En 2026, Anthropic a utilisé 336 fois le mot « risque » dans ses communications. OpenAI, seulement 30 fois. La différence a coûté cher à l'entreprise : un embargo américain sur ses modèles Mythos et Fable.
En 2026, l’entreprise Anthropic a publié cinq fois plus de messages parlant de dangers, de régulation ou de restrictions que son concurrent OpenAI. Selon une analyse du Financial Times, sur 1 000 mots publiés par Anthropic, cinq évoquaient ces sujets. Pour OpenAI, ce chiffre tombait à 0,6 mot tous les 1 000 mots. Une différence énorme qui a pris une tournure politique après que Washington a décidé, la semaine dernière, d’interdire aux étrangers l’accès aux modèles les plus récents d’Anthropic : Mythos et Fable.
LE POIDS DES MOTS : UNE GUERRE DE COMMUNICATION
Pour arriver à ce résultat, les journalistes du Financial Times ont créé des listes de mots comme « dangereux », « nuisible » ou « mal aligné ». Ils ont ensuite compté combien de fois ces termes apparaissaient dans les déclarations officielles, les posts sur les réseaux sociaux ou les articles signés par Anthropic ou son PDG, Dario Amodei. Le même exercice a été fait pour OpenAI et son patron, Sam Altman.
Cette comparaison a pris une dimension politique après que l’administration américaine a bloqué l’accès à Mythos et Fable pour les étrangers. Certains techniciens accusent directement Anthropic d’avoir déclenché cette décision en multipliant les alertes sur les dangers de l’IA, surtout autour de Mythos.
« ON RÉCOLTE CE QUE L'ON SÈME » : LA RÉACTION DES EXPERTS
Yann LeCun, ancien responsable scientifique de l’IA chez Meta et pionnier du domaine, a commenté cette situation dans un post sur les réseaux sociaux. Pour lui, les mises en garde répétées d’Amodei sur les dangers de l’IA ont fini par payer. « On récolte ce que l’on sème », a-t-il écrit. Une phrase qui résume bien la situation : les alertes d’Anthropic auraient directement influencé la décision américaine.
Cette affaire inquiète aussi une partie de l’Europe et de la Silicon Valley. Les dirigeants et responsables craignent que l’administration Trump soit prête à restreindre encore plus l’accès aux modèles d’IA les plus avancés pour les non-Américains. Cette décision pourrait devenir un test précoce de la façon dont les États-Unis comptent superviser les modèles d’IA de plus en plus puissants.
ANTHROPIC : LE CONSCIENCE DE L'INDUSTRIE ?
Depuis des années, Anthropic se présente comme la « conscience » de l’industrie de l’IA. L’entreprise publie régulièrement des rapports et des déclarations sur les dangers potentiels de cette technologie. Elle appelle aussi souvent à une intervention plus forte des gouvernements.
Quelques jours avant l’embargo, Dario Amodei a publié un long billet sur son site personnel. Il y expliquait que les régulateurs agissaient trop lentement face à l’IA. « Ces derniers mois… les preuves de la puissance incroyable de l’IA, ainsi que de ses risques, sont devenues indéniables », écrivait-il. Il ajoutait que Mythos représentait des « risques très réels pour la cybersécurité », avec des dangers pour la sécurité financière, les infrastructures critiques et la sécurité nationale.
L’analyse du Financial Times a aussi révélé qu’Anthropic a adouci son discours depuis 2023, au fur et à mesure que ses Outils gagnaient en popularité. L’utilisation de mots liés aux risques et à la régulation a été divisée par deux par rapport à la même période en 2023.
Malgré tout, les données montrent que les communications publiques d’Anthropic, bien que globalement positives, restent moins optimistes que celles d’OpenAI.
MYTHOS : UN MODÈLE D'IA SOUS HAUTE SURVEILLANCE
Anthropic présente Mythos comme un modèle capable de découvrir des failles critiques en cybersécurité. Au début, l’entreprise avait limité son accès à certaines organisations américaines pour des raisons de sécurité. Avant de le rendre plus largement disponible plus tôt ce mois-ci, Anthropic travaillait avec des responsables gouvernementaux pour un déploiement contrôlé.
La couverture médiatique de Mythos, annoncé en avril, a été bien plus importante que celle des autres modèles sortis cette année. Selon les données d’AlphaSense, les mentions de Mythos dans les médias ont explosé après son annonce, puis encore cette semaine, à la suite de l’embargo.
LE GOUVERNEMENT AMÉRICAIN SOUS PRESSION
Certains acteurs de l’industrie critiquent la façon dont Anthropic a géré les discussions avec le gouvernement sur ses nouveaux modèles. David Sacks, ancien responsable de l’IA pour le gouvernement américain, a écrit sur X (ex-Twitter) qu’un « partenaire fiable » avait proposé à l’administration une solution pour contourner les garde-fous placés sur Fable. Selon lui, Anthropic aurait minimisé ces inquiétudes, forçant le gouvernement à imposer l’embargo « à contrecœur ».
Cet embargo s’ajoute à des tensions publiques entre Anthropic et des figures importantes du gouvernement sur des sujets comme l’utilisation de ses technologies dans la surveillance intérieure ou les armes autonomes létales. En février, le Pentagone avait même classé Anthropic comme un « risque pour la chaîne d’approvisionnement » en matière de sécurité nationale. Les deux parties sont actuellement en litige à ce sujet.
L'OPINION PUBLIQUE AMÉRICAINE SOUTIENT LA RÉGULATION
Des recherches montrent que la décision récente du gouvernement pourrait correspondre à l’opinion publique américaine. Un sondage YouGov a révélé que la majorité des personnes interrogées estimaient que la régulation efficace était importante, même si cela ralentissait les avancées technologiques.
Emmanuel Macron, président français, a déclaré cette semaine que le conflit autour d’Anthropic avait « clarifié les enjeux » pour les États-Unis et leurs alliés du G7. Il a appelé à une « régulation plus forte de l’intelligence artificielle » et a mis en garde contre le risque de « non-coopération entre les démocraties ».
UNE DÉCISION QUI FAIT DÉBAT
La question reste ouverte : les alertes répétées d’Anthropic sur les dangers de l’IA ont-elles vraiment influencé la décision américaine ? Ou bien cette interdiction était-elle inévitable, quelle que soit la communication d’Anthropic ? Une chose est sûre : cette affaire montre à quel point les mots et les mises en garde peuvent avoir des conséquences imprévues, surtout dans un domaine aussi sensible que l’IA.
- Ars Technica
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