Une entreprise de chaussures abandonne ses baskets pour se lancer dans l'IA avec 100 millions de dollars. Une stratégie risquée ou une révolution en marche ?

En avril 2026, Allbirds a réalisé un virage à 180 degrés qui ressemble à une scène de la série Silicon Valley. Le fabricant de baskets, connu pour ses chaussures légères et son style « tech », a abandonné son cœur de métier pour se lancer dans l’intelligence artificielle. Une décision qui rappelle les stratégies des entreprises en difficulté qui surfent sur les tendances pour faire monter leur cours en Bourse.

UNE TRANSFORMATION QUI RAPPROCHE LES MÉMES

Cette stratégie s’inspire directement du manuel des actions meme, popularisé par GameStop. L’idée ? Une entreprise en difficulté vend son activité principale, attire les investisseurs avec une nouvelle tendance, et voit son action monter en flèche. Allbirds a vendu son activité chaussures pour 43 millions de dollars, levé 100 millions supplémentaires en Bourse, et changé de nom pour devenir Smartbird.

NADIA CARLSTEN, LA NOUVELLE CHEF QUI DOIT RÉUSSIR

À la tête de cette nouvelle aventure, on trouve Nadia Carlsten. Ancienne cadre d’Amazon Web Services et docteure en ingénierie, elle a dirigé l’entreprise européenne DCAI avant de prendre les rênes de Smartbird. Son premier défi ? Construire une équipe alors qu’il n’y a encore aucun employé.

« Nous allons recruter une toute nouvelle équipe pour l’activité IA et ouvrir un bureau. L’activité chaussures est officiellement terminée. Ma première mission est de rassembler l’équipe dirigeante, par exemple en trouvant quelqu’un pour superviser l’infrastructure. »

SMARTBIRD VEUT DEVENIR UN FOURNISSEUR D’INFRASTRUCTURE IA

Smartbird se positionne comme un fournisseur d’infrastructure IA, répondant à la demande croissante en calcul pour entraîner et faire fonctionner les modèles d’apprentissage profond. Contrairement aux néoclouds, qui optimisent en permanence le prix des puces et le coût du temps GPU, Carlsten mise sur des déploiements plus contrôlés. Ses clients idéaux veulent avoir un contrôle direct sur les serveurs qui exécutent leurs modèles, souvent pour des raisons politiques ou de modèle économique, et privilégient la souveraineté des données plutôt que la scalabilité du cloud public.

Carlsten admet ne pas encore connaître la taille exacte de ce marché, qu’elle juge encore émergent. Beaucoup d’entreprises testent encore des Outils d’IA. À DCAI, elle a travaillé avec des géants comme Novo Nordisk ou d’autres entreprises européennes soucieuses de souveraineté des données ou utilisant des modèles sur mesure.

« Nous avons affaire à des acteurs de l’industrie pharmaceutique, de l’énergie, de la finance, ou encore du secteur public. »

UNE STRATÉGIE QUI NE CONCURRENCE PAS LES HYPERSCALERS

Pour Carlsten, Smartbird ne rivalise pas avec les hyperscalers ou les néoclouds, mais avec les projets internes des entreprises. Pourtant, des acteurs établis existent déjà dans ce domaine. Hewlett Packard et Equinix, le géant des centres de données, proposent déjà des services de calcul IA en single-tenant (serveurs dédiés).

Le modèle économique est réel, mais son potentiel de croissance reste incertain. Les services cloud, où l’expansion est reine, n’ont pas les mêmes limites. Carlsten vise des clusters de calcul déployés pour plusieurs clients d’ici la fin de l’année. D’autres startups, comme General Compute, ont des ambitions bien plus grandes : l’entreprise a annoncé une commande de puces à 300 milliards de dollars lors de son lancement le mois dernier.

PAS BESOIN DE COMMANDES DE PUCES MASSIVES

Carlsten n’a pas besoin de commandes de puces colossales pour réaliser sa vision. Ses clients potentiels ont besoin de quelques centaines à quelques milliers de puces.

« Ce n’est pas une question d’échelle ou de nombre de GPU, mais d’agilité des clusters et de contrôle total sur la pile d’infrastructure. »

Smartbird ne compte pas rivaliser sur les prix avec les géants du cloud. Ces derniers optimisent l’utilisation des puces 24 heures sur 24 pour proposer le calcul le moins cher possible. Carlsten estime que les entreprises avec des flux de travail spécialisés pourront travailler plus efficacement avec leurs propres serveurs.

LA DEMANDE EN INFRASTRUCTURE IA FAIT MONTER LES COURS

La demande en infrastructure IA est un moteur puissant du marché. Elle fait monter les actions des fabricants de puces, des fournisseurs cloud et même des entreprises d’énergie, convaincant certains investisseurs que les centres de données orbitaux sont une idée réaliste. Pourtant, Carlsten insiste sur le fait que la transition d’Allbirds vers l’IA a été mûrement réfléchie.

« Ce n’était pas juste un coup de poker du genre : ‘Faisons de l’IA parce que c’est à la mode.’ L’enjeu était de savoir si nous avions une chance de construire une entreprise qui trouverait sa place sur ce marché et pourrait croître dans le temps. »

Lors de ce virage, Allbirds a abandonné son statut de Public Benefit Corporation (PBC), une structure juridique qui permet de mettre en avant des engagements non financiers. Des entreprises comme OpenAI utilisent ce statut pour promouvoir la sécurité de l’IA. Ce changement montre que les PBC ne sont pas des garanties absolues.

UN ENGAGEMENT À LONG TERME DE LA PART DU CONSEIL

Carlsten précise que le conseil d’administration de Smartbird s’est engagé sur le long terme pour exécuter sa stratégie IA.

« Certaines entreprises courent après l’IA, mais au final, ce qui compte, c’est de savoir s’il y a une réelle volonté derrière cette course. »

Alors que Smartbird n’a encore aucun employé, Nadia Carlsten doit maintenant prouver que cette stratégie audacieuse peut fonctionner. Avec 100 millions de dollars en poche et une vision claire, l’entreprise se lance dans une course contre la montre pour recruter, construire et s’imposer sur un marché en pleine effervescence.

Sources :
  • TechCrunch AI

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