En Inde, l’IA ne sera plus seulement américaine ou chinoise. Mukesh Ambani veut l’intégrer partout : dans les appels, les apps et les foyers. Avec 500 millions d’utilisateurs potentiels et 110 milliards d’investissement, Reliance mise gros.

Alors que l’Inde cherche un champion national dans la course mondiale à l’intelligence artificielle, le milliardaire Mukesh Ambani, à la tête de Reliance Industries, se positionne en leader. Lors de son assemblée générale annuelle, le géant basé à Mumbai a dévoilé une série de services d’IA intégrés directement dans les appels téléphoniques, les applications mobiles et les maisons connectées. L’objectif ? Faire de l’Inde un acteur majeur, loin derrière les États-Unis et la Chine.

UN ASSISTANT D’APPEL QUI FAIT TOUT À LA VOIX

Le géant indien a présenté Jio Call Agent, un assistant vocal capable de se joindre aux conversations téléphoniques pour transcrire les échanges en temps réel, générer des résumés et même effectuer des tâches comme réserver un taxi, commander un repas ou faire une réservation. Pour activer le service, il suffit de dire « Hey Jio ». La fonction devrait être lancée d’ici la fin de l’année pour les plus de 500 millions d’utilisateurs de Jio, le réseau télécom de Reliance.

Avec cette intégration directe dans le réseau télécom, Reliance ne propose pas une simple application. Elle veut faire de l’IA une fonction native des appels téléphoniques.

En s’appuyant sur son propre réseau plutôt que sur une application tierce, Reliance réduit la dépendance des consommateurs envers les assistants vocaux externes. Une stratégie qui pourrait lui donner un avantage concurrentiel dans un marché de l’IA de plus en plus saturé. Les utilisateurs n’auront plus besoin de télécharger une appli supplémentaire : l’assistant sera déjà là, prêt à répondre.

UNE APPLICATION QUI AGIT À LA PLACE DE L’UTILISATEUR

Reliance a également dévoilé une version boostée par l’IA de son application MyJio. Grâce à des requêtes en langage naturel, l’appli peut désormais accomplir des tâches à la place de l’utilisateur : activer une eSIM, choisir un forfait à l’étranger, ou encore gérer des services en ligne. Plus besoin de naviguer dans des menus complexes : il suffit de demander.

L’entreprise a aussi présenté TeleFrame, un écran connecté pour la maison qui utilise des agents d’IA pour afficher proactivement des informations et des recommandations. Alertes météo, emplois du temps, rappels pour le ménage… Le dispositif s’inscrit dans la tendance des assistants vocaux domestiques, un marché déjà exploré par Amazon et Google.

L’INDE VEUT CRÉER, PAS CONSOMMER

Ces annonces marquent une nouvelle étape dans les ambitions de Reliance en matière d’IA, alors que l’Inde cherche à développer ses propres capacités dans un domaine largement dominé par les entreprises américaines et chinoises. Depuis l’année dernière, Reliance déploie Reliance Intelligence, une plateforme visant à construire une infrastructure et des services d’IA pour les particuliers, les entreprises et les gouvernements. Parmi ses projets : des applications capables de fonctionner dans les 22 langues officielles du pays.

« L’Inde ne doit pas être un simple consommateur d’IA créée ailleurs. Elle doit devenir une créatrice, une adoptrice et un leader mondial dans ce domaine. »

Mukesh Ambani, 69 ans, a rappelé cette ambition lors de l’assemblée générale. Reliance ne compte pas y arriver seule : le groupe multiplie les partenariats avec Google, Meta et Nvidia. En début d’année, Reliance a annoncé un investissement de 110 milliards de dollars dans l’infrastructure IA, un chiffre colossal qui vise à faire du groupe un acteur clé de l’écosystème émergent en Inde.

DES Outils POUR LA SANTÉ, L’ÉDUCATION ET L’AGRICULTURE

Lors de l’assemblée, Reliance a aussi présenté une gamme de services d’IA dédiés à la santé, l’éducation, l’agriculture et les petites entreprises. Les produits, baptisés JioHealthIQ, JioLearnIQ, JioKrishiIQ et AI Vyapar, sont conçus pour fonctionner dans plusieurs langues indiennes et répondre aux besoins locaux. L’objectif est clair : rendre ces technologies accessibles au plus grand nombre, y compris dans les zones rurales où l’anglais n’est pas la langue principale.

Ces outils pourraient transformer des secteurs entiers. Par exemple, JioHealthIQ pourrait aider les médecins à analyser des données médicales plus rapidement, tandis que JioLearnIQ pourrait personnaliser l’apprentissage pour les élèves. Dans l’agriculture, JioKrishiIQ pourrait fournir des conseils en temps réel sur les cultures et les conditions météo.

UNE INTRODUCTION EN BOURSE EN PERSPECTIVE

Les annonces ont aussi fait réagir les investisseurs, qui attendent depuis longtemps l’introduction en bourse de Jio. Mukesh Ambani a révélé que le conseil d’administration de Jio Platforms avait approuvé un projet de prospectus pour une offre publique initiale. Cette opération inclurait une émission de jusqu’à 270 millions d’actions nouvelles, selon un document déposé en bourse. Une étape majeure pour lever des fonds et accélérer la croissance du groupe.

Mais cette expansion rapide de l’IA soulève aussi des questions sur la gestion des données personnelles. Reliance a assuré que ses services fonctionneraient avec le consentement des utilisateurs. Pourtant, la société n’a pas précisé si les données générées par ces outils pourraient être utilisées pour entraîner des modèles d’IA ou partagées avec des partenaires technologiques. Un point qui pourrait devenir un sujet de débat dans les mois à venir.

L’INDE VEUT SORTIR DE LA DÉPENDANCE AUX MODÈLES ÉTRANGERS

Les ambitions de Reliance surviennent alors que les entreprises indiennes restent très dépendantes des modèles d’IA et des fournisseurs de cloud étrangers. Des restrictions récentes sur l’accès à certains modèles d’Anthropic ont montré à quel point cette dépendance peut être risquée. Ces décisions prises à l’étranger peuvent directement impacter les startups et les entreprises indiennes qui construisent leurs propres produits d’IA. Une situation qui pousse les grands groupes du pays à développer leurs propres infrastructures plutôt que de louer celles des autres.

La semaine dernière, Reliance a annoncé un partenariat avec Meta pour construire un centre de données dédié à l’IA dans l’État du Gujarat. Ce projet s’ajoute à l’investissement précédent de Meta dans Jio Platforms et à une coentreprise lancée l’an dernier pour développer des solutions d’IA pour les entreprises en Inde et à l’étranger.

LA COURSE AUX ARMES IA S’ACCÉLÈRE EN INDE

Reliance n’est pas la seule à vouloir profiter du boom de l’IA en Inde. Des géants comme Tata Consultancy Services, Infosys et le groupe rival Adani ont aussi étendu leurs initiatives et partenariats avec des acteurs mondiaux comme Anthropic, Google et OpenAI. L’objectif ? Secouer le marché et prendre une place de leader dans l’avenir de l’IA en Inde.

Pour Reliance, les enjeux sont particulièrement élevés. Le groupe prépare l’introduction en bourse de Jio, un événement très attendu, et a besoin de nouveaux moteurs de croissance. Pourtant, l’action du conglomérat a déjà chuté d’environ 17 % cette année. Une performance qui rend encore plus cruciale la réussite de cette stratégie IA.

L’Inde veut passer de consommateur à créateur d’IA. Avec ses 110 milliards d’investissement et ses 500 millions d’utilisateurs potentiels, Reliance mise tout sur cette carte.

Reliance n’est pas le seul à jouer cette partie. Mais avec son poids économique et son réseau, le groupe a toutes les cartes en main pour devenir un acteur incontournable. Si l’Inde parvient à créer ses propres intelligences artificielles, le pays pourrait bien redessiner la carte mondiale de la tech.

Sources :
  • TechCrunch AI

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