIQUES RESSURGISSENT
La situation évoque des souvenirs glaçants des premiers jours de la pandémie de COVID‑19, en particulier le cauchemar du Diamond Princess, où plus de 700 personnes ont été infectées par ce virus jamais vu auparavant alors qu’elles étaient confinées sur un navire de croisière de luxe amarré au Japon. Mais après la découverte du hantavirus à bord du Hondius, les responsables de la santé et les experts en maladies infectieuses ont rapidement, et pratiquement unanimement, tenté d’apaiser les craintes. Si la situation à bord est certainement une urgence nécessitant une réponse prudente et rapide pour les personnes sur place, le risque pour le monde extérieur est faible, et l’épidémie devrait rester relativement limitée.
Compte tenu de la nature de ce virus et des précautions et de la surveillance déjà en place, « le risque de transmission généralisée au grand public est extrêmement faible », a déclaré Michael Marks, expert en maladies infectieuses et professeur à la London School of Hygiene & Tropical Medicine, dans un communiqué jeudi. Ces commentaires font écho à une évaluation rassurante des risques publiée mercredi par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, qui précise que même si la maladie se propage à partir de passagers évacués du navire, le virus « ne se transmet pas facilement, de sorte qu’il est peu probable qu’il provoque de nombreux cas ou une épidémie généralisée dans la communauté, si des mesures de prévention et de contrôle des infections sont appliquées ». Les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies ont également jugé le risque pour le public américain « extrêmement faible » dans une brève déclaration mercredi soir.
POURQUOI LES EXPERTS NE S’INQUIÈTENT PAS
Alors, pourquoi les experts en maladies infectieuses et les responsables de la santé sont‑ils si convaincus que cela ne va pas se transformer en une nouvelle crise sanitaire mondiale ? Le virus qui se propage sur le navire fait partie de la grande famille des hantavirus, répartie dans le monde entier. Ce sont des virus à ARN monocaténaire de sens négatif, enveloppés, dont le génome se compose de trois segments.
DEUX MONDES, DEUX MALADIES
Les hantavirus dits de l’Ancien Monde (comprenant Hantaan, Séoul, Puumala et Dobrava‑Belgrade) se trouvent en Afrique, en Asie et en Europe, avec des foyers d’activité en Chine, en Corée, en Russie et dans certains pays européens. La première prise de conscience de ces virus remonte aux années 1950, avec des maladies chez les soldats combattant pendant la guerre de Corée. Ces virus provoquent la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR), une maladie caractérisée par de la fièvre, des saignements et des lésions rénales. Selon le virus hantavirus spécifique impliqué, les taux de mortalité se situent approximativement entre 1 et 15 %.
Ensuite, il y a les hantavirus du Nouveau Monde, qui ont été découverts pour la première fois en 1993 lors d’une épidémie mortelle d’un virus inconnu dans la région des Four Corners aux États‑Unis. Cette épidémie a été causée par un hantavirus désormais connu sous le nom de virus Sin Nombre. Depuis lors, les chercheurs ont identifié de nombreux autres hantavirus en Amérique du Nord et du Sud, notamment Black Creek Canal, Bayou, New York, Juquitiba, Oran et Andes. Les hantavirus du Nouveau Monde sont associés au syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH).
LE COUPABLE : LE VIRUS ANDES
D’après les tests génétiques, le hantavirus à l’origine de l’épidémie sur le navire de croisière est le virus Andes, principalement présent en Argentine et abrégé ANDV.
LA TRANSMISSION PASSE PAR LES RONGEURS
Pour les hantavirus de l’Ancien et du Nouveau Monde, la transmission à l’homme se fait presque exclusivement par exposition aux rongeurs, souris et rats de différentes espèces selon les régions, notamment leur urine, leurs excréments ou d’autres sécrétions. Les rongeurs ne présentent aucun signe d’infection ni de symptôme de maladie.
- Ars Technica
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