La NASA mise sur des stations spatiales privées pour remplacer l’ISS. Mais en 2030, plus aucun vaisseau ne sera peut-être disponible pour y envoyer des astronautes.

LA NASA A PERDU SON MOYEN DE VOYAGER DANS L'ESPACE PENDANT 10 ANS

En mai 2020, la NASA a enfin retrouvé la capacité d’envoyer des humains dans l’espace. Après presque dix ans sans aucun vol habité depuis les États-Unis, la mission Crew Dragon de SpaceX a décollé avec deux astronautes à bord, Doug Hurley et Bob Behnken, direction la Station Spatiale Internationale. Le retour sur Terre s’est déroulé sans encombre, marquant la fin d’une longue période où les États-Unis dépendaient des fusées russes pour envoyer leurs astronautes.

Ce succès a été rendu possible grâce au programme Commercial Crew de la NASA. En 2014, l’agence spatiale américaine a signé des contrats de plusieurs milliards de dollars avec deux entreprises : SpaceX et Boeing. L’objectif ? Avoir deux fournisseurs différents pour transporter des humains en orbite basse, afin d’éviter de se retrouver sans solution en cas de problème avec l’un des deux partenaires.

BOEING STUCKLER : LE VAISSEAU QUI N'ARRIVE JAMAIS À DÉCOLLER

Côté Boeing, les choses ne se passent pas comme prévu. Le vaisseau Starliner a connu un vol d’essai habité en 2024, mais la mission a été classée comme un accident de type A par la NASA. Un accident de type A signifie que le problème aurait pu entraîner la perte de l’équipage ou du vaisseau. Depuis, aucun nouveau vol habité n’est prévu avant 2028 au plus tôt.

Résultat : Boeing ne sera probablement pas prêt à transporter des astronautes vers les futures stations spatiales privées avant plusieurs années. Pendant ce temps, SpaceX a déjà effectué près de 20 missions avec son Crew Dragon, toutes réussies.

LES NOUVELLES STATIONS SPATIALES PRIVÉES ARRIVENT… MAIS AVEC QUI LES SERVIR ?

L’ISS, la Station Spatiale Internationale, doit être mise hors service au début des années 2030. Pour la remplacer, la NASA collabore avec plusieurs entreprises américaines afin de construire de nouvelles stations spatiales privées. Parmi les acteurs clés : Axiom Space, Vast Space, Voyager, Blue Origin et peut-être SpaceX.

Certaines de ces stations pourraient être lancées dès 2030. Problème : il faut aussi des vaisseaux pour y envoyer des astronautes. Or, le Crew Dragon de SpaceX est aujourd’hui le seul vaisseau américain opérationnel pour transporter des humains. Mais son avenir à long terme est incertain.

LE CREW DRAGON DE SPACEX : UNE SOLUTION TEMPORAIRE ?

Pour l’instant, Crew Dragon semble être la solution évidente pour desservir les futures stations spatiales. Pourtant, plusieurs questions se posent. La première concerne sa disponibilité. Gwynne Shotwell, présidente de SpaceX, a indiqué que l’entreprise prévoyait d’utiliser le Crew Dragon et sa fusée Falcon 9 pendant un nombre limité d’années, peut-être moins d’une décennie. La raison ? SpaceX veut basculer progressivement toutes ses missions vers son nouveau vaisseau, le Starship.

Le Starship est conçu pour transporter des humains, mais son premier vol habité n’est pas attendu avant le milieu des années 2030. De plus, l’amarrage d’un Starship, si imposant, à des stations spatiales plus petites serait un vrai défi technique.

« C’est une catastrophe annoncée. » — Un responsable du secteur spatial américain, à propos de la disponibilité du Crew Dragon dans les années 2030.

SPACEX VEUT TOUT BASCULER VERS LE STARSHIP… MAIS À QUEL PRIX ?

La NASA aimerait bien que le Crew Dragon continue de voler plus longtemps. Mais SpaceX a d’autres priorités. Progressivement, la majorité de ses lancements, d’abord ceux des satellites Starlink, puis d’autres missions commerciales, vont migrer vers le Starship. Résultat : SpaceX pourrait se retrouver à maintenir une chaîne de production de Falcon 9 uniquement pour le Crew Dragon, ce qui augmenterait considérablement les coûts.

Le prix exact des missions avec Crew Dragon reste un secret bien gardé. Plusieurs sources indiquent cependant que les coûts ont déjà augmenté ces dernières années pour ce vaisseau habité. Si SpaceX augmente encore les tarifs, les entreprises privées qui veulent construire des stations spatiales n’auront pas d’autre choix que de payer plus cher… ou de chercher une alternative.

BOEING NE POURRA JAMAIS RIVALISER AVEC DRAGON

Même si SpaceX augmente ses prix, il est peu probable que Boeing puisse concurrencer le Crew Dragon sur le plan de la fiabilité ou des coûts. Le vaisseau de Boeing, le Starliner, a un gros défaut : la plupart de ses systèmes de propulsion sont situés dans son module de service. Ce module est éjecté avant la rentrée dans l’atmosphère terrestre et doit être remplacé entre chaque vol. Le coût de remplacement est bien plus élevé que celui du « coffre » du Crew Dragon, qui reste attaché au vaisseau et peut être réutilisé.

Autre problème : Boeing n’a pas encore réussi à faire voler son Starliner avec des astronautes à bord. Depuis l’accident de 2024, aucune nouvelle mission habitée n’est prévue avant 2028 au plus tôt.

BLUE ORIGIN : L'OMBRE QUI GRANDIT DERRIÈRE SPACEX

Une autre entreprise pourrait entrer en jeu : Blue Origin. Fondée par Jeff Bezos, cette société travaille discrètement depuis plusieurs années sur un vaisseau habité capable de voler au sommet de sa fusée New Glenn. En 2021, Blue Origin a signé un accord avec la NASA pour accéder aux données et logiciels utilisés par le vaisseau Orion, notamment pour ses systèmes optiques et de navigation.

Jeff Bezos a souvent évoqué son rêve d’un avenir où des millions de personnes vivront et travailleront dans l’espace. Il est donc peu probable qu’il néglige la capacité à transporter des humains en orbite. Cependant, personne ne sait combien de temps il faudra à Blue Origin pour terminer le Développement de son vaisseau habité. Et les coûts de lancement avec la New Glenn ne seront pas bon marché.

L'EUROPE VEUT AUSSI SA PLACE DANS LA COURSE SPATIALE

Et si la solution venait d’Europe ? La semaine dernière, une entreprise basée en Europe, The Exploration Company, a célébré l’ouverture d’un bureau au Texas, à seulement quelques kilomètres du Johnson Space Center de la NASA. Hélène Huby, la fondatrice de l’entreprise, a indiqué que sa société envisageait de faire de Houston sa base pour développer un vaisseau habité.

The Exploration Company a déjà obtenu un financement de l’Agence Spatiale Européenne pour construire un vaisseau cargo, appelé Nyx, destiné à ravitailler la Station Spatiale Internationale. Une première mission pourrait avoir lieu fin 2028 ou en 2029. Huby n’a pas caché son ambition de construire aussi un vaisseau habité.

« Il est très clair qu’aux États-Unis, il y a un grand besoin d’un vaisseau habité supplémentaire, et personne ne sait exactement si le Dragon continuera à être utilisé, » a-t-elle déclaré. « Et même si le Dragon continue à être utilisé, ce que je souhaite car c’est un vaisseau incroyable, il est bon d’avoir un peu plus de concurrence. Et puis, le chemin de Boeing est pour l’instant incertain. »

UNE NOUVELLE VAGUE DE FINANCEMENT POUR UN VAISSEAU HABITÉ EUROPÉEN

Huby cherche à obtenir des financements à la fois de l’Agence Spatiale Européenne et de la NASA pour développer un vaisseau habité. Une fois ces fonds obtenus, elle espère lever des capitaux privés supplémentaires, estimés à environ 4 milliards de dollars, pour mener à bien ce projet. Selon elle, le développement prendrait environ huit ans.

Cela peut sembler ambitieux, mais Huby a déjà prouvé sa capacité à travailler avec les responsables spatiaux européens. Son entreprise est devenue un candidat sérieux pour construire un vaisseau habité, à un moment où les dirigeants européens ont clairement exprimé leur souhait d’en posséder un.

Lors de l’inauguration du bureau au Texas, des représentants d’Axiom Space et de Voyager étaient présents. Ces deux entreprises ont déjà signé des contrats pour des services de cargo. Si elles apprécient ce qu’elles voient avec le Nyx, il ne serait pas surprenant qu’elles signent aussi pour des missions habitées.

LE FUTUR DE L'ESPACE SE JOUE DÉJÀ EN 2024

En 2030, la NASA et les entreprises privées qui construiront les nouvelles stations spatiales n’auront peut-être plus aucun vaisseau américain disponible pour transporter leurs astronautes. Le Crew Dragon pourrait ne plus être produit, le Starliner de Boeing ne sera pas prêt, et le Starship de SpaceX ne sera pas encore opérationnel pour des missions régulières.

Sans solution alternative, les États-Unis risquent de se retrouver dans une situation critique : dépendre d’un seul vaisseau, ou pire, devoir négocier avec d’autres pays pour accéder à l’espace. La course aux étoiles est loin d’être terminée, mais elle prend un tournant inattendu.

« Il est très clair qu’aux États-Unis, il y a un grand besoin d’un vaisseau habité supplémentaire. » — Hélène Huby, fondatrice de The Exploration Company.
Sources :
  • Ars Technica

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