Une ancienne plateforme de photos devient le fournisseur officiel de données pour les géants de l'intelligence artificielle. Avec 23 millions de dollars levés et 700 000 artistes dans ses rangs, l'entreprise mise tout sur le nouveau pétrole de l'ère numérique.
LE VIEUX MODÈLE EN PÉRIL : LES MARCHÉS CRÉATIFS SE TRANSFORMENT
Depuis quelques années, les plateformes créatives comme les banques d'images ou de vidéos ont réalisé une chose : elles possèdent un gisement de données inestimable. Ces données, autrefois utilisées pour vendre des photos ou des designs, peuvent désormais servir à deux choses : entraîner des modèles d'intelligence artificielle ou générer des revenus en les louant à d'autres laboratoires. Wirestock, qui aidait auparavant les photographes à vendre leurs clichés sur des sites comme Shutterstock, a choisi la seconde option. L'entreprise a complètement changé de business model en 2023 pour devenir un fournisseur de données multimodales.
DES ARTISTES À LA DEMANDE : 700 000 CRÉATEURS MOBILISÉS
Wirestock affirme que sa plateforme compte désormais plus de 700 000 artistes et designers qui accomplissent des tâches de collecte de données. Ces contributeurs, comparables à des freelances sur des plateformes comme Fiverr, réalisent des missions spécifiques pour enrichir les bases de données de l'entreprise. Mikayel Khachatryan, cofondateur et PDG de Wirestock, précise que la transition vers ce nouveau modèle a été transparente : les artistes ont eu la possibilité de refuser que leurs œuvres soient utilisées pour alimenter les bases de données destinées à l'IA. En 2022, la plateforme comptait plus de 100 000 photographes, mais Khachatryan n'a pas précisé combien avaient finalement basculé dans ce nouveau rôle de fournisseur de données. Il s'est contenté d'indiquer que « la majorité » l'avait fait.
UNE CROISSANCE EXPONENTIELLE GRÂCE AUX DEMANDES PERSONNALISÉES
Au début, Wirestock se contentait de vendre des jeux de données prêts à l'emploi, comme sa bibliothèque existante. Mais rapidement, les demandes personnalisées de contenu et de données ont explosé. « Cela a créé de nouvelles opportunités pour les créateurs, et la plateforme a décollé », explique Khachatryan. L'entreprise a ainsi transformé une simple plateforme de vente d'images en un acteur clé de l'écosystème de l'IA, en répondant aux besoins spécifiques des laboratoires qui cherchent à entraîner leurs modèles.
23 MILLIONS DE DOLLARS POUR CONQUÉRIR LE MARCHÉ DES DONNÉES
Wirestock a annoncé jeudi avoir levé 23 millions de dollars en série A pour développer son activité de fournisseur de données. Ce tour de table a été mené par Nava Ventures, avec la participation de SBVP (cofondé par Sheryl Sandberg), Formula VC et I2BF Ventures. Cette levée de fonds porte le capital total de l'entreprise à environ 26 millions de dollars. L'objectif ? Accélérer la croissance de cette nouvelle activité et renforcer les équipes dédiées à la Recherche, à l'ingénierie et au produit.
DES CHIFFRES QUI PARLENT : 40 MILLIONS DE DOLLARS DE REVENUS ANNUELS
Wirestock fournit actuellement des données multimodales à six des plus grands créateurs de modèles de base (foundation models), bien que le PDG refuse de les nommer. L'entreprise affiche déjà un chiffre d'affaires annuel de 40 millions de dollars et a versé 15 millions de dollars à ses contributeurs jusqu'à présent. Pour réussir cette transition, Wirestock a dû former une partie de ses équipes à l'annotation et à l'étiquetage précis des données, une étape cruciale pour les rendre exploitables par les laboratoires d'IA. Elle a également dû constituer des équipes commerciales et dédiées aux entreprises pour convaincre les hyperscalers et développer des actifs créatifs dans des domaines comme la modélisation 3D.
UNE PLATEFORME SÉLECTIVE : QUALITÉ AVANT TOUT
Pour rejoindre Wirestock, les photographes, vidéastes et illustrateurs doivent passer par une étape de vérification. Ils doivent d'abord compléter une tâche non rémunérée qui sert de test de qualité. Une fois acceptés, leurs contributions sont évaluées à la fois par des humains et par des outils d'intelligence artificielle. La plateforme utilise un mélange d'IA et de relectures humaines pour garantir la qualité de toutes les données fournies. Wirestock mise aussi sur le marketing par email et des programmes de parrainage pour attirer de nouveaux contributeurs.
LA RUÉE VERS L'OR DES DONNÉES : UN MARCHÉ EN FEU
La demande en services de fourniture de données est en pleine explosion. Les laboratoires d'IA se livrent une course effrénée pour améliorer leurs modèles, et des entreprises comme Surge, Scale AI et Mercor ont bâti des empires valant des dizaines de milliards de dollars en répondant à cette demande. Une vague de nouvelles startups, comme Micro1, Human Archive et Human Native AI, travaille également avec les principaux créateurs de modèles d'IA. Wirestock, elle, se concentre sur les données destinées à des cas d'usage créatifs, comme la génération d'images et de vidéos. L'entreprise explore également d'autres modalités, comme l'audio et la musique.
UNE VISION STRATÉGIQUE : DES DONNÉES POUR DES TÂCHES CONCRÈTES
Freddie Martignetti, fondateur de Nava Ventures, explique que son fonds cherchait depuis longtemps une startup innovant dans l'acquisition et le raffinement des données, bien avant de découvrir Wirestock. « Wirestock a une compréhension profonde des besoins des modèles de base et des hyperscalers en matière de données multimodales, pour créer des systèmes plus humains. Le socle de notre thèse était que les données multimodales seront de plus en plus importantes, non seulement pour créer des images ou des vidéos, mais aussi pour que les modèles accomplissent des tâches réelles dans le monde », précise-t-il. Wirestock emploie actuellement 60 personnes et prévoit d'utiliser les nouveaux fonds pour recruter dans les domaines de la recherche, de l'ingénierie et du produit. L'entreprise développe également un logiciel d'entreprise pour permettre aux laboratoires d'IA de collaborer sur les jeux de données.
DES ARTISTES AUX PREMIÈRES LOGES : UN MODÈLE QUI FAIT DÉBAT
Le modèle de Wirestock soulève des questions sur l'utilisation des œuvres des artistes. Bien que la plateforme ait offert la possibilité de refuser l'utilisation des données pour l'IA, le fait que la majorité des contributeurs aient accepté ce changement interroge. Les artistes, autrefois rémunérés par la vente de leurs créations, deviennent désormais des fournisseurs de données, une activité qui peut sembler moins valorisante. Cependant, Wirestock met en avant les nouvelles opportunités créées pour ces contributeurs, notamment grâce aux demandes personnalisées de contenu.
UNE TRANSITION RÉUSSIE MAIS RISQUÉE
Le passage d'une plateforme de vente d'images à un fournisseur de données pour l'IA n'a pas été sans défis. Wirestock a dû former ses équipes à de nouvelles compétences, comme l'annotation et l'étiquetage de données, et construire des équipes commerciales pour cibler les hyperscalers. L'entreprise a également dû adapter son infrastructure pour gérer des jeux de données plus complexes, notamment dans des domaines comme la 3D ou l'audio. Malgré ces obstacles, la croissance rapide de l'entreprise et son chiffre d'affaires annuel de 40 millions de dollars montrent que le pari est réussi.
L'AVENIR : DES DONNÉES POUR TOUT ET POUR TOUS
Wirestock ne compte pas s'arrêter là. L'entreprise explore de nouvelles modalités de données, comme l'audio et la musique, et développe des outils logiciels pour faciliter la collaboration entre les laboratoires d'IA et ses contributeurs. Avec 60 employés et une levée de fonds de 23 millions de dollars, Wirestock est bien partie pour devenir un acteur incontournable de l'écosystème des données créatives pour l'IA. Son succès dépendra cependant de sa capacité à maintenir la qualité de ses données et à répondre aux attentes des laboratoires d'IA, tout en garantissant une rémunération équitable à ses contributeurs.
LE NOUVEAU PÉTROLE DE L'IA : UNE MANNE OU UNE MENACE ?
Les données créatives sont devenues le nouveau pétrole de l'ère numérique. Wirestock, avec ses 700 000 artistes et ses 40 millions de dollars de revenus annuels, illustre parfaitement cette tendance. Mais cette manne financière soulève des questions éthiques : jusqu'où les plateformes peuvent-elles aller dans l'exploitation des œuvres des artistes ? Et comment garantir que ces derniers tirent profit de cette nouvelle économie des données ? Une chose est sûre : l'IA a besoin de ces données pour progresser, et les plateformes comme Wirestock sont là pour les fournir. Reste à savoir si cette symbiose sera équitable pour tous.
- TechCrunch AI
L'indépendance de CLODCO est votre garantie.
Pour que l'actualité de l'IA reste sans filtre et sans concession, votre soutien est indispensable. Votre contribution est le seul moteur de notre liberté éditoriale.
Soutenir CLODCO

