Atteint de sclérose latérale amyotrophique, Brad Smith était piégé dans un corps totalement paralysé. L'interface cerveau-ordinateur de Neuralink lui a rendu la liberté d'interagir avec le monde.

LE SYNDROME D'ENFERMEMENT NUMÉRIQUE

Brad Smith, aujourd'hui âgé de 37 ans, a vu la sclérose latérale amyotrophique (SLA) détruire progressivement ses motoneurones. La maladie l'a rendu tétraplégique et complètement non verbal. « Mon esprit était et est toujours complètement vif et normal. Je comprenais tout parfaitement, mais je n'avais aucun contrôle volontaire sur mon corps », confie-t-il. Avant l'implant, Smith communiquait via un dispositif de suivi oculaire, tributaire de la luminosité ambiante. « J'étais coincé dans une pièce sombre, comme Batman », se souvient-il. Ce système, bien que miraculeux, restait frustrant et l'empêchait de sortir ou de profiter de moments familiaux en extérieur.

« J'étais coincé dans une pièce sombre, comme Batman. »

LA PENSÉE EN MOUVEMENT

L'implant Neuralink, inséré par le robot chirurgical R1, capte les signaux neuronaux et les traduit en actions sur un ordinateur. Smith contrôle le curseur non pas en imaginant bouger ses mains, mais en pensant au mouvement de sa langue et de sa mâchoire. « Neuralink ne lit pas mes pensées les plus profondes ni les mots que je pense. Il lit simplement comment je veux bouger et déplace le curseur là où je le souhaite », précise-t-il. L'interface a été personnalisée avec des raccourcis et une « zone de stationnement » pour le curseur quand il n'en a pas besoin, comme lorsqu'il dort ou regarde la télévision. L'intelligence artificielle génère aussi des suggestions pour fluidifier les conversations.

« Neuralink ne lit pas mes pensées les plus profondes. Il lit simplement comment je veux bouger. »

L'HOMME, MEILLEUR ÉTALONNEUR QUE LE SINGE

Le dispositif nécessite un étalonnage continu, car l'activité cérébrale évolue. Smith dispose d'un outil pour corriger la dérive du curseur. Ce réglage n'est possible qu'avec des sujets humains, souligne-t-il : « C'est une excellente raison pour laquelle Neuralink mène des essais humains, parce que les singes ne peuvent pas expliquer comment le curseur dérive. Les singes abandonnent quand c'est difficile et veulent des friandises. » Une pique qui rappelle que les modèles animaux ont leurs limites.

UNE VIE TRANSFORMÉE

Depuis l'implantation, Smith a retrouvé une autonomie qu'il croyait perdue. Il a assisté à un match de football de l'un de ses enfants, donné une conférence à l'église locale, et bat désormais sa progéniture à Mario Kart. « Nous avons fait des voyages en voiture, regardé des feux d'artifice dehors, et je peux taper ou contrôler des appareils sans tenir une tablette devant mon visage. Ma femme et mes enfants disent que je suis de retour, d'une manière significative », raconte-t-il. La synthèse vocale utilise un clone de son ancienne voix, recréée par intelligence artificielle à partir d'enregistrements réalisés avant la perte de sa parole.

« Ma qualité de vie a explosé. J'ai l'impression d'avoir regagné une immense partie de mon autonomie. »

UNE AVANCÉE ENCADRÉE PAR DES ESSAIS CLINIQUES

L'implant de Smith fait partie de l'essai PRIME, qui recrute en Arizona et en Floride. Deux autres participants, Noland et Alex, paralysés par une lésion de la moelle épinière, ont également reçu le dispositif. À eux trois, ils cumulent plus de 670 jours d'utilisation et 4 900 heures. Un essai distinct, CAN-PRIME, évalue la sécurité du système au Canada. L'objectif premier de ces études est d'évaluer la sûreté de l'implant cérébral, préalable à un éventuel déploiement plus large. Neuralink conserve un registre de patients volontaires et envisage d'étendre ses essais au Royaume-Uni.

Brad Smith, lui, ne cache pas son enthousiasme : « Neuralink m'a donné la liberté, l'espoir et une communication plus rapide. Cela a tellement amélioré ma vie. Je suis si heureux de participer à quelque chose de grand qui aidera de nombreuses personnes. » Un témoignage qui illustre le potentiel des interfaces cerveau-ordinateur pour redonner une dignité tangible aux personnes lourdement handicapées.

Sources :
  • Article de Marisa Wexler, ALS News Today, 1er mai 2025 ; reportage NewsNation, 10 avril 2026.

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