Des salariés d’Oracle ont découvert leur licenciement en temps réel, sans préavis. Ils ont bien tenté de s’organiser pour obtenir de meilleures conditions, mais l’entreprise n’a rien lâché.
LA DOUCHE FROIDE
Un matin, une employée d’Oracle essaie de se connecter au VPN de l’entreprise. Message : « cet utilisateur n’existe plus ». Le ventre noué, elle appelle une amie sur Slack. Même réponse : compte désactivé. Puis un mail tombe. Licenciement immédiat. Quelques jours plus tard arrive la proposition d’indemnités. Mais très vite, les choses vont se gâter.
Car Oracle applique les conditions classiques des grandes entreprises américaines : quatre semaines de salaire par année d’ancienneté, plus une semaine supplémentaire par année travaillée, avec un plafond de 26 semaines. Et l’entreprise paie un mois d’assurance santé étendue (la fameuse COBRA, qui permet de garder sa couverture après un départ).
LE VRAI PIÈGE : LES ACTIONS QUI S’ÉVAPORENT
Dans la tech, une bonne part de la rémunération vient souvent des RSU (unités d’actions restreintes). Ce sont comme des promesses d’actions que l’entreprise donne, mais qu’on ne possède vraiment qu’à une date future, dite d’acquisition définitive. Si vous partez – ou êtes poussé vers la sortie – avant cette date, vous les perdez. Oracle n’a pas accéléré l’acquisition des RSU : tout ce qui n’était pas encore acquis au jour du licenciement a été purement et simplement annulé.
Même punition pour les actions attribuées en guise de prime de fidélité ou pour compenser l’absence d’augmentation. Selon Time, un vétéran a ainsi vu s’envoler un million de dollars d’actions, qui représentaient 70 % de sa rémunération. Elles devaient être acquises quatre mois plus tard.
LE TOUR DE PASSE-PASSE DU « TÉLÉTRAVAIL »
Le WARN Act est une loi américaine qui oblige les entreprises, en cas de licenciement collectif (50 personnes ou plus sur un même site), à donner un préavis de deux mois. Mais des employés ont découvert qu’Oracle les avait classés comme « télétravailleurs ». Résultat : la règle des deux mois ne s’appliquait pas à eux.
Pire : certains ignoraient tout de cette classification. Ils travaillaient pourtant près d’un bureau, en mode hybride. Et même pour ceux couverts par le WARN Act, l’histoire n’était pas plus rose. Oracle a simplement intégré le paiement des deux mois de préavis dans son calcul initial des indemnités. Au final, pas un jour de plus.
Pendant un temps, un groupe d’employés a tenté de négocier collectivement. Au moins 90 personnes ont signé une pétition publique pour demander au géant des bases de données et du cloud de s’aligner sur les conditions offertes par d’autres grands noms de la tech lors de licenciements massifs liés à l’intelligence artificielle.
CE QUE LES AUTRES OFFRENT
À titre de comparaison, Meta a proposé un package démarrant à 16 semaines de salaire de base, plus deux semaines par année d’ancienneté, avec une couverture santé COBRA pendant 18 mois. Microsoft, de son côté, a étendu des offres de retraite volontaire avec acquisition accélérée des actions, un minimum de huit semaines de salaire, et une à deux semaines supplémentaires tous les six mois de service. Cloudflare, qui vient de réduire ses effectifs de 20 %, a versé une indemnité forfaitaire équivalente au salaire de base jusqu’à fin 2026, maintenu la couverture santé jusqu’à la fin de l’année, et accéléré l’acquisition des actions jusqu’au 15 août. Ainsi, si un employé était proche d’obtenir une nouvelle tranche, il la recevait.
LE MUR DU SILENCE
Oracle a refusé de négocier. Selon un email consulté par TechCrunch, l’entreprise n’a fait aucune concession. Sollicitée pour commenter sa politique d’indemnités, la classification des salariés en télétravailleurs et l’échec des négociations, Oracle a refusé de répondre.
- TechCrunch AI
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