Une machine ultra-secrète d’ASML, seule capable de fabriquer les puces les plus avancées, serait en Chine selon Washington. L’entreprise néerlandaise clame son innocence, mais les tensions montent.
UN OUTIL IRREMPLAÇABLE POUR L’IA : LA MACHINE QUI FAIT TOUT TREMBLER
Imaginez une machine capable de graver des circuits si petits qu’on en mettrait des millions sur une tête d’épingle. Sans elle, impossible de fabriquer les puces qui font tourner nos smartphones, nos ordinateurs ou les serveurs de l’intelligence artificielle. C’est précisément ce outil que l’entreprise néerlandaise ASML produit depuis deux décennies : une machine à lithographie extrême ultraviolet (EUV). Selon le gouvernement américain, l’une de ces machines aurait quitté les Pays-Bas pour la Chine, en violation des règles d’exportation en vigueur depuis l’administration Trump.
LE GOUVERNEMENT AMÉRICAIN POSE UNE QUESTION TERRIFIANTE
Howard Lutnick, secrétaire au Commerce des États-Unis, a récemment alerté des dirigeants d’ASML : selon lui, des composants et équipements liés à l’EUV auraient été expédiés en Chine. Pourtant, ni les autorités américaines ni Bloomberg n’ont pu obtenir la moindre preuve tangible. ASML, de son côté, affirme avec force qu’aucune machine EUV n’a jamais foulé le sol chinois. Le département du Commerce n’a pas répondu aux questions de Bloomberg sur l’existence d’une preuve concrète.
POURQUOI CETTE MACHINE EST-ELLE SI CRUCIALE ?
ASML est une entreprise méconnue du grand public, pourtant elle est devenue l’un des piliers invisibles de la révolution de l’IA. Sans ses machines EUV, impossible de produire les puces les plus performantes, comme celles qui équipent les processeurs de Nvidia ou les puces d’Apple. Ces machines, fruit de vingt ans de Recherche et de milliards d’investissements, n’ont aucun équivalent dans le monde. ASML est aujourd’hui la société la plus valorisée d’Europe, avec une capitalisation boursière approchant les 700 milliards de dollars, dopée par la demande insatiable en puces pour l’IA.
LE PDG D’ASML RÉPOND AVEC FERMETÉ
Christophe Fouquet, le PDG d’ASML, a été interrogé par le média avant même que l’affaire n’éclate. Il explique que chaque machine livrée est soit utilisée par un client sous surveillance, soit démontée et retournée à l’entreprise. Pour éviter tout risque de fuite, ASML a mis en place un mur de protection interne : les employés ayant accès aux technologies EUV sont strictement séparés de ceux qui n’y ont pas droit. Les salariés basés en Chine, eux, sont de fait exclus de cette technologie sensible. Fouquet souligne aussi que 80 % de l’EUV existait déjà grâce à des décennies de savoir-faire, mais que la véritable innovation — générer de la lumière EUV — a pris à elle seule vingt ans. Impossible, selon lui, de reproduire une machine que personne en Chine n’a jamais vue.
UNE LOGIQUE COMMERCIALE QUI JOUE CONTRE LES ACCUSATIONS
ASML vend bien des machines moins avancées, dites à lithographie ultraviolet profonde (DUV), en Chine depuis une décennie. Mais le PDG précise que cette stratégie est calculée : elle permet de maintenir une distance technologique suffisante pour que les clients chinois restent dépendants d’ASML, tout en évitant de créer un concurrent direct. En 2026, environ 20 % du chiffre d’affaires de l’entreprise devrait provenir de ces ventes autorisées à la Chine. Risquer la perte du marché chinois en vendant illégalement une machine EUV reviendrait à saboter son propre monopole.
LES PREUVES MANQUENT, MAIS LES SUSPICIONS PERSISTENT
Pour l’instant, le gouvernement américain n’a pas rendu public les éléments qui étayeraient ses accusations. Il est donc prématuré de conclure à une faute d’ASML. Les autorités n’ont pas non plus confirmé si elles disposaient d’une preuve impliquant une machine EUV complète en Chine, et non simplement des composants.
UNE START-UP SUBVENTIONNÉE PAR L’ÉTAT AMÉRICAIN : COÏNCIDENCE OU CONFLIT D’INTÉRÊTS ?
En décembre dernier, le département du Commerce a injecté jusqu’à 150 millions de dollars de fonds publics dans xLight, une jeune pousse développant une technologie de source lumineuse de nouvelle génération. Cette innovation est présentée comme un défi à long terme pour le monopole EUV d’ASML. Le PDG de xLight a pourtant assuré que son entreprise se voyait plutôt comme un partenaire d’ASML, et non comme un concurrent. Christophe Fouquet, lui, reste sceptique : selon lui, ASML n’a pas besoin de cette technologie pour conserver son avance. La question se pose : y a-t-il un lien entre le financement public de xLight et la pression soudaine des États-Unis sur ASML ? Rien ne le prouve publiquement, mais l’affaire mérite d’être examinée.
PETER THIEL, TRUMP ET UNE AUTRE START-UP QUI VEUT DÉTRÔNER ASML
Peter Thiel, figure influente de la tech et proche de l’entourage politique de Donald Trump, soutient Substrate, une autre start-up qui développe une technologie rivale de l’EUV. Contrairement à xLight, Substrate vise une concurrence directe avec ASML, et non une simple complémentarité. Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les États-Unis cherchent à réduire leur dépendance à une seule entreprise européenne pour les machines les plus avancées.
LE CONGRÈS AMÉRICAIN VEUT ALLER PLUS LOIN : INTERDIRE TOUTES LES VENTES À LA CHINE
Un projet de loi bipartisan, actuellement en discussion au Congrès, propose d’aller encore plus loin que la restriction sur l’EUV. Il prévoit d’interdire purement et simplement toutes les ventes de machines DUV à la Chine. Ces machines, moins performantes que l’EUV, représentent pourtant environ un cinquième du chiffre d’affaires prévu par ASML pour 2026. La proposition a déjà été adoptée par une commission clé en avril, mais l’administration Trump n’a pas encore pris position officiellement.
ASML : UN MONOPOLE QUI FAIT DE L’EUROPE LA GRANDE GAGNANTE DE L’IA
Avec un quasi-monopole sur les machines EUV, ASML est devenue l’entreprise la plus précieuse d’Europe. Sa domination lui permet de dicter ses conditions, tout en alimentant une demande mondiale insatiable pour les puces d’IA. Mais cette position de force est aussi un casse-tête géopolitique : si une machine EUV parvient en Chine, cela pourrait déclencher une crise majeure entre les États-Unis et l’Europe, et fragiliser l’équilibre technologique mondial.
LE DILEMME : PROTÉGER L’AVANCE AMÉRICAINE OU SAUVER UNE ENTREPRISE EUROPÉENNE ?
Les États-Unis marchent sur une ligne de crête : d’un côté, ils veulent empêcher la Chine d’accéder aux technologies les plus avancées pour des raisons de sécurité nationale. De l’autre, ils risquent de nuire à une entreprise européenne vitale pour leur propre écosystème technologique, notamment dans le domaine de l’IA. La situation rappelle les tensions récurrentes autour des semi-conducteurs, où la Chine et les États-Unis s’affrontent pour le contrôle des technologies stratégiques.
ET MAINTENANT ? LA CHINE, ASML ET L’AVENIR DE L’IA
Si les accusations américaines se confirment, cela pourrait déclencher une crise diplomatique et technologique sans précédent. ASML, de son côté, continue de clamer son innocence et de défendre son système de traçabilité. Le gouvernement américain, lui, reste muet sur les preuves qu’il prétend détenir. Une chose est sûre : dans l’ombre des laboratoires et des salles de réunion, une bataille invisible se joue, et ses enjeux pourraient redessiner l’avenir de l’intelligence artificielle.
- TechCrunch AI
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