Le lobby américain du câble demande à la FCC d’assouplir son interdiction des routeurs étrangers. Risque de pénurie de mémoire et de substrats : des millions d’abonnés pourraient perdre leur connexion.
LE LOBBY DU CÂBLE MET LA PRESSION SUR LA FCC
L’association NCTA — qui représente les principaux fournisseurs d’accès internet et de télévision par câble aux États-Unis — vient de déposer une demande officielle auprès de la FCC (la commission fédérale des communications). Son objectif ? Obtenir une déroge accélérée pour contourner l’interdiction des routeurs fabriqués à l’étranger. Sans cette autorisation, les opérateurs risquent de ne plus pouvoir produire ni vendre de nouveaux modèles de routeurs, menaçant la disponibilité du haut débit pour des millions d’Américains.
UNE INTERDICTION QUI TOUCHE TOUS LES ROUTEURS GRAND PUBLIC
En mars dernier, la FCC a ajouté tous les routeurs grand public fabriqués au moins en partie à l’extérieur des États-Unis à sa liste des équipements interdits. Cette mesure, appelée Covered List, vise à limiter les risques pour la sécurité nationale. Résultat : presque tous les routeurs disponibles sur le marché américain sont désormais concernés. Impossible d’importer ou de vendre de nouveaux modèles sans violer cette règle.
UNE DÉROGE POUR ÉVITER LE CHAOS : CHANGER DES COMPOSANTS SANS TOUT RECONSTRUIRE
Dans sa demande, le NCTA explique que les fournisseurs pourraient remplacer certains matériaux de substrat et modules mémoire dans les routeurs déjà certifiés par la FCC. L’idée ? Continuer à produire des modèles approuvés avant l’ajout des routeurs étrangers à la liste noire. Ces modifications n’affecteraient pas le fonctionnement des appareils et ne remplaceraient pas des composants américains par des étrangers. Mais sans cette autorisation, la production s’arrêterait net.
LES PÉNURIES DE MÉMOIRE ET DE SUBSTRATS METTENT LA PRODUCTION EN DANGER
Le NCTA précise que les fournisseurs de ses membres font face à des délais d’attente très longs pour trouver des alternatives aux mémoires nécessaires dans les routeurs. Même problème pour les substrats semi-conducteurs, des composants essentiels pour fabriquer des puces électroniques. La pénurie touche toute l’industrie, pas seulement les opérateurs de câble.
Le NCTA souligne que la demande en substrats explose à cause de l’intelligence artificielle, qui réclame toujours plus de ressources. Résultat : des retards de production et des contraintes dans les chaînes d’approvisionnement. Sans solution, des millions de routeurs pourraient ne plus être fabriqués, privant des abonnés de leur connexion internet.
L’EXEMPLE D’AT&T : UNE DÉROGE ACCORDÉE POUR ÉVITER LA CATASTROPHE
Le mois dernier, la FCC a accordé une déroge d’un an aux fournisseurs d’AT&T, leur permettant de faire des changements similaires. Le NCTA estime que ses membres sont dans la même situation qu’AT&T. « Les fournisseurs du NCTA sont dans une situation comparable à celle des fournisseurs d’AT&T », peut-on lire dans la demande. Sans cette autorisation, les opérateurs de câble ne pourraient plus produire de nouveaux routeurs, ni même mettre à jour ceux déjà en vente.
POURQUOI LA FCC VEUT RAPPROCHER LA FABRICATION AUX ÉTATS-UNIS
La FCC pousse les entreprises à relocaliser la production de routeurs sur le territoire américain. Mais le NCTA rappelle que l’industrie est bloquée par des pénuries impossibles à résoudre du jour au lendemain. Les fournisseurs d’AT&T et du NCTA subissent les mêmes problèmes : des délais trop longs pour trouver des substrats et des mémoires compatibles. Sans cette dérogation, impossible de continuer à produire des routeurs certifiés.
« Les pénuries de substrats et de mémoires sont inévitables et limitent toute l’industrie. La dérogation demandée est justifiée par l’urgence et les dommages concrets qui résulteraient d’une interruption du haut débit pour des millions d’Américains. » — NCTA
LES ROUTEURS PEUVENT ENCORE ÊTRE MISES À JOUR… JUSQU’EN 2029
La FCC a autorisé, le mois dernier, les mises à jour logicielles et firmware des routeurs existants jusqu’au 1er janvier 2029. Cette règle s’applique aux changements de classe I et II, considérés comme mineurs. Les changements plus importants (classe III) restent soumis à un examen plus strict pour vérifier leur conformité aux règles de sécurité.
AT&T a obtenu le Droit pour ses fournisseurs de faire des changements matériels de classe I et II. Ces modifications permettent de remplacer certains composants de substrat dans les designs existants, ou de changer la mémoire utilisée. Mais pour les autres opérateurs, ces changements restent interdits.
AVANT L’INTERDICTION : DES CHANGEMENTS FACILES À FAIRE
Avant que les routeurs fabriqués à l’étranger ne soient ajoutés à la Covered List, les opérateurs de câble pouvaient remplacer des composants sans demander d’autorisation spéciale. Par exemple, passer d’une mémoire de 32 Go à 64 Go eMMC était considéré comme un changement de classe I, car il n’affectait pas les performances et ne nécessitait aucune modification du matériel. Aujourd’hui, ces changements sont interdits.
LA PROCÉDURE POUR IMPORTER DE NOUVEAUX ROUTEURS : UN CASSE-TÊTE BUREAUCRATIQUE
Pour importer et vendre de nouveaux modèles, les fabricants doivent demander une autorisation conditionnelle. Ils doivent justifier l’utilisation de composants étrangers et fournir un plan détaillé pour relocaliser la production aux États-Unis. Cette procédure implique plusieurs organismes, dont le Département de la Défense ou la Sécurité intérieure, qui doivent certifier que le routeur ne présente pas de risque pour la sécurité nationale.
Des entreprises comme Netgear ou Eero (filiale d’Amazon) ont déjà obtenu ces autorisations. En revanche, les fabricants chinois auront probablement plus de difficultés à obtenir des exemptions. Cette procédure ajoute une couche de bureaucratie supplémentaire pour les entreprises qui veulent mettre à jour leurs produits ou importer de nouveaux modèles.
LE NCTA VEUT ÉVITER DES COUPURES BRUTALES POUR DES MILLIONS D’ABONNÉS
Le NCTA insiste sur l’urgence de sa demande. Sans cette dérogation, les fournisseurs de ses membres ne pourront plus produire de routeurs certifiés, ce qui entraînerait des coupures brutales pour des millions d’abonnés. « La dérogation demandée permettrait de continuer à produire les appareils existants à court terme, le temps que les membres du NCTA obtiennent leurs autorisations conditionnelles. Elle vise à éviter des perturbations soudaines qui nuiraient à des millions de consommateurs américains. » — NCTA
UNE SITUATION QUI CONCERNE TOUTE L’INDUSTRIE
Le problème ne touche pas que les opérateurs de câble. Les fabricants de drones ou d’autres équipements électroniques sont aussi concernés par cette procédure d’autorisation. Chaque mise à jour de produit ou importation de nouveau modèle doit passer par un labyrinthe administratif, ce qui ralentit toute l’industrie.
Le NCTA espère que sa demande sera traitée rapidement pour éviter une crise majeure. Sans solution, des millions d’Américains pourraient se retrouver sans connexion internet, simplement parce que les composants nécessaires ne sont plus disponibles.
- Ars Technica
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