Des entreprises d'IA achètent des livres anciens pour les scanner. en les détruisant. Pourquoi cette pratique menace-t-elle notre patrimoine littéraire ?

L'ATTIRANCE POUR LES LIVRES ANCIENS, UNE BLESSURE POUR LES AMES SENSIBLES

Imaginez un instant que vous teniez entre vos mains un livre ancien, aux pages jaunies par le temps, qui renferme les premières tentatives de l'humanité pour comprendre le monde. Ces ouvrages, fragiles et précieux, sont aujourd'hui menacés par une pratique choquante : des entreprises d'intelligence artificielle achètent des livres rares. pour les détruire. Les libraires et les amoureux des livres ressentent une douleur profonde à l'idée que des millions de reliures pourraient finir dans des broyeuses, tandis que leurs pages seraient numérisées à la hâte avant d'être jetées.

LA COURSE À LA NUMÉRISATION : VITESSE VS PRÉSERVATION

Pour les entreprises d'IA, la vitesse est reine. Elles cherchent à entraîner leurs modèles de langage avec des textes longs et de qualité, comme ceux que l'on trouve uniquement dans les livres. La méthode la plus rapide ? Détruire les reliures, arracher les pages, les scanner en vrac, puis jeter le tout.

C'est la solution la moins chère et la plus efficace pour numériser des millions de titres en un temps record.
Mais cette pratique soulève une question cruciale : cette destruction est-elle vraiment nécessaire ?

GOOGLE A INVENTÉ UNE MÉTHODE. QUE PERSONNE N'UTILISE

En 2009, Google a breveté une technologie de numérisation non destructive des livres. Pourtant, les entreprises d'IA préfèrent ignorer cette solution, pourtant plus respectueuse des ouvrages. Pourquoi ? Parce qu'elle est plus lente et plus coûteuse. La méthode de Google n'est pas parfaite : la courbure des pages peut déformer le texte, et des pages peuvent être oubliées. Les erreurs humaines sont fréquentes, notamment lorsque les opérateurs travaillent trop vite et que des mains apparaissent sur les clichés.

L'ARCHIVE INTERNET : LA RÉFÉRENCE EN MATIÈRE DE NUMÉRISATION RESPECTUEUSE

L'Archive Internet, une organisation qui préserve les collections vieillissantes des bibliothèques, a depuis longtemps compris que la numérisation des vieux livres demande du temps et une attention particulière. Contrairement aux entreprises d'IA, elle traite cette tâche comme un travail humain exigeant. Eliza Zhang, une opératrice de numérisation depuis 2010, explique pourquoi elle préfère scanner les livres à la main : « Tout m'intéresse . Je ne trouve pas ça ennuyeux. Chaque collection est importante pour moi. »

POURQUOI LES SCANNERS AUTOMATIQUES ÉCHOUENT SUR LES LIVRES FRAGILES

L'Archive Internet a testé des scanners automatiques, équipés de bras robotisés aspirant les pages. Résultat ? Ces machines ne fonctionnent pas pour les livres fragiles, les volumes rares ou les collections spéciales. Les pages de papier très fin des livres anciens se déchirent facilement, et les plis ou les inserts (comme les cartes dépliantes) sont souvent ignorés. « Des mains humaines propres et sèches sont le meilleur moyen de tourner les pages », confirme Andrea Mills, qui supervise les opérations de numérisation.

UNE MÉTHODE QUI PREND SON TEMPS. POUR UN RÉSULTAT PARFAIT

Eliza Zhang ne se contente pas de scanner les pages : elle les traite avec une précision extrême. À l'aide d'une pédale, elle soulève lentement la vitre du scanner avant de tourner la page. Elle ajuste ensuite les caméras pour s'assurer que le texte est lisible. Si un pli ou un insert est repéré, elle note un rappel pour revenir le scanner plus tard.

Son objectif ? Garantir « zéro erreur ».

UNE MÉTHODE QUI A FAIT SES PREUVES

Depuis 2010, Eliza Zhang a numérisé plus de 3 millions de pages, 14 000 inserts et 18 000 ouvrages. Son travail est si précis que l'Archive Internet utilise toujours sa méthode aujourd'hui. « Nous ne détruisons jamais un livre en coupant sa reliure. Au lieu de cela, nous le numérisons à la main, une page à la fois », explique l'organisation. Cette approche, bien que lente, préserve à la fois le livre physique et sa version numérique.

ANTHROPIC DÉMASQUÉ : LE SCANNER DE LIVRES QUI DÉTRUIT TOUT

En été 2025, une affaire judiciaire a révélé qu'Anthropic avait détruit des millions de livres imprimés pour entraîner ses modèles d'IA. Une pratique qui a provoqué un tollé général. Les libraires craignent que des livres rares, irremplaçables, ne soient réduits en pulpe sans aucune considération pour leur valeur historique ou culturelle.

LES PREMIERS SIGNAUX D'ALERTE : DES LIVRES RARES EN DANGER

Deux rapports récents ont confirmé les craintes des libraires. Le premier, publié par le Telegraph, accusait la Silicon Valley de détruire des millions de livres rares et de « déchiqueter les originaux ». Le second, rapporté par 404 Media, révélait qu'une entreprise appelée ISBNdb proposait aux entreprises d'IA de leur fournir des livres en gros. Face à la polémique, ISBNdb aurait prévenu ses clients que cette pratique avait un « mauvais impact médiatique ».

ANTHROPIC JOUE À CACHE-CACHE : « PROJET PANAMA »

Pour éviter les critiques, Anthropic aurait utilisé un nom de code, « Projet Panama », pour dissimuler sa méthode de numérisation destructive. Pourtant, l'entreprise a toujours nié avoir détruit des livres rares. Certaines entreprises d'IA, comme OpenAI et Microsoft, collaborent même avec des bibliothécaires pour préserver des livres anciens. Leur initiative ? Numériser environ 1 million de livres du domaine public, datant du XVᵉ siècle. D'autres, comme xAI d'Elon Musk, ont publiquement affirmé ne pas détruire de livres rares. Musk a même demandé à son équipe de préserver ces ouvrages et de les scanner « à la main », sans couper les reliures.

LES LIBRAIRES DÉTECTENT LES COMMANDES SUSPECTES

Les libraires commencent à repérer des commandes étranges. Alors qu'un acheteur sérieux se concentre généralement sur un ou deux livres précis, certaines commandes massives attirent l'attention. Par exemple, une librairie irlandaise, Kennys, a signalé une commande « folle » de 5 000 titres obscurs. Contrairement aux commandes universitaires ou aux achats de bibliothèques, cette commande n'a suscité aucune négociation sur le prix. un signe évident que l'acheteur pourrait être une entreprise d'IA.

LE PIÈGE DES COMMANDES MASSIVES : UNE MENACE POUR LES LIBRAIRIES

Certains libraires pourraient tirer profit à court terme de ces commandes massives, mais la plupart craignent que vendre à des entreprises d'IA qui détruisent ces collections ne soit « signer leur propre arrêt de mort ». Tomás Kenny, de Kennys Bookshop, explique : « L'IA terrifie notre industrie. » Il prévoit de refuser les commandes suspectes pour protéger les droits des auteurs et l'accès des lecteurs aux titres rares.

« Les libraires sont souvent en première ligne face à des dilemmes moraux, politiques ou éthiques. Dans la plupart des cas, ce n'est pas à moi de décider. Cependant, si une entreprise achète un livre dans le but de s'approprier sa propriété intellectuelle, alors Kennys ne veut pas en faire partie. »

LA RÉSISTANCE DES LIBRAIRES : UNE LUTTE POUR LA PRÉSERVATION

Face à la pression publique, les grandes entreprises d'IA pourraient finir par adopter des méthodes comme celle de l'Archive Internet, qui préservent les livres rares autant physiquement que numériquement. Mais l'alternative est terrifiante : des livres rares pourraient devenir encore plus rares, surtout pour ceux qui aiment le simple plaisir de tenir un vieux livre entre leurs mains.

LE SAVOIR-FAIRE D'UNE NUMÉRISEUSE : ELIZA ZHANG RACONTE

Eliza Zhang, qui numérise des livres depuis plus de dix ans, connaît la magie des ouvrages anciens. Parfois, elle s'arrête pour lire des passages des titres qu'elle scanne. Lorsqu'on lui demande ce qu'elle aime le plus dans son travail, elle répond avec la même passion que les amateurs de livres en librairie : « Tout . Je trouve tout intéressant. Je ne trouve pas ça ennuyeux. Chaque collection est importante pour moi. »

UN PATRIMOINE EN DANGER : POURQUOI ÇA NOUS CONCERNE

Derrière chaque livre rare se cache une partie de l'histoire de l'humanité. Ces ouvrages, fragiles et irremplaçables, ne sont pas de simples « données » à extraire et à jeter. Leur destruction menace non seulement notre patrimoine culturel, mais aussi la diversité des connaissances disponibles pour les générations futures.

La question n'est plus de savoir si les entreprises d'IA ont le Droit de numériser ces livres, mais comment le faire sans les détruire.

LES ENTREPRISES D'IA PEUVENT-ELLES CHANGER ?

Certaines entreprises, comme OpenAI et Microsoft, montrent la voie en collaborant avec des bibliothécaires pour préserver les livres anciens. D'autres, comme Anthropic, restent dans l'ombre. Pourtant, la pression publique et les scandales pourraient forcer l'industrie à adopter des méthodes plus respectueuses. La balle est dans leur camp : soit elles continuent à détruire des trésors littéraires, soit elles choisissent de les préserver, pour le bien de tous.

QUEL AVENIR POUR LES LIVRES RARES ?

Les libraires, les bibliothécaires et les amoureux des livres ne resteront pas les bras croisés. Ils continuent de surveiller les commandes suspectes et de refuser de participer à la destruction de notre patrimoine. Leur combat est aussi celui de la préservation de la culture et de l'histoire. La technologie doit servir la connaissance, pas la détruire.

CE QUE VOUS POUVEZ FAIRE POUR AGIR

Si vous êtes un libraire, refusez les commandes massives suspectes. Si vous êtes un lecteur, soutenez les librairies indépendantes et les initiatives de préservation comme l'Archive Internet. Et surtout, parlez-en autour de vous : plus les consciences s'éveilleront, plus la pression sur les entreprises d'IA sera forte.

Chaque livre compte. Chaque page compte. Chaque reliure compte.

EN RÉSUMÉ : LA BATAILLE POUR LES LIVRES RARES

La numérisation des livres anciens est une nécessité pour préserver notre patrimoine culturel. Mais cette tâche doit être réalisée avec respect et précaution, sans détruire les ouvrages physiques. Les entreprises d'IA ont le choix : continuer sur la voie de la destruction ou adopter des méthodes plus responsables, comme celle de l'Archive Internet. La préservation de notre histoire littéraire dépend de leurs décisions.

UN DERNIER MOT : LA MAGIE DES LIVRES ANCIENS

Malgré tout, il reste une lueur d'espoir. Des personnes comme Eliza Zhang rappellent pourquoi ces livres sont si précieux. « Tout m'intéresse . » dit-elle. Et c'est cette passion qui doit guider l'avenir de la numérisation. Les livres ne sont pas que des fichiers numériques : ce sont des objets chargés d'histoire, de souvenirs et d'émotions. Leur destruction est une perte inestimable pour l'humanité.

Sources :
  • Ars Technica

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