Neutron et New Glenn retardés, Rocket Lab se rend mobile, SpaceX étend ses bases. La guerre des lanceurs spatiaux entre dans une phase critique.

LA COURSE AUX FUSÉES ENTRE DANS UNE PHASE DÉCISIVE

La capacité de lancement dans le monde n’a jamais été aussi tendue. Entre les retards de Neutron de Rocket Lab, les problèmes persistants de New Glenn de Blue Origin, et les acquisitions massives de SpaceX, le secteur spatial vit une période de bouleversements sans précédent. Chaque acteur tente de prendre l’avantage, mais les défis techniques et financiers s’accumulent. Rocket Lab montre une flexibilité inédite, tandis que ArianeGroup sauve in extremis sa filiale MaiaSpace. Voici les dernières évolutions qui façonneront l’avenir des lanceurs en 2027.

ROCKET LAB SE REND MOBILE AVEC UN NOUVEAU SPACEPORT PORTATIF

Rocket Lab frappe fort cette semaine avec une mise à jour trimestrielle qui confirme sa transformation en un acteur bien plus large qu’un simple fournisseur de lancements. L’entreprise ne se contente plus d’envoyer des fusées dans l’espace : elle veut désormais les lancer n’importe où, n’importe quand. Pour y parvenir, elle a développé GHOST, un système de spatioport mobile révolutionnaire. Ce projet, baptisé officiellement « Global Hypersonic & Orbital Spaceport Technology », permet de transformer ses fusées Electron et HASTE en Outils capables de décoller depuis n’importe quel endroit, même les plus isolés.

Ce système répond à une demande précise d’un client de HASTE, une plateforme hypersonique suborbitale utilisée pour des missions critiques de sécurité nationale. Ce client a exprimé le besoin d’une mobilité accrue, et Rocket Lab a relevé le défi. Résultat : GHOST ouvre la voie à des campagnes de lancement multi-missions et à des interventions rapides, comme on le ferait avec une unité mobile de l’armée.

ALASKA, NOUVELLE BASE DE LANCEMENT POUR ROCKET LAB

Actuellement, Rocket Lab opère depuis deux sites : l’île du Nord en Nouvelle-Zélande, berceau de l’entreprise fondée par Peter Beck, et Wallops Island en Virginie. Mais l’aventure spatiale de l’entreprise s’étend désormais à l’Alaska. Le Pacific Spaceport Complex de l’État vient d’être ajouté à la liste des bases de lancement. Cette extension géographique s’inscrit dans la stratégie de mobilité de GHOST, qui permettra à Rocket Lab de couvrir encore plus de territoires et de répondre à des besoins spécifiques de clients militaires ou gouvernementaux.

Cette flexibilité inédite pourrait bien changer la donne dans un secteur où chaque gramme de charge utile compte, et où la rapidité de déploiement peut faire la différence entre une mission réussie et un échec coûteux.

ARIANEGROUP SAUVE MAIASPACE DE LA FAILLITE

ArianeGroup a évité de justesse la dissolution de sa filiale MaiaSpace, malgré une perte nette de 37,5 millions d’euros pour l’année 2025. Cette perte a fait plonger les fonds propres de l’entreprise sous la barre des zéro euros, passant d’un solde positif de 35,82 millions d’euros fin 2024 à un déficit de 823 375 euros. Les fonds propres représentent ce qui reste à une entreprise après avoir payé toutes ses dettes. Un chiffre négatif signifie que l’entreprise doit plus qu’elle ne possède.

« La plupart des startups spatiales perdent beaucoup d’argent, mais peu atteignent un tel niveau de déficit. »

Selon le droit français des sociétés, lorsque les fonds propres d’une entreprise tombent sous la moitié de son capital social, les actionnaires doivent décider si l’entreprise doit être dissoute ou continuer son activité. Lors d’une réunion le 25 juin 2026, ArianeGroup a choisi de ne pas dissoudre MaiaSpace, lui permettant de poursuivre ses préparatifs pour le premier vol de sa fusée Maia. Cependant, les poches d’ArianeGroup ne sont pas inépuisables, et la situation reste sous haute surveillance.

MAIASPACE : PRODUCTION EN HAUSSE, MAIS PAS ASSEZ DE VOLS

Malgré une production en augmentation, MaiaSpace n’a pas encore réussi à augmenter la fréquence de ses lancements. Kim, un porte-parole de l’entreprise, a confirmé que « la majorité du manifeste pour 2027 est déjà réservé », mais a refusé de préciser le nombre exact de missions prévues pour l’année. Interrogé sur la cadence de lancement projetée pour 2027, il a simplement répondu : « Nous ne donnerons pas de prévisions pour 2027. »

Depuis septembre 2021, la fusée Alpha n’a effectué que sept lancements. Un rythme qui interroge sur la capacité de MaiaSpace à tenir ses engagements commerciaux dans les années à venir.

VIRGIN GALACTIC PRÊT À DÉVOILER LE NOM DE SA NOUVELLE FUSÉE

Alors que Virgin Galactic approche du moment où elle pourra baptiser sa première fusée de nouvelle génération, conçue pour emmener des clients en vols suborbitaux, un élément crucial manque encore : son nom. La structure de « Delta-1 », première de cette nouvelle série, a été achevée plus tôt cette année et transportée de son hangar d’assemblage à son hangar de test et de lancement en Arizona. Comme son prédécesseur SpaceShipTwo, les fusées Delta pourront transporter jusqu’à six personnes.

Le prochain jalon pour Virgin Galactic consistera à dévoiler la livrée de Delta-1, y compris son nom, avant de livrer le premier véhicule au Spaceport America au Nouveau-Mexique, où débuteront les tests en vol. Michael Colglazier, PDG de Virgin Galactic, a déclaré dans un communiqué publié mercredi : « Notre premier vaisseau devrait entrer en service commercial en février 2027. » Un calendrier à prendre avec prudence, mais qui laisse entrevoir l’ambition de l’entreprise. Le public est même invité à voter pour choisir le nom parmi quatre options : Horizon, Explorer, Ascend ou Apeiron.

RFA ONE : UN PROBLÈME DE RÉSERVOIR RETARDE LE PREMIER VOL

Rocket Factory Augsburg (RFA), dont le principal actionnaire est OHB, reste confiant quant à la réalisation de son premier vol orbital cette année, malgré un contretemps lors des tests en juillet. Lors d’un appel aux résultats le 6 août, Marco Fuchs, PDG d’OHB, a expliqué que les ingénieurs devaient « examiner les réservoirs » de la fusée. « Il y avait un problème avec le réservoir, et comme c’était incertain, l’équipe a décidé de l’inspecter de plus près », a-t-il déclaré.

RFA avait initialement prévu un lancement en août, mais le retour de la fusée dans son hangar et l’ouverture du réservoir ont révélé un dysfonctionnement. Fuchs a indiqué que la fusée serait bientôt de retour sur la plateforme, mais sans préciser de date exacte. « Le premier vol d’essai est toujours prévu pour la fin de cette année », a-t-il affirmé. « Nous espérons que les derniers défis restants seront relevés dans les jours et semaines à venir. » L’attente est désormais de mise.

UNE FUSÉE CHINOISE EXPLOSE EN VOL

L’une des fusées les plus utilisées en Chine, la Long March 7A, a explosé un peu plus d’une minute après son décollage lundi soir, heure locale. La charge utile de ce lanceur moyen était classée, mais on suppose qu’il s’agissait d’un satellite de communications militaires. Le décollage depuis le Wenchang Space Launch Site semblait nominal, mais des vidéos capturées par le public ont révélé que le premier étage de la fusée explosait environ 1 minute et 20 secondes après le lancement.

« Le haut de la fusée s’est détaché en vol. »

Développée par la China Aerospace Science and Technology Corporation et exploitée par l’agence spatiale nationale, la Long March 7A n’a pas encore reçu de commentaire officiel sur les causes de l’explosion. Des vidéos ultérieures semblent montrer que le sommet de la fusée s’est brisé en plein vol. D’après le timing de l’explosion, celle-ci est survenue pendant la phase de vol du premier étage, probablement au moment de la pression dynamique maximale, lorsque la fusée accélère dans les couches basses de l’atmosphère.

NEUTRON : LE PREMIER VOL REPORTÉ À 2027

Rocket Lab a prévenu que les chances de lancer sa fusée Neutron pour la première fois avant la fin de l’année « s’amenuisent », malgré les progrès réalisés sur le véhicule. Peter Beck, PDG de Rocket Lab, a expliqué lors d’un appel : « Comme pour tout programme de développement complexe, nous avons dû ajuster quelques éléments en cours de route, mais nous entrons maintenant dans la phase finale de vérification et d’assemblage de tous nos équipements de vol avant de les intégrer sur la plateforme. »

Les travaux en cours sur les deux étages de la fusée, ses moteurs et autres systèmes « correspondent à notre objectif de livrer Neutron sur la plateforme au quatrième trimestre 2026 », a-t-il ajouté. Même si les étages parviennent sur la plateforme au dernier trimestre de cette année, ils devront encore être intégrés et subir des tests supplémentaires. C’est souvent lors de cette phase finale que des problèmes sont découverts. Pour cette raison, on peut affirmer avec certitude que Neutron ne décollera pas cette année. 2027 est plausible, mais pas garanti.

ROCKETDYNE RENAÎT COMME ENTREPRISE INDÉPENDANTE

Rocketdyne fait son retour en tant qu’entreprise indépendante après que AE Industrial Partners a finalisé l’acquisition des unités de propulsion, d’alimentation et d’électronique spatiales de L3Harris Technologies. Cette renaissance ne ressemblera pas à l’ancienne Aerojet Rocketdyne, héritée par L3Harris il y a trois ans. Cette dernière combinait moteurs-fusées solides, moteurs de lancement et systèmes spatiaux sous un même toit.

Les technologies de propulsion de missiles, les moteurs-fusées solides et les technologies hypersoniques restent dans la division Missile Solutions de L3Harris, qui prévoit de la rendre publique. Le moteur RS-25, utilisé sur l’étage principal du Space Launch System de la NASA, a également été exclu de la vente et reste entièrement détenu par L3Harris. Rocketdyne se concentrera désormais sur les moteurs de véhicules de lancement, la propulsion spatiale, l’électronique spatiale et les systèmes d’alimentation nucléaire. Son produit le plus connu reste le moteur RL-10 pour l’étage supérieur, utilisé par les fusées Atlas V et Vulcan d’United Launch Alliance.

BLUE ORIGIN IDENTIFIE LA CAUSE DE L’ÉCHEC DE NEW GLENN

Blue Origin a fourni sa première mise à jour substantielle sur les causes de la perte catastrophique de la fusée New Glenn et de la majorité de son infrastructure de lancement au Cape Canaveral en Floride, en mai. Dave Limp, PDG de l’entreprise, a confirmé les spéculations selon lesquelles le problème venait de l’un des sept moteurs BE-4 qui propulsent le premier étage du véhicule.

« L’anomalie est partie de la vanne principale d’oxygène sur l’un des moteurs BE-4, ce qui a été confirmé par la récupération et l’inspection du matériel », a déclaré Limp. Il a ajouté que la voie à suivre est « claire » alors que Blue Origin travaille à un retour en vol de New Glenn avant la fin de l’année. Cette transparence est appréciable, mais la déclaration de Limp montre aussi que l’entreprise n’a pas encore identifié la cause racine du problème.

Un point positif, mais des zones d’ombre persistent. La fiabilité des moteurs BE-4, déjà mise en cause dans le passé, reste un sujet de préoccupation majeur pour Blue Origin.

SPACEX VA ACQUÉRIR 130 000 HECTARES DE MARAIS EN LOUISIANE

SpaceX et l’État de Louisiane sont proches de finaliser un accord pour que la société de lancement acquière environ 130 000 acres (soit plus de 52 000 hectares) le long de la côte nord du golfe du Mexique. Cet accord donnerait à SpaceX le contrôle d’une bande de marais de 18 miles (près de 29 kilomètres) au sud-ouest de Lafayette. Ce site, connu sous le nom de Pecan Island, est devenu disponible dans le cadre d’un règlement judiciaire qui résout des dizaines de poursuites accusant ExxonMobil de pollution et de perte de terres côtières.

BLUE ORIGIN PRÉPARE DEUX PAD DE LANCEMENT POUR NEW GLENN

En mai, l’explosion de la fusée New Glenn a détruit le Launch Complex 36A au Cape Canaveral Space Force Station en Floride. Dans les semaines qui ont suivi l’anomalie, Blue Origin avait annoncé son intention de restaurer ce pad pour les opérations de New Glenn dès que possible. Jeudi, l’entreprise a révélé qu’elle allait aussi développer rapidement un pad de lancement plus grand sur le Launch Complex 36B voisin.

Ce nouveau pad servira de base opérationnelle pour la version New Glenn 9×4 (neuf moteurs du premier étage, quatre du second), tandis que le LC-36A restera le site opérationnel pour la version plus petite New Glenn 7×2, celle qui a explosé plus tôt cette année. Parmi les infrastructures supplémentaires prévues figurent un nouveau Vertical Integration Facility pour le véhicule 9×4 et un Payload Processing Facility. Construit en partenariat avec le gouvernement américain, ce dernier site supportera les deux variantes de New Glenn.

LA CAPACITÉ DE LANCEMENT RESTE UN ENJEU CRUCIAL

« Nous n’avons jamais vu la capacité de lancement aussi contrainte. » Cette phrase résume à elle seule l’état du secteur spatial en 2026. Entre les retards des nouveaux lanceurs, les échecs en vol et les acquisitions massives de terrains, chaque acteur tente de sécuriser sa place dans une course où les enjeux sont colossaux. Les fusées Neutron, New Glenn et Maia sont au cœur des stratégies, mais leurs retards pourraient bien donner un avantage à SpaceX, qui étend son emprise sur le sol américain.

La mobilité de Rocket Lab avec GHOST et la résilience d’ArianeGroup avec MaiaSpace montrent que l’innovation et la flexibilité seront déterminantes pour survivre dans ce paysage ultra-concurrentiel. Quant à Virgin Galactic, son calendrier pour 2027 dépendra de la capacité de ses nouveaux vaisseaux Delta à tenir leurs promesses.

QUELLE STRATÉGIE VA PRENDRE L’AVANT EN 2027 ?

Trois scénarios se dessinent pour les années à venir. Le premier voit SpaceX dominer grâce à ses lancements massifs de Starship et à son acquisition de terrains en Louisiane, lui permettant de multiplier les sites de lancement. Le deuxième scénario mise sur Rocket Lab et sa fusée Neutron, dont le premier vol en 2027 pourrait rebattre les cartes si le lanceur tient ses promesses de réutilisabilité et de flexibilité. Enfin, Blue Origin pourrait surprendre avec New Glenn, à condition de résoudre définitivement les problèmes de ses moteurs BE-4 et de tenir son calendrier de deux pads de lancement.

Une chose est sûre : la course aux fusées ne fait que commencer, et chaque retard, chaque échec, chaque innovation peut changer la donne du jour au lendemain. Les prochains mois seront décisifs pour savoir qui émergera comme le leader incontesté du spatial en 2027.

Sources :
  • Ars Technica

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