Entre les fax, les dossiers perdus et les délais de rappel, voir un spécialiste relève du parcours du combattant. Une startup, Basata, utilise l'IA pour que les patients décrochent leur rendez-vous avant même de quitter le cabinet de leur généraliste.

UN PROBLÈME GÉANT ET INVISIBLE

On parle beaucoup de l’IA dans le diagnostic ou la découverte de médicaments. Mais il y a un autre gouffre, moins visible, qui empêche les patients d’être soignés : le travail administratif. Entre le moment où un médecin traitant rédige une référence et celui où le spécialiste fixe un rendez-vous, il se passe souvent… rien, ou presque. Et ce n’est pas une question de nombre de médecins (trop peu), mais de tâches administratives (beaucoup trop) qui restent désespérément manuelles.

Ce gouffre attire aujourd’hui l’attention des investisseurs.

QUAND L’ATTENTE TOURNE AU DRAME

Kaled Alhanafi, ancien de Lyft et Cruise, et Chetan Patel, qui a passé dix ans à concevoir des dispositifs cardiaques chez Medtronic, ont chacun vécu cette galère. Pour Patel, le déclic est venu quand sa femme s’est évanouie dans un avion avec leurs jeunes enfants. Malgré sa connaissance pointue de la cardiologie et des appareils qui auraient pu l’aider, le parcours administratif a pris bien trop de temps. « Nous avons les meilleurs médecins, certains des meilleurs médicaments, mais le fossé des soins est juste énorme », raconte-t-il.

TROIS CARDIOLOGUES, UN SEUL RAPPEL

Alhanafi, lui, évoque son père, adressé à trois groupes de cardiologie après un grave diagnostic de l’artère carotide. Résultat : un seul a rappelé en quelques semaines. Un autre a répondu après l’opération. Le troisième n’a jamais donné signe de vie.

LE CŒUR DU PROBLÈME : UNE PAPERASSE ÉTOUFFANTE

Ces situations ne sont pas exceptionnelles. Les cabinets de spécialistes reçoivent des centaines, voire des milliers de documents par semaine. La plupart arrivent par fax (oui, ce truc qui date d’un autre siècle). Avec des équipes administratives réduites, ils perdent des patients non pas par manque d’envie, mais parce qu’ils ne peuvent pas traiter l’arriéré à temps.

BASATA : LE COUP DE FIL QUI CHANGE TOUT

Fondée il y a deux ans à Phoenix, Basata (prononcer « bassata ») s’attaque à ce nœud. Dès qu’une référence arrive – toujours par fax, hélas –, le système de Basata lit le document, en extrait les infos cliniques clés, puis un agent vocal (un robot qui parle au téléphone) appelle directement le patient pour fixer le rendez-vous. Le patient peut aussi appeler à toute heure et tomber sur un agent IA capable de répondre à ses questions ou de gérer des demandes courantes comme des renouvellements d’ordonnance.

L’objectif ? Que le patient ait un rendez-vous programmé avant même d’avoir atteint sa voiture en sortant du cabinet du généraliste.

UN DÉPLOIEMENT CHIRURGICAL, SPÉCIALITÉ PAR SPÉCIALITÉ

Basata s’intègre avec les systèmes de dossiers médicaux électroniques propres à chaque spécialité. L’entreprise avance prudemment : cardiologie d’abord, puis urologie. Elle a même refusé un gros contrat dans une spécialité qu’elle n’avait pas encore assez cartographiée pour garantir un bon service.

UN MODÈLE ÉCONOMIQUE À L’USAGE

Le modèle de revenus est basé sur l’utilisation : les cabinets paient par document traité et par appel passé, et non par utilisateur. Jusqu’à présent, Basata a traité les références d’environ 500 000 patients, dont 100 000 rien que le mois dernier.

UNE LEVÉE DE FONDS QUI FAIT DU BRUIT

Basata a levé au total 24,5 millions de dollars, dont une Série A de 21 millions menée par Lan Xuezhao de Basis Set Ventures. Cette investisseuse, docteure en neurosciences, a modélisé le cerveau humain avant de passer par McKinsey et Dropbox. Cowboy Ventures, fondée par Aileen Lee, a également participé, tout comme Sofeon, le nouveau fonds de Victoria Treyger (ex-Felicis Ventures) – c’est son tout premier investissement.

UNE CONCURRENCE BIEN ARMÉE

Le créneau devient encombré. Tennr, startup new-yorkaise fondée en 2021, a levé plus de 160 millions de dollars (auprès d’Andreessen Horowitz, IVP, Lightspeed, Google Ventures) et est valorisée 605 millions. Elle mise sur l’intelligence documentaire avec des modèles de langage propriétaires entraînés sur des dizaines de millions de dossiers médicaux. Assort Health, soutenue par Lightspeed, automatise les appels téléphoniques des patients pour les cabinets de spécialités et a levé des fonds l’an dernier à une valorisation de 750 millions de dollars.

LA CONFIANCE, ARME SECRÈTE DES FONDATEURS

Aileen Lee souligne un atout des fondateurs dans ce secteur où l’argent ne fait pas tout : « Il y a beaucoup de VC qui courent après des décrocheurs du lycée ou de la fac, mais quand vous vendez à des cabinets médicaux, la confiance est primordiale. Ces médecins veulent vous regarder dans les yeux et savoir qu’ils peuvent compter sur vous. »

UNE SOLUTION DE BOUT EN BOUT

Basata se différencie en combinant lecture de documents et appels vocaux dans un workflow unique taillé pour chaque spécialité, plutôt que de proposer un outil qui ne gère qu’une partie du processus. Une approche plus difficile à maintenir face à des concurrents mieux financés, mais qui répond à une vraie demande.

AUGMENTER OU REMPLACER ?

Comme beaucoup d’entreprises d’IA qui automatisent le travail humain, Basata devra un jour répondre à une question épineuse : où s’arrête l’augmentation des capacités des employés et où commence leur remplacement ? Pour l’instant, le personnel administratif n’est pas inquiet ; il est surtout submergé. Alhanafi précise que ces employés, souvent en poste depuis des décennies, connaissent le métier sur le bout des doigts, mais sont noyés sous un volume qu’aucune embauche raisonnable ne pourrait absorber.

70 % des nouveaux contrats de Basata viennent désormais du bouche-à-oreille.

LE BOUCHE-À-OREILLE COMME PREUVE

Que l’IA donne simplement plus de pouvoir aux administratifs ou qu’elle rende progressivement leurs fonctions superflues, le débat dépasse la santé. Pour l’instant, le discours de Basata est le premier : libérer les gens des tâches les plus répétitives pour qu’ils soient meilleurs sur le reste. Et à en croire le chiffre cité par Alhanafi – 70 % des nouveaux contrats par recommandation –, les premiers concernés trouvent cet argument convaincant.

Sur la photo (de gauche à droite) : Chetan Patel, cofondateur et président de Basata ; Kaled Alhanafi, PDG ; et Vivin Paliath, troisième cofondateur et directeur technique.

Sources :
  • TechCrunch AI

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