Le géant de l'IA a lancé la procédure pour entrer en Bourse, une étape qui pourrait bouleverser le secteur et les vies de ses employés. Voici pourquoi ce mouvement est historique.

UNE DÉCISION QUI FAIT DATE DANS L'IA

OpenAI a annoncé lundi avoir déposé discrètement des documents pour une introduction en Bourse (IPO), une procédure qui pourrait durer plusieurs mois avant une éventuelle cotation en Bourse aux États-Unis. Cette démarche en fait la troisième entreprise cette année à envisager une valorisation dépassant les 1 000 milliards de dollars. Une somme vertigineuse pour une société encore déficitaire.

POURQUOI LES GÉANTS DE L'IA VEULENT-ILS DEVENIR PUBLICS ?

Les entreprises développant les modèles d'intelligence artificielle les plus puissants, comme Alphabet, Amazon, Meta et Microsoft, cherchent à lever des dizaines de milliards de dollars chacun. Cet argent servirait à construire de nouveaux centres de données et à recruter des scientifiques pour étendre leurs services. OpenAI, après avoir levé 122 milliards de dollars en privé en mars, voit dans l'IPO une nouvelle opportunité de financement.

UNE IPO POUR REDONNER CONFIANCE À OPEN AI

Une entrée en Bourse permettrait à OpenAI de gagner en transparence financière et de redonner confiance à ses clients et employés. La société tente en effet de retrouver sa place de leader incontesté dans le domaine de l'IA de pointe. Les employés pourraient aussi toucher des plus-values importantes, ce qui boosterait leur moral. Pourtant, OpenAI n'a pas précisé quand ni combien elle compte lever. Dans un communiqué publié sur son blog, l'entreprise indique : « Nous avons récemment déposé un formulaire S-1 confidentiel. Nous savons qu'il pourrait fuiter, alors nous préférons l'annoncer nous-mêmes. »

UNE COURSE CONTRE LA MONTRE AVEC ANTHROPIC

OpenAI n'a pas révélé de calendrier précis pour son IPO. L'entreprise précise que ce pourrait prendre du temps, car certaines actions seraient plus faciles à réaliser en tant que société privée. « Mais c'est un ensemble complexe de compromis, et cette démarche nous donne la possibilité de devenir publique plus tôt si cela s'avère être la meilleure option. » OpenAI pourrait ainsi s'inspirer du parcours d'Anthropic, son rival direct, qui a déposé ses documents confidentiels pour une IPO le 1er juin. Quelques jours avant, sa dernière levée de fonds avait porté sa valorisation à 965 milliards de dollars, dépassant ainsi les 852 milliards d'OpenAI. Ces chiffres battent tous les records dans le capital-risque technologique.

DES VALORISATIONS RECORDS POUR DES ENTREPRISES DÉFICITAIRES

Ces introductions en Bourse pourraient valoriser chaque entreprise à plus de 1 000 milliards de dollars, malgré des pertes colossales et des ventes représentant seulement 10 à 20 % de celles des autres entreprises cotées à ce niveau. La seule IPO à avoir dépassé ce seuil est celle de Saudi Aramco en 2019, une entreprise pétrolière. En 2024, OpenAI a généré entre 10 et 20 milliards de dollars de revenus grâce à ses abonnements, publicités et frais de service. Mais ses dépenses en informatique et en salaires ont dépassé ces montants, entraînant des pertes de plusieurs milliards.

UNE STRUCTURE COMPLEXE QUI FAIT DÉBAT

OpenAI a été créée en 2019 sous forme de société à but non lucratif pour lever des fonds plus facilement que par des dons. Aujourd'hui, cette entité possède environ 25 % de l'entreprise, soit plus de 200 milliards de dollars de parts. Elle peut aussi bloquer des décisions majeures et licencier les dirigeants. Modifier cette structure est juridiquement compliqué. Récemment, OpenAI a franchi une étape importante en remportant un procès contre Elon Musk, qui l'accusait de s'éloigner de sa mission initiale. Les accusations de Musk ont été rejetées par un juge fédéral en mars.

UN GOUVERNMENT AMÉRICAIN INTÉRESSÉ PAR UNE PARTICIPATION

La semaine dernière, l'ancien président Donald Trump a déclaré que son administration étudiait la possibilité pour le gouvernement américain de prendre une participation dans les entreprises d'IA lors de leur introduction en Bourse. OpenAI discute de cette idée depuis des mois pour élargir les bénéfices publics du Développement de l'IA. Dans un billet de blog publié lundi et coécrit par le PDG Sam Altman, l'entreprise souligne qu'un « bon avenir pour l'IA » repose sur la capacité de « nombreuses personnes, entreprises, communautés et pays à construire, bénéficier et détenir du pouvoir ».

UNE GOUVERNANCE SOUS HAUTE SURVEILLANCE

La structure d'OpenAI reste sous surveillance des régulateurs de Californie et du Delaware. Ce mois-ci, le bureau du procureur général de Californie a refusé de transmettre à WIRED les échanges récents avec OpenAI, invoquant des lois protégeant les documents d'enquête. Avant son IPO, OpenAI devra obtenir l'approbation de la SEC (l'autorité américaine des marchés financiers) pour ses méthodes comptables et ses déclarations sur les risques. Une tâche complexe, d'autant que la structure de l'entreprise ajoute des difficultés supplémentaires.

« Nous allons conserver notre structure après l'IPO, car en tant que société à but public supervisée par une entité à but non lucratif, nous pouvons prendre en compte les impacts sociétaux sans avoir à prioriser la valeur pour les actionnaires. » — Chris Lehane, responsable des affaires mondiales chez OpenAI

LES CRITIQUES ET LES RISQUES DE L'IA

Les groupes de défense des droits critiquent OpenAI pour son rôle dans l'épidémie de « psychose par IA », un phénomène lié à l'utilisation de chatbots comme ChatGPT. Certains incidents tragiques, dont des suicides, ont été attribués à ces outils. Par ailleurs, les experts en emploi s'inquiètent des pertes massives d'emplois potentielles avec l'automatisation des tâches manuelles par l'IA. Comment OpenAI abordera ces problèmes dans ses documents publics, qui seront dévoilés plus près de la date de l'IPO, sera un point d'attention majeur.

SAN FRANCISCO PRÊTE POUR L'ARRIVÉE DES MULTIMILLIARDAIRES

À San Francisco, où se trouvent les sièges d'OpenAI et d'Anthropic, les habitants s'attendent à une flambée des prix de l'immobilier. Les employés d'OpenAI pourraient vendre leurs actions, transformant des dizaines, voire des centaines de « millionnaires sur papier » en millionnaires réels. Plusieurs employés précoces, dont le président Greg Brockman et l'ancien scientifique en chef Ilya Sutskever, sont déjà devenus multimilliardaires grâce à la valeur de leurs parts dans l'entreprise.

UNE STRATÉGIE QUI DIVISE

OpenAI a créé une filiale à but lucratif en 2019 pour lever des fonds plus facilement que par des dons. Aujourd'hui, la société mère à but non lucratif possède environ 25 % de l'entreprise, soit plus de 200 milliards de dollars. Cette structure permet de bloquer des décisions importantes et de licencier les dirigeants, mais elle complique aussi toute modification future. Annuler le statut à but non lucratif est un défi juridique de taille.

UN PROCÈS PERDU PAR ELON MUSK

En mars, un juge fédéral et un jury ont rejeté les accusations d'Elon Musk contre OpenAI. Le milliardaire l'accusait de s'éloigner de sa mission initiale. Les juges ont estimé que Musk avait déposé son procès trop tard. Cette victoire judiciaire a permis à OpenAI de franchir une étape majeure vers son IPO.

LES ENJEUX POUR L'AVENIR DE L'IA

L'entrée en Bourse d'OpenAI pourrait redéfinir les règles du jeu dans le secteur de l'IA. Les régulateurs, les employés et le public attendent avec impatience les détails de cette opération. La manière dont OpenAI gérera les risques et les critiques pourrait influencer l'avenir de toute l'industrie. Une chose est sûre : cette décision marque un tournant dans l'histoire de l'intelligence artificielle.

Sources :
  • Wired AI

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